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La ville de tous les frissons

Romans d'ici
Photo courtoisie Servitude
Raphaëlle B. Adam
Triptyque
228 pages, 2020

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Qui n’aime pas les histoires de fantômes ? Servitude en donne plein à voir... ou à sentir le souffle, entendre les pas, envahir les rêves.

C’est un recueil de nouvelles indépendantes les unes des autres, néanmoins toute l’action de Servitude se déroule à Riverbrooke. Comme l’indique le sous-titre, il s’agit en fait d’autant de « chroniques d’une ville-mirage ». 

Certains des récits ont déjà paru dans des revues littéraires. Raphaëlle B. Adam les a réunis et enrichit d’autres textes pour créer son premier livre. En faisant le choix de planter tout le décor de l’ouvrage dans une même ville, elle peut dès lors se permettre de jouer des mêmes éléments d’une nouvelle à l’autre.

On retrouvera ainsi plus d’une fois le café Mélise, la librairie Fin Mot, le centre d’appel Sollicitas ou le mystérieux Dr Naud, psychologue de profession. Cela nous donne un pas d’avance sur les personnages qui ignorent, eux, que tout ne tourne pas rond à Riverbrooke, cette « ville qui ne figure sur aucune carte ».

En fait, c’est plutôt dans les têtes que ça dérape, car extérieurement, rien ne laisse voir le mélange de violence contenue et d’apparitions étonnantes qui bouillonne sous la surface. Chaque récit se concentre sur un seul personnage, renvoyé à sa solitude et qui doit dès lors confronter son mal-être et ses angoisses.

Les 17 nouvelles qui composent le recueil ne sont pas de force égale. Ainsi, l’amoureux décédé qui revient hanter les nuits de l’endeuillée dans Le mensonge est un thème convenu, voire psychologiquement attendu.

Par contre, cette même veine psychologique est exploitée avec efficacité dans la nouvelle Mia qui fait voir comment une femme finit par rester engluée dans une relation étouffante, ici avec une conjointe : « Elle est partout, même à l’intérieur de moi. » Nul besoin de barreaux pour être en prison.

L’auteure se démarque surtout par son exploration très particulière du monde du travail.

Revisiter les classiques

Il y a ce libraire à la recherche de plus en plus obsédée d’un livre égaré. Ou le défilé de mode hallucinant auquel est astreint un grand couturier. Et cet ensorcelant Pantalon à vendre, qui fait si bien à toutes, mais que pourtant aucune cliente ne veut acheter.

Sans oublier la nouvelle PB, particulièrement réussie, qui met en scène un patron tyrannique dont tout employé rêve de se venger.

Raphaëlle B. Adam, une « passionnée des littératures de l’imaginaire » qui tient elle-même des chroniques à ce sujet, sait par ailleurs exploiter des thèmes plus classiques – celui de la maison hantée, par exemple. Sa nouvelle La maison verte, qui ouvre le bouquin, donne plus que des frissons.

Et tout comme Cassandre Galloway, préposée aux bénéficiaires depuis trente ans et qui « n’avait jamais cru aux fantômes », on n’oubliera pas de sitôt la nouvelle Voleur. Une résidence pour personnes âgées vaut bien d’autres lieux hantés pour se faire peur !