/opinion/columnists
Navigation

«Just watch me»

CANADA-politics-parliament-pandemic-virus-health
Photo AFP L’ennemi de l’austérité, l’ami des déficits.

Coup d'oeil sur cet article

C’est dans l’air avec le 50e anniversaire de la crise d’Octobre. Trudeau père avait sévi en abolissant provisoirement les libertés civiles au Canada après avoir lancé sa petite phrase assassine seulement en anglais. Sans doute pour surprendre plus fortement les Québécois nationalistes francophones unilingues... qui ignoraient que cela signifiait, en joual, « j’vas vous en crisser toute une ».

Trudeau fils a fait lire avant-hier par la gouverneure générale astronaute, choisie par lui, mais selon des membres de son entourage mal atterrie à Rideau Hall, le discours du trône, qui a failli peut-être lui donner envie de repartir en orbite.

Nombre de Canadiens non encore atteints par les effets perturbants de la pandémie comprennent que les promesses tous azimuts du premier ministre mènent directement à « la planche à imprimer des piasses » des créditistes de Réal Caouette pour qui c’était la base de leur politique monétaire. Son successeur, Camil Samson, lors d’un discours trop enflammé, avait déclaré : « Le Parti libéral nous amène au bord du précipice. Avec le Crédit social, le Québec va faire un pas en avant. »

Revanchard

Justin Trudeau, premier ministre du Canada, a annoncé mercredi non seulement qu’il allait continuer de vider la « sacoche publique » (public purse), mais qu’il persisterait à violer la juridiction des provinces en toute matière. Cela signifie que, dans un esprit revanchard, malgré ses propos doucereux, il déclare une guerre à venir avec le Québec, seule province à lier sa distinction à ses champs de compétence reconnus par la Constitution canadienne, toujours pas signée par la « province » depuis le rapatriement en 1982, ce coup fumant de son père Pierre Elliott.

François Legault doit bien comprendre que Justin le malin veut en découdre avec lui. N’oublions jamais que le chef de la CAQ, avec son nationalisme dilué, a retenu la leçon du référendum perdu de 1995 : il s’accroche à la juridiction exclusivement provinciale. Il n’a plus le rapport de force qu’avait autrefois le PQ avant de perdre sa raison d’être lors des deux référendums.

En lançant l’idée de normes nationales pour les centres de soins de longue durée, Justin Trudeau ajoute l’insulte à l’insulte. Comme s’il voulait faire payer politiquement le coût de la présence de l’armée dans les CHSLD québécois.

Découvrez À haute voix, une série balado sur les enjeux de la société québécoise contemporaine, par Denise Bombardier.

Insulte

Justin Trudeau a réussi à réquisitionner l’antenne, mercredi soir, pour une adresse très officielle à la nation. Normalement, elle est réservée pour annoncer un événement important, voire grave. Mais le premier ministre s’est servi de ce privilège exceptionnel pour résumer platement des éléments du discours du trône de l’après-midi. Il a voulu se faire rassurant et sensible aux malheurs des citoyens. Cette opération de relations publiques était une insulte à l’intelligence des citoyens. 

À vrai dire, il a utilisé l’antenne pour se faire valoir, espérant y retirer les mêmes avantages qu’au départ du confinement lorsqu’il apparaissait chaque jour avec de nouveaux cadeaux à distribuer. Qui peut être dupe d’un homme qui n’a qu’une idée en tête, être réélu afin de retrouver le pouvoir dont il se croit le dépositaire naturel au Canada ? Or, en pleine pandémie, son charme s’est affadi au point de révéler son manque de substance.