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Mystérieuse disparition

Christiane Labrie
Photo courtoisie Christiane Labrie

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Il y a toujours un peu de magie et « de choses étranges » dans les écrits de Christiane Lahaie. Zone 51 persiste dans cette lignée, alors que l’autrice qualifie elle-même son roman d’ovni alliant réalisme et climat mystérieux. 

Christiane Lahaie a vécu sur la base militaire de Valcartier jusqu’à l’âge de 11 ans. Un lieu fermé, légèrement en dehors du monde, où elle s’est sentie protégée et qui sans nul doute a nourri son imaginaire. Un univers bilingue aussi, qui lui a permis de baigner dans deux cultures jusqu’à en être fortement inspirée dans ses études (son baccalauréat en littérature anglaise à l’Université McGill), ses lectures (elle a lu 7 fois Le seigneur des anneaux) et son éclectique parcours.

« J’aimais croire à des choses comme ça, explique celle dont la jeunesse fut marquée par ses lectures sur l’ésotérisme. À la fin de l’adolescence, j’ai compris que c’était n’importe quoi, l’astrologie et tout cela, mais j’ai continué à être fascinée par ce besoin de croire qu’ont tant de gens. » 

Aujourd’hui professeure de littérature, de cinéma et de création littéraire, la romancière de 60 ans affirme chérir la liberté de l’imaginaire, lui permettant d’aller dans des zones qui ne sont pas nécessairement réalistes venant avec la littérature fantastique. 

Silence dans la Zone 51

<strong><em>Zone 5</em><br>Christiane Lahaie</strong><br>Lévesque éditeur<br>168 pages
Photo courtoisie
Zone 5
Christiane Lahaie

Lévesque éditeur
168 pages

La parole qui libère. Voilà l’idée principale derrière Zone 51, un roman unissant possibles vies extraterrestres et réelles failles identitaires. 

C’est après avoir analysé de nombreux témoignages de participants à des émissions sur le paranormal que l’autrice a eu l’idée de ce roman. « Ces gens qui disaient avoir été enlevés par des extraterrestres expliquaient tous que cela s’était passé la nuit, dans la chambre, et prétendaient souvent avoir vécu des sévices sexuels. En discutant avec une psychothérapeute, j’ai compris que quelqu’un ayant vécu l’inceste pouvait effectivement s’inventer – et croire – ce genre d’histoire pour camoufler son mal. »

Zone 51 se déroule dans le Nevada, autour de la fameuse zone 51, cette prétendue base militaire secrète créée pour l’étude sur la rétro-ingénierie d’engins extraterrestres, qui aurait été récupérée par l’armée américaine après la Seconde Guerre mondiale. C’est dans ce lieu bien « réel » que décident de se rendre de jeunes étudiants en anthropologie afin de tenter de percer le mystère de la disparition d’Olivia Solès. 

Le journal intime de cette jeune femme disparue, la mythique Route 66, l’existence – ou non – d’extraterrestres, des personnages en quête d’identité et les silences alimentant spéculations et mystère : voilà ce qui compose Zone 51

« Mon but, surtout, était de montrer une drôle d’Amérique, explique l’écrivaine. On s’étonne parfois que le peuple américain agisse comme il agit, quand il élit des extraterrestres comme Trump, par exemple. Je voulais vraiment jouer avec cette américanité-là, avec l’étrangeté du territoire, son côté vaste qui fait qu’on ne peut jamais vraiment bien cadastrer les États-Unis où on retrouve de grandes zones désertiques et des zones vidées des autochtones. Un territoire qui porte beaucoup de violence, de secrets et de non-dits. »