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De «Greta» à Houellebecq, une saison des Nobel très ouverte

Greta Thunberg
Photo AFP Greta Thunberg

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Stockholm | La paix pour la liberté de la presse ou Greta Thunberg, la littérature à Michel Houellebecq ou à l’écrivaine américano-caribéenne Jamaica Kincaid: la saison des prix Nobel s’ouvre lundi avec son lot habituel de spéculations sur un millésime 2020 où le coronavirus ne saurait être complètement absent.

Littérature et paix, décernés respectivement les 8 et 9 octobre, concentrent habituellement tous les regards.

Mais dans une année marquée par la plus grave pandémie depuis un siècle et une récession économique majeure, la médecine lundi, la physique mardi, la chimie mercredi et l’économie le 12 octobre bénéficieront d’un regard particulier. Même si les comités scientifiques jurent ne pas se laisser influencer par l’actualité.

«La pandémie est une grande crise pour l’humanité, mais elle illustre à quel point la science est importante», a souligné Lars Heikensten, le patron de la Fondation Nobel, qui chapeaute l’organisation des célèbres récompenses créées par l’inventeur suédois Alfred Nobel.

Improbable toutefois qu’un prix couronne des travaux liés directement à la COVID-19, la recherche sacrée par un Nobel prenant souvent des années à être vérifiée.

Pour le 101e prix de la paix, décerné à Oslo quand les autres le sont à Stockholm, les experts soulignent que le jeu est ouvert.

«Il n’y a pas de réels progrès majeurs vers la paix ou des accords de paix», observe Dan Smith, chef de l’Institut international de recherche sur la paix de Stockholm (Sipri).

Reporters sans frontières?

Alors que les journalistes sont de plus en plus pris pour cible sur les champs de bataille et que les fake news parasitent le débat public dans les pays en paix, certains experts verraient bien la liberté de la presse couronnée.

Qui? Peut-être l’ONG d’origine française Reporters sans frontières (RSF), abondent l’historien des Nobel Asle Sveen et le directeur de l’Institut de recherche sur la paix d’Oslo, Henrik Urdal, qui évoque aussi le Comité pour la protection des journalistes (CPJ), basé à New York.

«Durant des conflits, il est extrêmement important que des journalistes contribuent à fournir des informations sur ce qui se passe, tant pour établir les responsabilités des camps opposés que pour informer le reste du monde», souligne M. Urdal.

Autre front majeur des crises mondiales, la lutte contre le changement climatique pourrait, lui, décrocher son premier prix depuis celui décerné à Al Gore et au Giec en 2007.

À 17 ans seulement, la jeune militante suédoise Greta Thunberg est comme l’an passé citée parmi les possibles lauréats, seule, avec d’autres militants ou avec son mouvement «Fridays for Future».

Pour succéder au premier éthiopien Abiy Ahmed auréolé en 2019, d’autres experts citent l’Organisation mondiale de la santé (OMS), l’ONG Transparency International, la chancelière allemande Angela Merkel, l’ONU et son secrétaire général, Antonio Guterres, ou encore l’Afghane Fawzia Koofi. 

Polémiques et littérature

Pour la littérature, 2020 va-t-il signifier la fin des polémiques? Après le choix controversé de Bob Dylan en 2016, l’Académie suédoise a été prise dans les remous d’un scandale sexuel qui l’a divisée au point qu’elle a dû décaler l’attribution du prix 2018, une première depuis plus de 70 ans.

En 2019, quand tout le monde la voyait repartir sur ses rails, elle a sacré le romancier autrichien Peter Handke, aux sulfureuses positions pro-serbes durant la guerre en ex-Yougoslavie.

«Si l’Académie sait ce qui est bon pour elle, ils choisiront Jamaica Kincaid», pronostique Björn Wiman, rédacteur en chef culture du principal quotidien suédois, Dagens Nyheter.

L’auteure américano-antiguaise de 71 ans est connue pour avoir exploré des thèmes très actuels: racisme, colonialisme et genre. Un portrait de lauréate qui irait bien aussi à la Française Maryse Condé.  

Souvent critiquée pour être trop centrée sur l’Europe qui a trusté cinq des six derniers prix de littérature, l’Académie pourrait aller chercher hors du Vieux Continent chez l’Américaine Joan Didion, selon la critique littéraire Madelaine Levy.

Les Canadiennes Anne Carson et Margaret Atwood, les Américaines Joyce Carol Oates et Marilynn Robinson, le Kenyan Ngugi wa Thiong’o figurent aussi parmi les noms qui reviennent. 

En Europe, le Hongrois Peter Nadas, l’Albanais Ismaïl Kadaré ou le Roumain Mircea Cartarescu sont régulièrement cités ces dernières années, de même que le Français Michel Houellebecq, décortiqueur du malaise occidental. Le nom de la Britannique Hilary Mantel, spécialiste du roman historique, a aussi émergé cette année.

Si les attributions des prix peuvent se faire comme prévu normalement, les traditionnelles cérémonies de remise du 10 décembre sont réduites à portion congrue. À Stockholm, la traditionnelle cérémonie physique avec les lauréats a été annulée, une première depuis 1944.