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Black Panther

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Même si la tourmente de la présidentielle 2020 ne s’essouffle pas avec la préparation du premier débat et la publication par le New York Times d’informations liées aux déclarations de revenus de Donald Trump, je vous emmène ailleurs, ne serait-ce que pour ce matin.

Nous apprenions dimanche qu’Anthony Bottom (maintenant connu sous le nom de Jalil Abdul Muntaqim), 68 ans, aurait finalement droit à la liberté conditionnelle. J’écris finalement parce qu’on lui a refusé cette libération à de nombreuses reprises.

Bottom a été condamné pour le meurtre de deux policiers en 1971 alors qu’il était membre des Black Panthers. Tout comme d’autres membres du mouvement, il a passé les dernières décennies derrière les barreaux.

Alors que des manifestations ne cessent de diviser le pays, la libération de Bottom fait ressurgir l’histoire d’un mouvement révolutionnaire et radical. Né en 1966 sous l’impulsion de Bobby Seal et Huey P. Newton, le mouvement vise une plus grande justice sociale et la fin de la brutalité policière. Des revendications qu’on croirait tirées d’un article récent...

Parmi les actions menées par les Black Panthers, on retrouvait les patrouilles de surveillance policière. À plusieurs reprises, les participants ont écouté les fréquences de la police avant de se présenter sur les lieux des interventions policières en portant armes et livres de droit. Ils invoquaient la législation de la Californie et le deuxième amendement pour justifier la présence d’armes non dissimulées.

Alors que l’organisation est déchirée de l’intérieur en 1971 et qu’elle décline, Anthony Bottom et des complices appartenant à une aile des Black Panthers appelée Black Liberation Army (Armée de libération des Noirs), ont piégé les policiers Waverly Jones et Joseph Piagentini dans un appartement de Harlem. Ils ont ensuite abattu les deux hommes. 

Si je me permets un petit détour vers cette histoire ce matin, c’est que dans le contexte actuel de tensions raciales et de manifestations, il est bien possible que l’annonce de la libération d’un ancien Black Panther puisse choquer. 

C’est déjà le cas à New York où la veuve d’un des deux policiers déplore cette décision soudaine des services correctionnels. Dès 2004, elle menait une campagne pour éviter que les assassins de son époux ne puissent être remis en liberté. Elle soulignait que Bottom est ses complices avaient été reconnus coupables de meurtre au premier degré.

Les représentants du syndicat des policiers de la ville de New York n’ont pas ménagé les susceptibilités en réagissant à l’annonce : «They have chosen to stand with the murderers, cold-blooded assassins and radicals bent on overthrowing our society.» Les dirigeants, qu’ils qualifient de fous et de peureux, ont préféré se ranger dans le camp des assassins disent-ils.

Si on présente Anthony Bottom comme un homme bien différent de celui qui a été condamné en 1971, la décision de la commission des libertés conditionnelles soulève malgré tout des questions. On justifie la libération par l’âge et le très faible risque que représente l’ancien Black Panther. 

D’autres observateurs avancent que la décision pourrait aussi s’expliquer par la plus grande diversité culturelle au sein des membres de cette commission. Non seulement retrouve-t-on plus de représentants des minorités, mais les membres proviennent de plus en plus de différents milieux alors qu’on retrouvait auparavant une forte représentation des corps policiers.

Plus d’une douzaine d’activistes des années 1960 et 1970 continuent de purger des peines en 2020. On risque donc de revenir sur le sujet alors que le débat sur la brutalité policière fait rage. Les Black Panthers ont laissé un héritage trouble. Si répondre à la violence par la violence est parfois justifiable, on peut légitimement se demander si cette stratégie mène à des gains durables.