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Les normes démocratiques américaines en jeu

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Pour Donald Trump et les républicains, les règles non écrites de la démocratie ne valent la peine d’être suivies que quand elles font leur affaire.

Un État de droit, c’est plus qu’une Constitution et des lois explicites. C’est aussi un ensemble de normes implicites tout aussi importantes.

La détermination des républicains à pourvoir immédiatement un poste vacant à la Cour suprême alors qu’ils insistaient en 2016 sur le fait que cela ne pouvait pas être fait juste avant une élection n’est qu’un exemple de plus de l’affaiblissement de ces normes aux États-Unis.

Cette tendance existait déjà avant Donald Trump, mais sa mainmise sur le Parti républicain l’a renforcée.

Le pouvoir d’abord

Comme les républicains rêvent depuis longtemps d’une Cour suprême dominée par la droite religieuse et économique, la nomination d’un ou d’une juge d’allégeance conservatrice pour remplacer Ruth Bader Ginsburg est pratiquement un fait accompli.

La seule chose qui empêcherait cette nomination serait que quatre sénateurs républicains appliquent le « principe » qu’ils avaient invoqué en 2016 pour bloquer la nomination de Merrick Garland par Barack Obama. Pour cela, il faudrait qu’ils adhèrent à une norme qui comptait beaucoup pour les pères fondateurs, mais dont ils n’ont rien à cirer : le sens de l’honneur. 

Ils avaient le pouvoir de bloquer en 2016 et ils l’ont fait. Aujourd’hui, ils peuvent faire basculer la Cour suprême à droite pour longtemps et ils vont le faire, même s’ils représentent une minorité d’électeurs et même si cette Cour suprême ira à contre-courant de la majorité, notamment sur l’avortement et sur Obamacare.

Des normes anéanties

Les républicains auraient peut-être fait autrement en 2016 s’ils s’étaient sentis liés par deux autres normes démocratiques : la tolérance pour ses opposants et la retenue dans l’exercice du pouvoir. Ces normes ne signifiaient pas grand-chose pour eux en 2016 ; elles ont été anéanties par Donald Trump.

On sait ce que Trump pense de ses opposants. Ce sont des gens « qui détestent l’Amérique » et qui ne comptent pas pour lui. On sait aussi ce qu’il pense de la retenue dans l’exercice du pouvoir, lui qui utilise volontiers son pardon pour sortir ses amis du pétrin, qui enrichit directement ses entreprises à même les dépenses liées à ses fonctions et qui a tordu le bras au président ukrainien pour qu’il incrimine son principal rival politique.

La démocratie en jeu

Pour qu’une démocratie fonctionne, il faut aussi s’entendre sur les faits, mais les seuls faits qui comptent pour Donald Trump sont ceux qui l’arrangent ou ceux qu’il invente à son gré. 

Il n’a que faire des normes dont dépendent l’État de droit et la démocratie. Les seules normes qui lui importent sont celles qu’il peut exploiter à son avantage. 

Trump crie sur tous les toits qu’il n’acceptera la légitimité de l’élection que s’il gagne et il est sûrement convaincu que « ses » juges à la Cour suprême lui donneront raison s’il conteste les résultats. 

Le 3 novembre, la démocratie et l’État de droit sont en jeu aux États-Unis, rien de moins.