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Test rapide: Ottawa à la traîne

Des outils de dépistages de la COVID-19 déployés massivement ailleurs ne sont même pas à l’étude ici

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OTTAWA | Le test de dépistage rapide de la COVID-19 qui sera déployé massivement aux États-Unis n’est même pas en cours d’évaluation à Santé Canada alors qu’il est approuvé au sud de la frontière depuis le mois d’août.

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«Lorsqu’on parle de test salivaire, on n’est pas en mesure d’accélérer le processus. Tout est compliqué, tout est long au niveau de Santé Canada», s’est insurgé mardi le député conservateur Pierre Paul-Hus.

Lundi, l’administration Trump a annoncé le déploiement massif de 150 millions de tests rapides BinaxNow de l’entreprise américaine Abbott, capables de livrer des résultats en quelques minutes seulement.

Mais Santé Canada n’a même pas reçu de demande d’évaluation de cet outil de dépistage, qui n’est donc pas près d’arriver sur nos tablettes.

Le ministère dit être proactif auprès des fabricants pour les inciter à faire une requête d’homologation ici. Mais il admet n’avoir publié que cette semaine l’exactitude diagnostique minimale qu’un test d’antigène doit avoir pour être approuvé au pays. Une donnée clef pour les fabricants.

À terme, les tests d’antigènes pourraient être faits aussi facilement qu’un test de grossesse. Ils ont donc le potentiel de changer radicalement le cours de la guerre contre le virus.

Trop peu trop tard

«C’est très positif que Santé Canada signale qu’elle est ouverte à évaluer les tests d’antigènes, mais le problème c’est que tous les pays en veulent maintenant, donc ça va être plus difficile d’en acheter», prévient David Juncker, du département d’ingénierie médicale de l’Université McGill.

«C’est un peu trop peu trop tard», souffle-t-il.

Le chercheur, qui déplore le conservatisme de nos législateurs en matière d’innovation médicale, indique que, pendant des mois, Santé Canada a envoyé «des signaux décourageants» aux fabricants des tests d’antigènes qui se sont donc tournés vers des marchés plus accueillants, comme les États-Unis, dit le Dr Juncker.

Pression politique

L’opposition appelle le premier ministre à intervenir pour accélérer le processus d’homologation des outils de dépistage de la COVID-19.

Mais Justin Trudeau estime que «ce ne serait pas correct que les politiciens mettent de la pression pour arriver à une décision scientifique plus rapidement».

En coulisse, on indique que Santé Canada a été échaudée par l’échec du test rapide Spartan Bioscience et souhaite éviter un fiasco similaire. Ce test fabriqué à Ottawa a été approuvé de façon conditionnelle au tout début de la pandémie avant d’être finalement rejeté en mai, car il s’est révélé bien moins efficace qu’anticipé.

Pendant ce temps, les Canadiens doivent faire la file pendant plusieurs heures pour subir un test de dépistage de la COVID-19, et le temps d’attente pour obtenir les résultats s’allonge de jour en jour, les laboratoires d’analyses étant débordés.

Ottawa a annoncé hier avoir réservé 7,9 millions de tests rapides ID NOW de la compagnie Abbott. Il faudra cependant attendre que Santé Canada homologue ce produit. Approuvé aux États-Unis depuis des mois, il n’a été soumis à Santé Canada pour évaluation qu’à la fin de l’été.