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Autonomie alimentaire: il faut éviter les erreurs du passé

Le gouvernement ne devrait pas tout miser sur la grande culture en mégaserre, selon un agriculteur

Jean-Martin Fortier
Photo courtoisie, Jardinier-Maraîcher Jean-Martin Fortier, de la Ferme les Quatre-temps et des Jardins de la Grelinette, en Montérégie, s’élève contre les visées de grandeur du gouvernement de François Legault, appliquées à l’industrie agricole.

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En investissant massivement dans la culture de serre, sous prétexte de l’atteinte de l’autosuffisance alimentaire, le gouvernement de François Legault risque de faire fausse route, craint l’agriculteur bien connu, Jean-Martin Fortier.

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Promoteur convaincu de l’agriculture biologique et auteur du best-seller Le Jardinier maraîcher, ce dernier met en garde la province contre les charmes éphémères d’un modèle d’agriculture industrielle, lequel promettrait non seulement de nourrir le Québec, mais aussi de s’imposer sur les marchés de l’exportation.

« On a fait la même erreur dans l’industrie du porc il y a une vingtaine d’années. Les gouvernements ont tout mis dans ce projet de grandeur qui visait à vendre du porc québécois partout sur la planète. Or, dit-il, l’aventure s’est avérée une catastrophe, tant sur le plan écologique que social ou économique. »

Pollution et désolation

Deux décennies plus tard, les mégaporcheries issues de cette époque encore récente n’ont apporté, aux yeux du copropriétaire des Jardins de la Grelinette, à St-Armand, en Montérégie, rien qui vaille vraiment pour la province. 

Son héritage, résume-t-il : « la pollution de nos cours d’eau, la culture du maïs à la grandeur de nos campagnes, et la détresse d’agriculteurs entraînés dans la spirale du Think Big ». Pris à la gorge, plusieurs agriculteurs ont dû faire faillite, tandis que d’autres, à court de ressources, auront fini par s’enlever la vie, se désole-t-il.

Se battre contre le Mexique ?

Est-ce vraiment ce qu’on veut ? N’avons-nous rien appris du passé ? se demande-t-il à haute voix lorsque questionné sur les centaines de millions de dollars que le gouvernement québécois s’apprêterait à investir pour faire exploser la culture en serre au Québec.

« Je veux bien qu’on puisse faire des tomates en serre et vouloir en exporter partout sur la planète. Les Savoura et Toundra de ce monde sont des belles entreprises. Mais leur production n’est ni naturelle ni écologique. Et malgré tous nos efforts, je doute qu’on puisse jamais battre le Mexique sur le marché de la tomate. »

Rentable et durable

Jean-Martin Fortier a été recruté il y a quelques années par André Desmarais, l’un des héritiers de la famille Desmarais, afin d’instaurer, sur les 167 acres de terres de sa ferme Les Quatre-Temps, le modèle d’une agriculture qui soit à la fois rentable et respectueuse de l’environnement.

Ce modèle, comme celui qu’il applique sur sa propre ferme familiale, mériterait à son avis la même attention des gouvernements que celle accordée aujourd’hui à la grande culture et à la construction des mégaserres.

Pour lui, la multiplication des fermes familiales, de taille humaine, comme on en trouvait jadis sur tout le territoire, constituerait une option tout aussi valable et durable pour un Québec en quête d’autosuffisance alimentaire.

« Ce sont les artisans de ces fermes, insiste-t-il, qui maintiennent l’activité économique dans les régions, attirent les familles, achètent au quincaillier du village et permettent d’empêcher la fermeture de ses écoles ». 

En investissant les mêmes sommes dans la professionnalisation de ces plus petites fermes, afin que chacune cultive mieux et plus longtemps, le gouvernement atteindrait, dit-il, les mêmes résultats qu’en investissant davantage dans les mégafermes. 

Car au bout du compte, rappelle-t-il, qu’elles soient en serres ou non, ces fermes pratiquent toutes une agriculture intensive, avec tous les défauts et fragilités propres aux monocultures.