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Auteur acquitté de porno juvénile: «J’ai pleuré pendant deux heures» - Yvan Godbout

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L’auteur Yvan Godbout, acquitté jeudi dernier des accusations de production et de distribution de pornographie juvénile qui pesaient sur lui, a raconté en entrevue au Québec matin, lundi, à quel point cette saga judiciaire l’avait affecté, au point où il avait même songé à s’enlever la vie.

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Habitué à l’horreur dans ses livres, l’auteur a lui-même été plongé dans un cauchemar éveillé qui a duré 18 mois, dont il s’est finalement sorti jeudi dernier. 

  • Écoutez l'entrevue d'Yvan Godbout avec Geneviève Pettersen sur QUB Radio:

«L’espèce de stress emmagasiné pendant deux ans, c’est vraiment sorti. J’ai pleuré pendant deux heures avec mon chien couché sur moi. Parce que j’étais seul quand j’ai appris la nouvelle. C’était comme trop pour moi, ça faisait tellement longtemps qu’on espérait ça. Quand c’est arrivé, j’ai eu l’impression que mon cœur a eu de la misère à gérer», raconte Yvan Godbout. 

Les accusations contre lui ont été déposées en février 2019 par une citoyenne pour son livre Hansel et Gretel. La fiction d’horreur de 250 pages contient des passages à caractère pédopornographique et raconte le calvaire d’un frère et d’une sœur.

C’est en mars 2019 que les policiers ont débarqué chez lui pour procéder à son arrestation. C’est à partir de ce moment-là que des gens ont commencé à le considérer comme un pédophile.

«Je ne l’ai jamais accepté»

«Je n’en reviens encore pas qu’on puisse me comparer à mon personnage. C’est drôle, on me compare à un personnage pédophile, mais on ne m’a jamais comparé à un de mes personnages assassin, psychopathe, violeur, cannibale! Je ne l’ai jamais accepté. Je n’en reviens pas qu’en 2020, des gens fassent des rapprochements entre un auteur et ses personnages, c’est complètement aberrant!», dénonce-t-il. 

Les deux années pendant lesquelles il a dû se soumettre au processus judiciaire ont tellement été difficiles, qu’il a songé à mettre fin à ses jours. 

«Si je n’avais pas eu mes proches avec moi pour me retenir, je crois que je n’aurais pas reçu cette nouvelle-là jeudi pour entendre [mon acquittement]. Je n’étais pas capable de vivre avec le fait qu’on m’accusait d’une affaire aussi dégueulasse, mais je n’étais surtout pas capable que mes proches aient à porter cela. Je me disais que si moi, je n’étais pas là, l’affaire pourrait peut-être tomber», explique-t-il. 

Avec le recul, il se rend compte aujourd’hui que cette façon de penser était complètement erronée.  

Passion disparue

Yvan Godbout a perdu pendant presque deux ans sa passion d’écrire, mais il souhaite la retrouver, un parcours qui s’annonce difficile. 

«Dernièrement, j’ai essayé de reprendre la plume, ça ne va pas si mal, j’ai des barrières à faire tomber, j’ai un travail sur moi à faire pour pouvoir réintroduire cette passion dans ma vie. J’avais l’impression qu’on me l’avait enlevée. C’est sûr que je vais avoir ce cauchemar en tête chaque fois que je vais écrire, ça n’arrêtera jamais», croit-il. 

S’il a perdu des amis, il a toutefois gagné le soutien de ses lecteurs, mais également de nombreux auteurs, et il se dit profondément touché.  

«J’ai commencé à aller un peu mieux à partir du moment où je me suis aperçu que les lecteurs étaient des milliers à me soutenir, et les auteurs ont pris parole: Patrick Senécal, Pierre-Yves Villeneuve, Karine Paquin, Sylvie Payette, le député Stéphane Bergeron et plusieurs autres. Je veux les remercier, car c’est grâce à eux que je suis là aujourd’hui», conclut-il. 

Loi trop large

Au prononcé du verdict, le juge Marc-André Blanchard, après analyse de la loi, a conclu que certains articles du Code criminel étaient trop larges, il en a donc invalidé certaines des dispositions.

«De nombreuses personnes et institutions publiques, on pense à des bibliothèques universitaires, municipales ou scolaires, ainsi que des librairies, se retrouvent potentiellement en position de faire l’objet d’accusations [...] puisqu’elles possèdent, prêtent ou vendent de telles œuvres», a commenté le juge Marc-André Blanchard dans une décision rendue au palais de justice de Sorel-Tracy.

Notons que l’invalidation de ces articles ne donne pas carte blanche aux pédophiles, elle permet plutôt d’éviter le dépôt d’accusations dans des cas très spécifiques comme celui de M. Godbout.

M. Godbout était représenté par Mes Jean-Philippe Marcoux et Jean-Sébastien St-Amand Grinois, tandis que sa maison d’édition ADA, également acquittée, était défendue par Me Charles Montpetit. Me Geneviève Beaudin agissait pour la Couronne, tandis que Mes Michel Déom et Anne-Sophie Bordeleau-Roy représentaient le procureur général du Québec.