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L’avenir pas si lointain de Philippe Djian

Philippe Djian
Photo courtoisie, Tera / Opale / Leemage

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2030, le nouveau roman de l’écrivain français Philippe Djian, nous entraîne dans un futur relativement proche où les choses ont eu le temps de changer, mais pas tant. À découvrir.  

Certes, il y a eu Bleu comme l’enfer et 37°2 le matin. Deux romans qui ont eu droit à leur propre adaptation cinématographique et qui ont fortement contribué à faire de Philippe Djian l’un des auteurs cultes de la littérature contemporaine. Mais depuis le temps, le célèbre romancier a aussi écrit bien d’autres livres. Dont 2030, qui vient tout juste de sortir en librairie. 

« J’étais fâché contre les vieux intellos français qui s’en sont pris à la militante écologiste Greta Thunberg, qui ont déchargé leur colère sur cette adolescente, explique Philippe Djian, qu’on a pu joindre à Biarritz, dans le sud-ouest de la France. Moi, elle m’a tout de suite plu cette jeune femme au visage de madone, et je me suis demandé comment raconter tout ça sans me lancer dans une étude sur le climat avec tout ce que ça peut comporter comme recherches et prises de position. » 

Car même s’il apprécie infiniment l’écrivain américain Richard Powers et qu’il n’a que de bons mots pour son Arbre-monde (roman magistral consacré à la cause environnementale), Philippe Djian ne se voyait pas écrire un bouquin à saveur écologique. « Je n’ai pas assez de connaissances dans le domaine pour me mettre en avant sur ce plan-là », ajoute-t-il. 

Rendez-vous dans 10 ans...

Pour lui, la solution la plus simple a donc été de camper l’histoire en 2030. « On est en 2020 et dans 10 ans, on ne sera pas vraiment dans la science--fiction, précise Philippe Djian. Oui, bien sûr, la technologie aura avancé. Mais d’ici 10 ans, il n’y aura probablement pas de grandes révolutions au niveau climat. Juste de petits ennuis : des chaleurs étouffantes, un ciel plus nuageux, des périodes de sécheresse plus intenses... Sauter en 2030 ne sera donc pas comme le type qui se réveille d’un long sommeil et qui ne comprend plus rien de ce qu’il voit autour de lui. Je ne voulais pas faire le panorama d’un futur qu’on ne connaît pas encore. » 

Dans ce futur relativement proche, Greta Thunberg – qui ne sera d’ailleurs jamais nommément citée – aura ainsi 10 ans de plus qu’aujourd’hui et on découvrira qu’à l’instar de Naomi Klein, elle s’est mise à écrire des livres. Qui interpellent surtout les jeunes. Lucie, par exemple. À 14 ans, Lucie milite déjà activement pour l’environnement et c’est grâce à elle que Greg rencontrera Véra, l’éditrice française de Greta. 

Prénoms

Oh ! Trop de prénoms d’un coup ! Reprenons. Lucie est l’une des deux nièces de Greg, le héros de 2030. Scientifique de métier, il travaille dans le laboratoire de son beau-frère, Anton, qu’il considère comme une belle crapule : si ce dernier n’avait pas insisté pour trafiquer des résultats d’analyse, un dangereux pesticide aurait sans doute déjà été retiré du marché. 

Sachant qu’Anton est également le beau-père de Lucie, on comprendra ensuite assez facilement pourquoi cette dernière tient autant à prendre part à la lutte écologique et à interviewer Greta Thunberg, qu’elle admire sans réserve. Et voilà. C’est en organisant pour sa nièce cette interview que Greg fera la connaissance de Véra. Puis qu’il en tombera presque instantanément amoureux. 

« J’aime bien créer des personnages un peu en marge parce que j’ai moi-même toujours été en marge et fréquenté des gens qui l’étaient aussi, souligne Philippe Djian. Ils ont une espèce de liberté de pensée ou d’action tellement hors-norme que ça m’intéresse. Alors, raconter la vie du type qui a passé 40 ans à la banque avant de s’allonger sur une chaise longue, très peu pour moi. »

Traduction, on ne s’ennuiera pas aux côtés de Greg. Véra non plus, d’ailleurs. Habituée à côtoyer des manifestants ou à rudoyer des climatosceptiques, elle aura d’abord du mal à saisir la personnalité de ce scientifique à la solde d’un laboratoire soupçonné du pire par les autorités sanitaires. Mais juste comme elle commencera à le cerner, un événement extérieur viendra entièrement changer la donne. 

« Je ne sais jamais d’avance comment mes romans vont se terminer, affirme Philippe Djian. En fait, même quand j’en écris la toute première phrase, je ne sais pas du tout ce qui va venir ensuite. Mais une fois que je suis dans l’histoire, je suis généralement plutôt satisfait de rester avec des personnages qui me plaisent. » Des personnages qui, faut-il le rappeler, sont un peu en marge. Et qui, ici, s’insurgeront contre un système sur le point de les écrabouiller.