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Un pot-de-vin de 21 000 $ dans une enveloppe brune

Un entrepreneur dit qu’il a payé pour avoir un contrat de modules de jeux dans des parcs

Palais St-Jérôme Paul-Émile Beaudry
Photo Ben Pelosse Paul-Émile Beaudry témoignait hier au palais de justice de Saint-Jérôme au procès de l’ancien maire de Terrebonne Jean-Marc Robitaille. Il a affirmé avoir remis 21 000 $ dans une enveloppe à Daniel Bélec qui était, à l’époque, le chef de cabinet du maire.

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Un entrepreneur qui voulait installer des jeux dans des parcs à Terrebonne dit avoir versé 21 000 $ dans une enveloppe brune au chef de cabinet de l’ex-maire Jean-Marc Robitaille.

Daniel Bélec, chef de cabinet de l'ancien maire Jean-Marc Robitaille.
Photo d’archives
Daniel Bélec, chef de cabinet de l'ancien maire Jean-Marc Robitaille.

Paul-Émile Beaudry, patron de la firme Formes et jeux, dit avoir déposé cette somme à l’automne 2006 dans le bureau de Daniel Bélec, ancien chef de cabinet de Robitaille. 

Il a raconté avoir remis l’enveloppe après avoir compris que c’était la seule façon pour lui d’obtenir des contrats à Terrebonne.

« C’était la règle de donner quelque chose à quelqu’un », a-t-il expliqué.

Daniel Bélec aurait contacté Beaudry par téléphone afin qu’il vienne faire le paiement, a relaté l’entrepreneur.

« Il était seul. J’ai déposé l’enveloppe sur son bureau. Il y a pas eu de discussions pour dire ce que je devais ou quoi que ce soit. Ça a été très très bref, merci, bonjour ou à peu près. Et je suis reparti », a relaté l’entrepreneur hier au palais de justice de Saint-Jérôme.

Paul-Émile Beaudry témoignait hier au procès pour corruption et abus de confiance de l’ex-maire Jean-Marc Robitaille, de son ex-chef de cabinet Daniel Bélec, de l’ex-directeur général de Terrebonne Luc Papillon et de l’entrepreneur Normand Trudel.

3 % du contrat

La somme de 21 000 $ représentait 3 % de la valeur du contrat convoité par Beaudry, soit 700 000 $, a expliqué le témoin. 

L’idée du 3 % à verser venait de Bernard Trépanier, décrit comme « Monsieur 3 % » à la commission Charbonneau. « 3 %, c’était la norme à ce moment-là », a-t-il expliqué.

Paul-Émile Beaudry dit avoir ensuite reçu sa part de contrats de modules de jeux à Terrebonne pendant quelques années.

Il a précisé qu’avant de verser ce qu’il a appelé pudiquement une « redevance », il n’avait jamais été capable d’obtenir un seul contrat à Terrebonne. 

« C’était toujours le même fournisseur », a-t-il dit.

Trudel très influent

C’est l’entrepreneur Normand Trudel qui aurait indiqué à Beaudry la voie à suivre. 

« Il avait du pouvoir. [...] [Il] était influent », a souligné Beaudry. 

« Tu sais ce que tu as à faire. Il a été décidé que les contrats de jeux, c’est toi qui les aurais », aurait confié Trudel à l’entrepreneur.

Trudel riait alors du fait qu’ils allaient donner une leçon au fournisseur Richard Tessier qui recevait tous les contrats de jeux, selon Beaudry.

Malgré le fait qu’il ait accepté de verser des « redevances », Beaudry a affirmé hier qu’il avait cessé d’obtenir des contrats à Terrebonne après 2007.

Sans qu’il soit bien certain de savoir pourquoi, il a affirmé soupçonner que c’était parce qu’il ne graissait pas assez de pattes. « Ma déduction : peut-être que le 3 % était pas suffisant ou il y avait d’autres personnes impliquées », a-t-il spéculé. 

Ce que le témoin Paul-Émile Beaudry a dit   

«On m’avait dit que Normand Trudel était une personne que je devais rencontrer pour rentrer à la Ville de Terrebonne [NDLR : obtenir des contrats ]. [Trudel] m’a dit : tu as des devoirs à faire. »

«Dans le milieu dans lequel j’ai vécu de 2000 à 2009, [faire ses devoirs], ça voulait dire : tu vas avoir des ristournes ou des redevances à donner à quelqu’un pour remercier. »

«À partir du moment où j’ai dit que je pouvais faire mes devoirs, ça a débouché. »