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50 nuances d’orange

GEN - POINT DE PRESSE DE LA SANTÉ PUBLIC
Photo Martin Alarie La réalité, ici comme ailleurs, est que le déconfinement est l’antithèse même de la limitation des contacts.

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La deuxième vague de la COVID-19 nous regarde droit dans les yeux. C’était couru. Plein d’experts le disent depuis des semaines. 

Hormis pour les lieux précis où le masque est imposé, plus nos contacts augmentent et notre garde baisse, plus le virus fait son chemin dans la communauté.

D’où la grande inquiétude de le voir se propager aussi bientôt des jeunes adultes vers des personnes à la santé plus fragile dans leur entourage, famille, école ou travail. Voire dans les résidences pour personnes vulnérables, vieilles ou plus jeunes. 

Ce risque est réel. Montréal, la Capitale-Nationale et Chaudière-Appalaches basculent d’ailleurs dans la « zone orange ». Le ministre de la Santé, Christian Dubé, a annoncé quelques restrictions supplémentaires. 

Bref, le gouvernement poursuit sa stratégie gradualiste depuis le déconfinement. Il ouvre, attend, puis restreint un peu plus. 

La demande, cette fois-ci, est plus insistante parce qu’elle est vitale : limiter nos contacts à l’essentiel. Or, la réalité, ici comme ailleurs, est que le déconfinement est l’antithèse même de la limitation des contacts.

Dilemme

En même temps, on comprend le dilemme du gouvernement Legault. Il est coincé entre deux grandes craintes. D’un côté, la peur de voir notre système de santé déjà fragile craquer d’ici quelques semaines sous le poids de nouvelles hospitalisations. 

De l’autre, celle d’avoir à reconfiner. Ce qui endommagerait encore plus l’économie et la santé mentale de nombreux Québécois. La frontière est cependant très mince entre gradualisme et tergiversation. 

On l’a vu avec la saga du masque. Pendant des mois, le gouvernement refusait de l’imposer dans les lieux publics clos. Il disait souhaiter la collaboration des gens et craindre surtout un ressac s’il l’obligeait. 

Dès son imposition tardive, la plupart des Québécois s’y sont pourtant conformés. Pas le choix. C’est la loi. 

Bref, puisque nous devrons vivre un bon bout de temps avec la bibitte, la persuasion ne suffit pas. Comme l’imposition du masque l’a prouvé, des mesures coercitives sont tout aussi essentielles pour modifier des comportements devant l’être rapidement. Le relâchement ambiant en est la plus parfaite illustration.  

La combinaison persuasion-coercition est d’autant nécessaire que notre système de santé tenait déjà sur un fil avant la pandémie. L’hécatombe dans les CHSLD n’est pas le fruit du hasard. 

Qu’on annonce maintenant un dépistage « plus ciblé » – donc, plus restreint – en témoigne à son tour. Le nombre de tests monte, mais le système peine à gérer les longues files d’attente. 

En limitant les tests par manque de ressources, on risque de rater combien d’asymptomatiques contagieux ? 

La véritable alerte, elle repose là, au cœur même d’un système de santé qui traîne encore de la patte. Oui, le combat pour amoindrir la deuxième vague est entre nos mains. Il réside néanmoins aussi dans un réseau de santé qui ne répond pas pleinement à l’appel. 

De même qu’il repose sur des consignes plus claires – particulièrement pour les rassemblements privés –, ainsi qu’un encadrement plus strict de comportements propices à la propagation du virus. 

« Recommander » ou « décourager » n’est pas la même chose qu’« interdire ». Trop de nuances dans l’orange ne risquent-elles pas de virer au rouge ?