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La police ne peut rien faire

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Il y a des lois qui avaient du sens avant, il y a plusieurs années, mais qui ne peuvent plus être appliquées maintenant.

Prenons l’interdiction de publication lors d’un procès. 

Ordonnance de façade

Avant, un pays pouvait interdire à ses journalistes de publier des détails sur un procès en cours afin de s’assurer que les accusés auraient un procès juste et équitable.

Mais avec internet et les médias sociaux, cette interdiction ne vaut quasiment plus rien.

On l’a vu pendant le procès des tueurs en série Karla Homolka et Paul Bernardo en 1993.

Les journalistes canadiens ne pouvaient publier certains détails de l’affaire, mais les correspondants étrangers, eux, qui couvraient le procès pour leurs médias respectifs, pouvaient le faire, n’étant pas assujettis aux lois canadiennes.

Il suffisait donc d’ouvrir son ordi et de lire tel ou tel journal français, américain ou anglais pour connaître ces détails que les médias canadiens ne pouvaient publier. Bref, cette interdiction de publication ne servait à rien. C’était une interdiction de façade. 

Comme l’avait déclaré l’avocat Mark Bantey, qui représentait les médias canadiens : « À cette époque d’avancées technologiques, nous devons nous demander si les ordonnances de non-publication sont efficaces. »

Nous donner bonne conscience

Eh bien, il en va de même avec cette ordonnance permettant aux policiers de distribuer des amendes aux citoyens qui ne respectent pas les consignes sanitaires. 

En théorie, c’est bien beau, ça fait sens. Mais en pratique, ce n’est pas réaliste. 

Cette ordonnance ne peut être appliquée.

Vous le savez, je le sais, tout le monde le sait. 

La vice-première ministre l’a dit : vous pouvez faire des partys chez vous, la police ne débarquera pas. 

De même, vous pouvez être des milliers à manifester dans la rue, la police ne vous donnera aucune amende, on l’a vu à maintes reprises.  

C’est la fête du Yom Kippour, ce week-end. L’une des fêtes les plus importantes de la communauté juive.

Vous croyez que la police va distribuer des amendes aux juifs hassidiques qui décideront de ne pas respecter la loi ? Vous croyez qu’il y aura des descentes dans les synagogues, les cours, les maisons privées ?

Bien sûr que non. Envoyer les forces de l’ordre pour interdire une fête religieuse, vous y pensez ?

Vous imaginez la réaction des organismes de défense des droits des minorités ? Les images de ces opérations policières circuleraient sur toutes les télés du monde. 

Alors, à quoi sert cette loi, si on ne peut vraiment l’appliquer ? À nous donner bonne conscience. À nous donner le sentiment que nous faisons quelque chose pour endiguer la pandémie. 

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Du jamais vu

La vérité est que nous sommes plongés dans une situation inédite.

Les vieilles règles qui encadraient les comportements dans le monde d’hier ne tiennent plus.

Qu’est-ce que vous voulez que la police fasse contre un virus ?

Donner des amendes aux élèves qui se tiennent trop près les uns des autres dans la cour d’école ?

C’est comme s’il y avait une panne d’électricité générale et que tous les feux rouges partout sur la planète étaient brûlés. 

Il y a ceux qui vont s’en réjouir et traverser le carrefour à toute vitesse.

Et ceux qui vont arrêter. Pour se protéger. Et protéger les autres.