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Autonomie alimentaire: du tofu québécois pour se nourrir

Le soja produit ici est le plus souvent exporté

Ghislain Gervais - Autosuffisance
Photo Francis Halin Le président de Sollio Groupe Coopératif, Ghislain Gervais, à l’usine d’Olymel de Boucherville.

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Une filière des protéines végétales pour pouvoir exporter du tofu « Fait au Québec » ? C’est le vœu de Ghislain Gervais, de Sollio Groupe Coopératif, qui regroupe notamment le géant québécois du porc Olymel et une division d’intrants agricoles Sollio Agriculture, qui nous en parle.

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Comment pourrait-on mieux nourrir le Québec ?

On pourrait faire mieux avec les protéines végétales. La tendance prend plus d’ampleur ces dernières années. On pourrait facilement penser pouvoir installer des usines de transformation de soja plus importantes au Québec pour faire en sorte que le tofu consommé ici soit davantage un produit québécois. On pourrait aussi exploiter la protéine de pois pour permettre une diversification des revenus pour nos agriculteurs.

Pourquoi les protéines végétales ? Pourquoi le soja ?

Les agriculteurs produisent ce qui est recherché, ce qui a de la rentabilité à long terme. On exporte déjà du soja. Il est transformé en tofu en Europe, au Japon ou dans les pays asiatiques. Ce n’est pas impossible d’être capable de produire du tofu québécois, et éventuellement de l’exporter. On a l’expertise de production, des chercheurs, de la génétique. On a le climat. On est compétitifs. C’est une filière québécoise que l’on pourrait mettre sur pied. Chaque membre de la chaîne y trouverait son compte.

Est-ce réaliste de viser l’autonomie alimentaire ?

La pleine autonomie alimentaire n’est pratiquement pas atteignable, pour une question de climat en grande partie. Il y a des aliments que l’on ne pourra jamais produire au Québec à cause de notre climat nordique. Par contre, on peut l’augmenter. Toutes les annonces du gouvernement qui vont dans ce sens-là sont pour nous des nouvelles positives.

La pandémie a-t-elle fragilisé notre chaîne alimentaire ?

La COVID-19 a été le troisième choc vécu en très peu de temps, après la grève du Canadien National (CN) et le blocus ferroviaire. Ces trois chocs-là sur la chaîne logistique agroalimentaire nous ont fait réaliser ses faiblesses. Tout ce que l’on va faire pour l’améliorer va sécuriser l’autonomie alimentaire du Québec. 

Est-ce que cela passe par le développement des serres ?

Développer la filière des serres aiderait beaucoup. Souvent, les grandes bannières demandent de grands volumes pour de longues périodes de temps et beaucoup de joueurs québécois ne sont pas capables [de fournir]. En augmentant la production en serre, on améliore le circuit court et on favorise la présence des produits québécois à plus d’endroits.

Les Québécois sont-ils prêts à payer plus pour des produits d’ici ?

On a vu ces dernières années un intérêt de plus en plus plus marqué des consommateurs québécois envers les produits d’ici. Avec la COVID-19, l’intérêt s’est multiplié. Les consommateurs font beaucoup plus attention à ce qu’ils achètent. Par contre, le portefeuille parle souvent. Les Québécois sont prêts à payer un peu plus pour les produits d’ici, mais pas tellement plus. À l’épicerie, souvent, c’est le prix qui parle encore trop souvent.

Quel rôle les agriculteurs ont-ils à jouer dans l’équation ?

Au Québec, les familles agricoles sont à la base du secteur agroalimentaire. Elles sont le maillon le plus important. C’est le plus important secteur manufacturier québécois. On a la chance d’avoir plus de 70 % de ce qui est produit au Québec transformé au Québec. C’est une richesse que l’on a comparativement aux autres provinces canadiennes. 

Votre modèle coopératif est-il le bon pour viser l’autonomie ?

L’autonomie alimentaire s’adapte parfaitement au modèle coopératif de Sollio Groupe Coopératif. On partage la richesse. Alors si on augmente l’autonomie alimentaire, on réussit à mieux partager la richesse aux familles du Québec. C’est ça l’économie circulaire.