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Notaire, historien et poète

<strong><em>François-Xavier Garneau,</em><br>Patrice Groulx</strong><br>Éditions de Boréal
Photo courtoisie François-Xavier Garneau,
Patrice Groulx

Éditions de Boréal

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Je me souviens que notre grand poète Michel Garneau répétait souvent qu’il n’était pas peu fier de ses origines. Son ancêtre, François-Xavier Garneau, ami de Louis-Joseph Papineau, était lui aussi poète, mais surtout historien. Son Histoire du Canada, publiée à partir de 1845, est une référence incontournable. 

Contrairement à Lord Durham, pour qui nous étions un peuple sans histoire et méritions, au mieux, l’assimilation, F.-X. Garneau était convaincu que nous avions le droit de vivre en tant que communauté française en terre d’Amérique. En se plongeant dans le passé de ses ancêtres, il découvre que « sa nation est née d’une volonté d’établissement et d’enracinement de la France en Amérique », mais qu’elle a dû affronter de puissantes forces adverses. Et c’est à cette tâche de divulgation de notre histoire, celle de « ressusciter la mémoire », qu’il va consacrer une bonne partie de sa vie.

À LA bonne école

Patrice Groulx nous raconte par le menu détail la vie et l’œuvre de F.-X. Garneau, ce qui en fait un document des plus vivants. Né dans une famille humble et illettrée de la ville de Québec, Garneau aura la chance de croiser sur son chemin un homme éduqué, notaire amoureux des lettres, qui ouvrira, en septembre 1821, la première école gratuite pour enfants pauvres. Remarquant son grand désir d’apprendre, le notaire lui enseignera les premiers rudiments de sa profession. Le Canada est alors sous une double juridiction : droit civil français et droit criminel anglais. François-Xavier mettra six ans à apprendre le métier et l’esprit du droit civil français, grâce au notaire Archibald Campbell qui, entre-temps, l’a pris en charge.

Très tôt, il fait l’apprentissage du « mépris des clercs anglais de Campbell, qui se moquent des Canadiens, ces vaincus sans gloire et sans avenir ». Mais un jour, leur promet-il, « il vengera l’honneur de son peuple en écrivant sa véritable histoire ». C’est qu’à cette époque, il n’existe aucun livre racontant l’histoire des Canadiens (français), alors que ceux racontant l’histoire des conquérants abondent.

Malgré tout, F.-X. deviendra un notaire reconnu et prospère. Il se mariera, se construira et aura des enfants. Pendant les insurrections de 1837-1838, il se rangera parmi les réformistes tempérés. Le débat fait alors rage au sujet de l’usage de la violence armée : comme pour le Front de libération du Québec, on impute aux insurgés la responsabilité de la répression. Mais les exactions qui suivent ne laissent plus aucun doute, car même des modérés sont jetés en prison. On compte plus de 800 prisonniers politiques, douze exécutions par pendaison, des villages incendiés, des maisons pillées, plusieurs dizaines de déportés au bout du monde, etc. 

Identité nationale 

Le Rapport Durham viendra anéantir les derniers espoirs. Ils seront nombreux à jeter l’éponge et à souhaiter « une assimilation qui brise la barrière qui les sépare des populations qui les environnent de toutes parts ». L’Acte d’Union sera voté et le Bas-Canada paiera les dettes du Haut-Canada, mesure qualifiée par plusieurs de « véritable vol ». On attend toujours d’être remboursés...

Garneau préfère, lui, exprimer son mécontentement par l’écriture poétique. Véritable rat de bibliothèque, F.-X. s’intéresse particulièrement aux documents d’époque. Vers 1843, Garneau démarre son projet d’écrire cette histoire qui réhabilitera la mémoire de ses compatriotes, dont « la destinée est de lutter continuellement ». Une publication sans l’imprimatur du clergé, faut-il préciser, ce qui choquera les dévots.

L’œuvre de Garneau, révolutionnaire en son temps, « a contribué à cimenter une identité nationale fondée sur l’ensemble des droits, des institutions et de la culture hérités du Régime français ».

Petite déception personnelle : l’époque est à pactiser avec l’ennemi. Les élites se revendiquent désormais des deux cultures : française et britannique. « Condamnés à vivre dans la dépendance de Londres ou de Washington, les Canadiens doivent faire valoir à la Grande-Bretagne qu’ils ont aidé à lui conserver la moitié du continent et demander à traduire cette dette en droits. »