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Les évêques ont raison!

Église Saint-Viateur
Photo d’archives Église Saint-Viateur, Outremont

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Depuis quelques jours, les évêques sont en colère. 

Dans le cadre du resserrement des mesures sanitaires qui accompagnent le semi-confinement, le gouvernement du Québec a décidé de limiter à 50 le nombre de personnes admises dans les églises. 

C’est-à-dire qu’il les range dans la catégorie des bars, alors qu’il concède le droit aux cinémas et autres salles de spectacle le droit d’en accueillir 250. 

Autrement dit, dans l’esprit de nos décideurs, une église est à ranger dans la même catégorie qu’un débit de boisson et ne mérite même pas de se classer parmi les lieux voués à la culture.

Disons-le clairement : les évêques ont raison ! 

Église

Cette décision en dit beaucoup sur le rapport que les Québécois entretiennent avec la religion, qu’ils associent à la « Grande Noirceur ». 

Dans leur esprit, elle se présente comme la trace d’un monde périmé qui, tôt ou tard, s’effacera, même si elle nous aura laissé de beaux décors. 

Au fond d’eux-mêmes, ils savent qu’ils doivent beaucoup à l’Église, mais se font une fierté de s’en être libérés avec la Révolution tranquille. S’il faut la tolérer, c’est à la manière d’une pathologie culturelle résiduelle qui, grâce au temps, s’évacuera d’elle-même. 

Écoutez Les idées mènent le monde, une série balado qui cherche a éclairer, à travers le travail des intellectuels, les grands enjeux de sociétés.

Il n’en demeure pas moins que les besoins de l’âme humaine ne sont pas superficiels, et même ceux qui ne croient pas ou ne savent pas trop ce qu’ils croient savent que l’existence a besoin de rituels immémoriaux pour s’ouvrir à ce qu’on appellera la dimension spirituelle de l’existence.

Une église n’est pas un café et le prêtre n’est ni un tenancier ni un aubergiste. Dans la géographie de nos quartiers et villages, elle demeure, même vide, un point de repère, et souvent le seul lieu marqué par l’empreinte de la beauté. 

Et aux moments importants de notre vie, on recommence à la fréquenter, comme si les grandes traditions nous rattrapaient même quand on a décidé de les renier ou de s’en détacher. 

Même le croyant à temps partiel, quand sa vie bascule, se tourne vers le ciel et médite sur le sens de sa présence sur terre et se demande si l’existence relève de l’absurde ou du mystère. L’espèce humaine n’est-elle vraiment qu’un hasard biologique dans l’histoire de l’univers ? Et à moins de vouloir faire table rase du passé, il se tournera vers ceux qui, dans sa culture et sa civilisation, se sont posé les mêmes questions au fil des siècles et des millénaires. 

Spiritualité

Il sera probablement interpellé par les symboles qui témoignent de ce mystère, à travers lesquels il peut méditer sur sa propre condition. Pour les catholiques, ce symbole, c’est la croix. 

C’est souvent un choc existentiel qui pousse l’homme vers la foi qu’hier encore il désirait souvent sans parvenir à l’embrasser. Il ne se transformera pas alors en fanatique. Il fera preuve simplement d’humilité métaphysique. 

En traitant les églises comme autant de tavernes de villages, la société québécoise témoigne sans le savoir de son appauvrissement spirituel. On peut espérer que les autorités se corrigeront rapidement.