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Risques d'espionnage: Fitzgibbon forcé de reculer sur le projet de dirigeables

Des risques de sécurité identifiés par Ottawa ont raison d’une filiale québécoise

Pierre Fitzgibbo
Capture d'écran, Twitter Actionnaire de l’entreprise Flying Whales, le gouvernement du Québec sera incapable d’ouvrir une filiale québécoise.

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Le gouvernement du Québec a encaissé un sérieux revers à la suite d’une décision d’Ottawa qui l’empêchera de faire atterrir dans la province son controversé projet de dirigeables, jugé trop risqué pour la sécurité nationale en raison de la participation d’un puissant investisseur chinois.

Dans une entrevue, jeudi dernier, le ministre de l’Économie Pierre Fitzgibbon a confirmé que Flying Whales ne pourra pas s’établir au Québec.

«Le gouvernement canadien a donné un avis à Flying Whales en Europe qu’il ne voulait pas qu’on ait une filiale québécoise de Flying Whales», a-t-il dit.

En juillet, notre Bureau d’enquête a révélé qu’Ottawa n’avait toujours pas autorisé la création d’une filiale québécoise de Flying Whales, une entreprise dont le Québec est actionnaire minoritaire.

Flying Whales est un projet de dirigeables pouvant transporter jusqu’à 60 tonnes de matériel, notamment destinées aux régions difficiles d’accès.

Selon les informations disponibles, qui n’avaient pas été confirmées officiellement par Ottawa, la décision tardait en raison des risques d’espionnage liés à la présence d’un investisseur chinois dans le projet.

  • Écoutez la chronique économique de Michel Girard à QUB Radio:

L’automne dernier, M. Fitzgibbon avait annoncé que son gouvernement devenait, par l’intermédiaire d’Investissement Québec (IQ), actionnaire de Flying Whales SAS. Cette entreprise française est également détenue par la société nationale d’aéronautique chinoise AVIC.

Une participation financière de près de 30 millions $ d’IQ prévoyait la création d’une filiale québécoise, destinée à regrouper des activités de recherche et de développement pour le projet de dirigeables de Flying Whales.

Risques d’espionnage

En novembre, M. Fitzgibbon avait lui-même évoqué les risques d’espionnage industriel liés à la présence d’AVIC. Il s’était cependant fait rassurant en soulignant que l’entreprise chinoise ne serait pas actionnaire de la filiale au Québec.

Jeudi, M. Fitzgibbon a expliqué que cela n’a pas suffi à dissiper les craintes du gouvernement fédéral, qui a le pouvoir de décider si les investissements étrangers comme celui prévu par Flying Whales vont profiter ou non à l’économie canadienne.

«Le gouvernement canadien a décidé, pour des fins de sécurité nationale, qu’il ne voulait pas transiger avec cette société, a-t-il dit. J’étais déçu, évidemment.»

informations partielles

M. Fitzgibbon a expliqué qu’il ne disposait pas d’informations lui laissant croire que ce refus était directement lié aux risques d’espionnage.

«L’enjeu, c’est la relation qu’AVIC a avec la compagnie française», a-t-il dit. Le ministre a reconnu qu’un ex-employé d’AVIC était inscrit comme administrateur de la filiale québécoise. «Je ne savais pas que c’était un ancien employé d’AVIC», a-t-il précisé.

Aux États-Unis, AVIC est dans la mire du gouvernement, selon qui le puissant conglomérat est contrôlé par l’armée chinoise.

Malgré les suggestions de l’opposition libérale selon lesquelles il devrait retirer son placement de Flying Whales, l’été dernier, M. Fitzgibbon croit toujours aux retombées des sommes investies

 

Le ministre n’est pas convaincu que ça va voler  

Tout en maintenant son placement dans Flying Whales, le ministre de l’Économie Pierre Fitzgibbon le reconnaît : rien ne garantit que le dirigeable de l’entreprise prendra un jour son envol.

En février, le ministre était pourtant plus affirmatif. 

«J’espère voler dedans en 2022-2023», déclarait-il.

Mais la semaine dernière, M. Fitzgibbon a indiqué que plusieurs incertitudes subsistent.

«Je ne peux pas vous dire aujourd’hui : c’est sûr que ça va voler. Ce n’est pas crédible de faire ça», a-t-il admis.

Des 30 millions $ qui ont été investis, 7 millions $ devaient l’être à la filiale québécoise, qu’Ottawa a bloquée. Cette somme pourrait maintenant être injectée dans la maison mère française.

«Je ne peux pas vous promettre que l’appareil va voler, mais il y a un marché pour l’appareil», a assuré le ministre, tout en maintenant l’horizon du premier vol vers 2023. 

Pour développer son appareil, Flying Whales s’appuie sur des technologies développées par le géant chinois AVIC, coactionnaire de la maison mère française. «On part d’un prototype qui a volé en Chine, on ne part pas de zéro, zéro», a dit M. Fitzgibbon.

AU QUÉBEC

Selon lui, des entreprises québécoises vont profiter du partenariat du gouvernement avec Flying Whales. Il croit que la motorisation de l’aéronef pourrait être développée ici.

«C’est un projet qui va permettre de faire travailler des ingénieurs québécois qui manquent de projets par les temps qui courent», espère-t-il.

Des entreprises québécoises de recherche et de développement seront mises à contribution, malgré l’impossibilité de créer une filiale québécoise de Flying Whales.

«On va le faire via la compagnie mère tout en respectant les enjeux de sécurité», a précisé M. Fitzgibbon.

Des investissements potentiels de 50 millions $ et la création de 100 emplois sont prévus dans la province.