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Des infirmières s’inquiètent pour la vie de leurs patients

Des infirmières s’inquiètent pour la vie de leurs patients
Pierre-Paul Poulin

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Horaires invivables, fatigue extrême, surcharge de travail: les infirmières de l’Hôpital du Lakeshore n’en peuvent plus et craignent de mettre en danger la vie de leurs patients à cause d’un manque d’effectif important, alors que le Québec vient d’être frappé par la deuxième vague.

«Si on n’est pas assez d’infirmières, ça peut être extrêmement dangereux. On ne peut pas travailler comme ça! On n’a pas le choix de poser notre pied à terre à un moment, parce que sinon, on peut avoir quelqu’un qui meurt!» s’indigne une infirmière de l’Hôpital général du Lakeshore, à Pointe-Claire, qui a demandé à garder l’anonymat par peur de représailles de la part de son employeur.

Avec le manque d’effectif, la charge de travail qui augmente, tout comme le nombre de patients à gérer par infirmière, et avec les très longues heures de travail, dû aux heures supplémentaires obligatoires, plusieurs craignent de faire des erreurs de jugement ou d’accuser des retards importants dans la distribution des médicaments, ce qui pourrait être problématique pour certains patients.

«Un jour, on n’était pas assez d’infirmières et on a perdu deux patients, raconte l’infirmière. [Ils] étaient très instables en même temps et il a fallu que les soins intensifs viennent nous aider. On ne sait pas si ces patients auraient pu survivre si on avait été plus nombreux, mais c’est sûr qu’on se pose la question.»

Pour une autre infirmière, qui a également demandé l’anonymat, la situation est devenue tellement difficile, dangereuse et crève-cœur qu’elle a remis sa démission.

«Ce que je veux, c’est prendre soin de mes patients, mais ici, je ne peux pas. J’aime mon travail et mes collègues font un travail incroyable. Mais je n’enverrais même pas ma famille ici, parce que ça peut être dangereux», raconte-t-elle.

Alors pour dénoncer ces conditions, pas moins de huit sit-in ont été organisés à l’Hôpital du Lakeshore depuis le 4 juillet.

De nombreux postes à combler

Actuellement, à l’Hôpital général du Lakeshore, pas moins de 21 postes d’infirmières seraient à combler, selon Johanne Riendeau, présidente du Syndicat des professionnelles en soins de santé de l’Ouest-de-l’Île-de-Montréal.

Si le manque de personnel de soins n’est pas nouveau, la crise du coronavirus a exacerbé le problème. Car avec des conditions de travail de plus en plus difficiles, de nombreux employés de la santé sont tombés au combat.

Depuis le mois de mars, ce sont près de 170 démissions qui ont été remises au Centre intégré universitaire de santé et de services sociaux (CIUSSS) de l’Ouest-de-l’Île-de-Montréal, précise Mme Riendeau. À cela s’ajoutent les départs à la retraite devancés, les retours aux études et surtout, les nombreux congés de maladie dus à l’épuisement ou à la COVID.

«Les infirmières sont plus que fatiguées, elles sont brûlées. Quand il manque trois infirmières, c’est impossible d’offrir des soins sécuritaires à la population, d’être capable de donner des soins de qualité à nos patients», martèle Mme Riendeau.

De son côté, le CIUSSS de l’Ouest-de-l'île-de-Montréal dit comprendre que la situation actuelle est difficile pour ses employés.

«Il est de notre intention de poursuivre nos efforts de recrutement, de même que notre travail de collaboration avec le syndicat pour trouver des solutions concrètes visant à améliorer la situation à l’urgence du Lakeshore, indique-t-on par courriel. [Lundi] se terminait justement un affichage de postes historique pour l’ensemble du CIUSSS, soit 1150 postes, tous secteurs confondus.»

Problème provincial

Et ce n’est pas qu’au Lakeshore que la situation est difficile. Selon Nancy Bédard, présidente de la Fédération interprofessionnelle de la santé du Québec (FIQ), le problème s’étend dans tous les CIUSSS et Centres intégrés de santé et de services sociaux (CISSS) du Québec.

Au CIUSSS de l’Est-de-l’Île-de-Montréal, il y aurait eu 363 démissions entre le mois de mars et la fin de l’été chez les inhalothérapeutes, les infirmières auxiliaires et les infirmières, soutient Denis Cloutier, président du Syndicat des professionnelles en soins de l’Est-de-l’Île-de-Montréal.

Du côté du CISSS de Lanaudière, il y aurait eu 159 départs, précise Stéphane Cormier, président du Syndicat des infirmières de Lanaudière.

Lors d’une conférence de presse ayant eu lieu le mardi 22 septembre, Christian Dubé, ministre de la Santé et des Services sociaux, a indiqué qu’il manquerait près de 4500 employés de la santé actuellement.

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