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Une juge soumise

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Photo AFP Amy Coney a pris la parole samedi dans les jardins de la Maison-Blanche après avoir été nommée juge de la Cour suprême par Donald Trump.

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Il est grand le mystère de la foi, ont l’habitude répéter les curés. Le mystère de la soumission d’Amy Coney Barrett au fondamentalisme religieux est encore plus grand. Donald Trump veut nommer Madame Barrett juge à la Cour suprême des États-Unis.

Comment une femme éduquée, qui a été professeure de droit à l’Université Notre-Dame, peut-elle accepter les dictats de l’organisation People of Praise dont elle est membre? Entre autres lubies, cette organisation soumet ses membres à la volonté d’un maître à penser. Les postes de direction les plus élevés y sont réservés aux hommes. Cette organisation est proche des mouvements évangéliques.

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Comme quoi il est possible d’être instruit, mais de ne pas avoir de jugement. Inquiétant pour une personne qui risque de devenir juge à la Cour suprême. 

Ce manque de jugement explique probablement aussi que Madame Barrett soit contre l’avortement, contre les droits des minorités sexuelles, contre l’aide de l’État aux citoyens ou contre les régimes d’assurances maladie, y compris l’Obamacare. 

Barrett est une fondamentaliste religieuse. Elle assure que sa foi n’entrera pas en conflit avec son travail de juge, mais il est difficile de la prendre au sérieux. D’autant plus que son mentor pourrait lui dicter ses jugements. 

Les fondamentalistes au centre du pouvoir

Madame Barrett n’est pas la seule fondamentaliste religieuse à être parvenue dans les plus hautes sphères du pouvoir à Washington. Le vice-président Mike Pence et le secrétaire d’État Mike Pompeo sont tous les deux des grenouilles de bénitier. Ils ouvrent la Bible au hasard avant de prendre des décisions importantes. Ils croient réellement que Dieu communique ainsi avec eux. Trump n’est pas le seul à être mentalement dérangé.

L’Histoire est remplie d’empires qui se sont effondrés parce que des fondamentalistes religieux ont pris le pouvoir. Plusieurs historiens estiment que l’intolérance religieuse des chrétiens a accéléré la chute de l’Empire romain. L’Espagne du 17e siècle a perdu sa puissance parce que ses dirigeants ont préféré soutenir le catholicisme plutôt que la raison d’État. En Hollande, au 18e siècle, les luttes entre les fondamentalistes religieux ont beaucoup contribué à l’appauvrissement du pays. À notre époque, les talibans, les wahhabites, les chiites iraniens ou les apôtres de l’État islamique ont en commun d’avoir maintenu leur population dans un obscurantisme paralysant.

Obscurantisme religieux

Ce même obscurantisme religieux est partout à l’œuvre aux États-Unis. Par exemple, les évangéliques pensent qu’accélérer la fin du monde est une bonne chose, parce que le règne de Dieu arrivera plus vite. Les évangéliques forment 25 % de la population américaine. Les reconstructivistes chrétiens, un groupe peu nombreux mais influent, travaillent depuis des décennies à instaurer une théocratie aux États-Unis et à sortir la science des écoles. 

La nomination d’Amy Coney Barrett est bien plus qu’une lutte entre conservateurs et libéraux. Elle est une lutte pour la transformation des États-Unis en une théocratie.