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COVID-19 : au diable les règles dans un resto bondé à Laval

Plus de 200 personnes ont festoyé et dansé samedi soir pendant que trois régions passaient en mode alerte

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Danse, presque pas de port du masque, nombreux rapprochements, alcool servi après minuit. Plus de 200 personnes semblaient ignorer complètement la menace de la COVID-19 lors d’une soirée festive dans un restaurant de Laval samedi soir. 

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Au moment où plusieurs régions du Québec passaient de la zone jaune à l’orange, la fin de semaine dernière, notre Bureau d’enquête s’est rendu au restaurant Lordia, sur le boulevard Curé-Labelle, à Laval. L’établissement est bien connu pour ses soirées festives.

En pleine pandémie, la distanciation physique était tout sauf respectée au restaurant Lordia de Laval, samedi soir.
Capture d'écran
En pleine pandémie, la distanciation physique était tout sauf respectée au restaurant Lordia de Laval, samedi soir.
  • ÉCOUTEZ a la chronique du journaliste Félix Séguin avec Richard Martineau sur QUB radio:    

Nous avons pu constater que la liste des manquements aux directives de la Santé publique martelées depuis des mois par le gouvernement Legault était longue. 

Dans ce restaurant de type salle de réception, des dizaines de tables étaient disposées autour d’une piste de danse et d’une scène, qui a d’ailleurs accueilli deux chanteurs, samedi soir. Des tables se trouvaient à moins de deux mètres l’une de l’autre, et aucune barrière physique, comme des plexiglas, n’était présente.

Si les clients sont arrivés avec leur masque, plusieurs l’ont rapidement délaissé pendant leurs déplacements. Même des employés effectuant le service aux tables se promenaient sans couvre-visage.  

  • Écoutez le journaliste Alexandre Dubé avec Benoit Dutrizac sur QUB Radio:   

 

Au fil de la soirée, la distanciation physique semblait de moins en moins respectée, au point où, aux alentours de 23 h, des clients se sont levés pour se déhancher au rythme de la musique libanaise. 

Passage éclair de la police

Vers minuit, le party a été interrompu par la présence d’une dizaine d’agents du Service de police de Laval (SPL). Dans le cadre de l’opération OSCAR, annoncée vendredi dernier par la ministre de la Sécurité publique, Geneviève Guilbault, ils devaient s’assurer que les mesures d’hygiène et de distanciation soient bien respectées. 

Ceux et celles qui dansaient se sont alors rassis à leur table. La police est demeurée sur place une dizaine de minutes et n’a donné aucun constat d’infraction.    

  • ÉCOUTEZ la chronique de Sophie Durocher à l’émission de Pierre Nantel sur QUB radio:   

De nombreux clients se sont levés pour danser, en fin de soirée.
Capture d'écran
De nombreux clients se sont levés pour danser, en fin de soirée.

Environ une heure plus tard, soit vers 1 h, les festivités ont repris avec vigueur. Les clients dansaient sans masque, avec un verre d’alcool à la main. Il y avait des accolades, des rapprochements et des déplacements. 

De plus, le service d’alcool était toujours possible, même si, depuis le 17 septembre, celui-ci doit cesser après minuit dans cette région en zone jaune.

À deux reprises, des employés ont demandé à la journaliste, qui passait pour une cliente, de cesser de filmer avec son cellulaire, et surtout, de ne rien diffuser sur les réseaux sociaux.  

  • ÉCOUTEZ l'entrevue de Vianney Godbout, restaurateur et consultant en restauration, à QUB radio:  

« Répréhensible »

« Les tenanciers de l’établissement... c’est comme s’ils avaient fait exprès. Ils ont organisé une mise en scène devant les policiers. Ce n’est plus de la négligence. C’est carrément répréhensible », estime l’épidémiologiste Nima Machouf, à qui nous avons raconté notre soirée.

Joint par téléphone, Michel Imad, le propriétaire du Lordia, a nié tout manquement aux règles de la Santé publique.

La façade du Lordia, situé sur le boulevard Curé-Labelle.
Photo Ben Pelosse
La façade du Lordia, situé sur le boulevard Curé-Labelle.

« Je pense que vous avez eu de mauvaises informations [...]. Vous vous êtes trompé de restaurant [...]. Toutes les mesures ont été respectées », a-t-il affirmé.

La porte-parole du SPL Julie Marois a expliqué que le rapport des patrouilleurs qui se sont présentés n’indiquait pas que des infractions avaient été commises. 

Selon elle, le SPL était davantage en mode sensibilisation lors de sa tournée des bars et restaurants le week-end dernier. D’autres corps policiers au Québec ont cependant remis des contraventions.   

  • ÉCOUTEZ la chronique de Rémi Nadeau, chef du Bureau parlementaire à Québec pour Le Journal de Montréal et Le Journal de Québec, sur QUB Radio:    

ÇA DOIT CESSER, DIT LA SANTÉ PUBLIQUE

« Les rassemblements sont la source principale des éclosions à Laval », explique Judith Goudreau, du service des communications de la Santé publique de Laval.

Sans commenter directement la situation que nous avons observée au Lordia, elle ajoute que « de tels comportements doivent cesser dès maintenant, sans quoi Laval passera au palier orange rapidement ».

La région compte 6688 cas confirmés depuis le début de la pandémie.

CE QUE NOUS AVONS VU  

1. Absence de distanciation physique 

Certaines tables n’étaient pas situées à deux mètres l’une de l’autre, et il n’y avait pas de barrière protectrice, comme du plexiglas.

Ce que dit la loi

Dans un restaurant, dans un bar ou dans toute autre salle utilisée à des fins de restauration ou de consommation d’alcool : les lieux doivent être aménagés pour qu’une distance de deux mètres soit maintenue entre les tables, à moins qu’une barrière physique permettant de limiter la contagion ne les sépare.

 

2. Pas de port du masque 

Plusieurs clients et serveurs ne portaient pas le masque lors de leurs déplacements dans le restaurant.

Ce que dit la loi

Le port du masque ou du couvre-visage couvrant le nez et la bouche est obligatoire dans les lieux publics fermés ou partiellement couverts pour les personnes de 10 ans et plus. 

Un masque de procédure et une protection oculaire (lunettes de protection ou visière recouvrant le visage jusqu’au menton) sont fournis et portés par le personnel qui exécute une tâche nécessitant d’être à moins de deux mètres d’une autre personne et en l’absence de barrières physiques.

 

3. De la danse 

Quelques dizaines de personnes dansaient à cœur joie, avant et après le passage des policiers.

Ce que dit la loi

Il est interdit de danser dans les bars. Le restaurant Lordia est toutefois enregistré avec un permis de restaurant servant de l’alcool. L’Institut national de santé publique du Québec n’a d’ailleurs procédé à aucune recommandation au sujet de la danse dans les restaurants. Selon l’épidémiologiste Nima Machouf, il n’y a pas de flou. 

« On nous demande de garder une distance, d’éviter les foules, surtout si c’est à l’intérieur. Cette soirée [samedi] va à l’encontre de l’effort collectif. »

 

4. Alcool après minuit 

Notre journaliste a pu se faire servir un vodka-canneberge après minuit. Elle a également constaté que plusieurs autres clients se faisaient servir de l’alcool passé cette heure.

Ce que dit la loi

Le décret gouvernemental adopté spécialement pour la COVID-19 interdit de servir des boissons alcoolisées avant 8 h et passé minuit.

5. Plus de 200 personnes 

Il y avait tant de fêtards au Lordia de Laval que ceux-ci étaient incapables de garder une distance de deux mètres en tout temps.

Ce que dit la loi

Au moment des faits, rien n’empêchait l’établissement d’accueillir autant de gens. Son permis montre une capacité de 498 personnes. Le décret gouvernemental en vigueur l’obligeait uniquement à garder une distance de deux mètres entre les clients.

« Cela pourrait impliquer de réduire la capacité d’accueil », indiquent simplement les directives de la Santé publique du 10 août.

  • Écoutez Marie-Lise Mormina sur QUB radio: