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Une pilule «Bonheur» à 50 $ par mois

Une pilule «Bonheur» à 50 $ par mois
Olivier Trahan, collaboration spéciale - Agence QMI

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Une publicité qui circule sur le web vante les mérites d'un comprimé 100 % naturel qui aurait le pouvoir de rendre heureux ceux qui le prennent. L'Ordre des pharmaciens du Québec dénonce le marketing entourant cette pilule «Bonheur» et souhaite voir Santé Canada sévir contre ces produits souvent inefficaces. 

  • Écoutez Félix Pedneault, producteur de contenus à Tabloïd, sur QUB radio:

La pilule «Bonheur» de la compagnie Émotions Lab «vous aidera à gérer votre stress et à augmenter votre bonne humeur» à l’aide d’un cocktail de huit extraits de produits naturels, peut-on lire en ligne.

L’ingrédient qu’on retrouve en plus grande quantité dans la pilule est un dérivé du thé. Uniquement distribuée en ligne, la pilule «Bonheur» est loin d'être donnée. Elle se vend 50 $ le pot de 60 pilules, une quantité qui dure un mois, si on suit les consignes des fabricants du produit.

«Bonheur» est produite à Granby et est uniquement distribuée en ligne sur le site web d’Émotions Lab.

Une pilule «Bonheur» à 50 $ par mois
Émotions Lab

«Je ne recommanderais jamais le produit Bonheur, affirme la pharmacienne Sylvie Marchand. Il n’y a pas assez de données scientifiques pour appuyer l’efficacité de ce produit.»

Le produit n’a rien à voir avec le bonheur, selon le psychiatre Gilles Chamberland. «Si vous avez une alimentation équilibrée et du bon sommeil, une vitamine Pierrafeu risque de vous rendre plus heureux», explique le professionnel de la santé mentale.

Le président de l’Ordre des pharmaciens du Québec, Bertrand Bolduc, souhaite que Santé Canada soit plus sévère envers les campagnes de marketing des produits de santé naturels.

Bertrand Bolduc
PHOTO COURTOISIE/Ordre des pharmaciens du Québec
Bertrand Bolduc

Le nom d’un produit de santé ne devrait pas avoir de lien avec le problème qu’il tente de régler, selon lui. «C’est la même affaire avec les antidépresseurs. On ne peut pas les appeler “joie” par exemple», souligne le pharmacien de profession qui estime que ce genre de marketing peut devenir malhonnête «sans données probantes qui prouvent que ça fonctionne».

Les produits principaux de la pilule Bonheur, la Théanine, un dérivé du thé, et le Withania, un dérivé du ginseng, ne sont pas inefficaces, selon le pharmacien Jean-Yves Dionne. «Comme outil de gestion du stress, ça se peut. Est-ce que ça va rendre plus heureux ? J’embarque pas là-dedans», précise-t-il.

«Le risque c’est qu’on prenne ces produits-là dans l’espoir que ça fonctionne et que notre état empire», ajoute Bertrand Bolduc.

Santé Canada évalue les produits naturels pour s’assurer que le dosage des ingrédients naturels ne soit pas dangereux pour l’humain.

Pour la porte-parole de Santé Canada Maryse Duquette, «Bonheur» ne pose pas problème, puisqu’elle n’est pas dangereuse pour la santé.

«Si un risque pour la santé est identifié en rapport avec une marque de commerce fausse et trompeuse», le ministère pourrait la radier de sa liste, explique la porte-parole, par courriel. Le marketing d’Émotions Lab ne serait pas trompeur, selon Santé Canada.

Dans un second courriel, l’organisme fédéral annonce qu’il va procéder à une réévaluation du produit après la demande vérification de Tabloïd. À la suite de cette révision, Santé Canada pourrait demander à l’entreprise de modifier sa marque.  

  • ÉCOUTEZ la chronique de Geneviève Pettersen avec Benoît Dutrizac à QUB radio :    

«Bonheur» va trop loin admet son créateur

Avec un marketing uniquement sur le web où il associe la marque de sa pilule avec le plein air et la santé mentale, Rémi Vaillancourt admet que son marketing vend plus que ce que son produit offre.

Deux pubs en ligne montrent le pot de pilule dans des environnements de plein air.
Émotions Lab
Deux pubs en ligne montrent le pot de pilule dans des environnements de plein air.

«Bonheur, on a tous notre propre définition. On savait que c’était quand même osé que d’appeler ça comme ça. On le sait qu’il n’y a pas de pilules magiques», explique Rémi Vaillancourt. Il dit avoir reçu des commentaires de gens outrés par la marque du produit de santé naturel.

Il avoue avoir voulu vendre une pilule «du bonheur» avant de savoir ce qu’il mettrait dedans pour qu’elle rende heureux. Pour distribuer ce produit, Rémi Vaillancourt s’est associé avec Félix Daigle, un Youtubeur kinésiologue avec quelque 8000 abonnés.

«Y’a certaines affirmations que Santé Canada nous a dit qu’on ne pouvait pas faire parce que notre dosage est insuffisant. Par exemple on ne peut pas dire que ça va rendre heureux, mais on peut dire que ça va “favoriser un état de bien-être”», explique Félix Daigle, qui est sensible à la cause de la santé mentale après avoir traversé une dépression.

«Le but, c’est pas de faire du marketing et de vendre des pots à malade, nous on veut juste aider les gens à se sentir mieux», se défend Félix Daigle face aux allégations de nombreux pharmaciens qui doutent de la qualité du produit. Rémi Vaillancourt assure que les clients insatisfaits se font rembourser l’entièreté de leur achat si les effets ne se font pas sentir.

Il a par ailleurs ajouté qu’il serait prêt à changer le nom de la pilule si Santé Canada en faisait la demande. «Bonheur» pourrait alors s’appeler «Détente instantanée», a-t-il improvisé en entrevue.

Jusqu’à maintenant, Émotions Lab ne permet pas à ses fondateurs, Rémi Vaillancourt et Félix Daigle, de vivre de ses revenus.