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Pour l’Allemagne, l’Europe et les États-Unis doivent faire front commun face à la Chine

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L’Europe et les États-Unis doivent faire front commun dans «la nouvelle guerre froide avec la Chine», quel que soit le résultat de l’élection américaine en novembre, déclare le responsable allemand des relations transatlantiques, Peter Beyer, dans un entretien avec l’AFP.

À quelque cinq semaines de l’élection présidentielle aux États-Unis, le coordinateur allemand des relations avec les États-Unis et le Canada insiste sur le fait que les deux partenaires partagent davantage d’intérêts que de divergences.

«L’Europe et les États-Unis doivent se serrer les coudes pour affronter l’énorme défi que constitue la Chine», juge-t-il dans cet entretien réalisé à Berlin. «La nouvelle guerre froide entre les États-Unis et la Chine a déjà commencé et va façonner ce siècle.»

Après quatre années de frictions récurrentes entre le président américain Donald Trump et la chancelière allemande Angela Merkel sur des dossiers comme l’Iran, l’OTAN, le commerce mondial et le climat, Peter Beyer ne cache pas que l’Allemagne trouverait plus aisé de travailler avec Joe Biden, le candidat démocrate à la Maison-Blanche, s’il était élu en novembre.

«Je n’aurais certainement pas la naïveté de dire que si Biden l’emporte, tout sera super, ce sera le début d’un âge d’or», poursuit-il cependant.

«Les sujets litigieux ne disparaîtront pas en une nuit, mais avec Biden, l’amitié transatlantique deviendrait plus raisonnable, calculable et fiable à nouveau.»

Pas d’implosion

Pour Peter Beyer, sur la Chine ou l’Iran, Américains et Européens ont «des intérêts du même ordre, parfois identiques».

«C’est pourquoi je suis frustré que nous ne parvenions pas à dégager un dénominateur commun à l’heure actuelle» sur certains sujets comme le soutien à l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) face à la pandémie de coronavirus, la lutte contre le réchauffement climatique et le contrôle des ambitions nucléaires de l’Iran.

Il insiste néanmoins sur le fait qu’une éventuelle réélection de Donald Trump n’entraînerait pas l’implosion du monde occidental, en raison notamment d’une coopération étroite avec le Congrès et de nombreux États américains.

«Tout ne sera pas sombre s’il y a un Trump 2. Mais cela ne sera pas non plus meilleur», dit-il.

«Il est essentiel de savoir qui siège à la Maison-Blanche. Mais cela ne peut dominer l’amitié transatlantique. Washington et en particulier les États-Unis ne sont pas seulement constitués du Bureau ovale.»

Des décennies de coopération depuis la guerre entre les anciens alliés ont permis de cimenter des «valeurs soi-disant démodées» comme «la liberté et la démocratie, la paix et la prospérité».

Reconnaissants

«Il est important de se rappeler que ce sont les Américains qui nous ont enseigné ces valeurs et nous leur en sommes toujours reconnaissants», poursuit-il.

À l’inverse, le système en Chine est marqué par «la dictature, le manque de liberté de la presse et des droits de l’homme, la surveillance numérique, [les atteintes] contre les Ouïghours, Hong Kong, l’environnement».

Beyer, membre du Parti conservateur (CDU) d’Angela Merkel, assure également que son parti va devoir aborder ces dossiers importants lorsqu’elle désignera en décembre un nouveau dirigeant.

L’élu devrait ensuite être le candidat du camp conservateur lors des élections législatives de 2021 qui mettront un terme à 16 ans de pouvoir d’Angela Merkel.

«Quel que soit celui qui gagne, il devra affronter ces thèmes.»

Les enjeux de sécurité et de défense seront également importants, alors que Trump, qui émet des critiques incessantes contre l’OTAN, prévoit le retrait de 12 000 soldats américains stationnés en Allemagne, à 9500 contre 25 000 actuellement.

«Je ne pense pas qu’une administration Biden inverserait complètement ce plan, mais je doute aussi qu’il le poursuive avec la même véhémence», affirme M. Beyer.