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Des modules de jeux à prix gonflés à Terrebonne

Un entrepreneur aurait versé des « ristournes » en échange de juteux contrats

GEN - PROCéS DE JEAN-MARC ROBITAILLE
Photo d'archives, Martin Alarie Jean-Marc Robitaille, ex-Maire de Terrebonne

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Les contribuables de Terrebonne ont payé un prix gonflé pendant des années pour des modules de jeux dans des parcs en raison des pots-de-vin versés par un entrepreneur, selon deux témoins au procès de l’ex-maire Jean-Marc Robitaille.

Deux anciennes employées de la firme Tessier Récréo-Parc, de Nicolet, sont venues raconter hier comment leur patron, Richard Tessier, s’était organisé pour rafler l’essentiel des contrats de modules de jeux à Terrebonne au début des années 2000.

« On y allait “full profits”. [...] C’était le jackpot, honnêtement, a dit Michelle Dupuis. [...] La Ville de Terrebonne, c’est particulier. »

Comme il était assuré de remporter la mise, Tessier n’hésitait pas à doper les prix et à y inclure des dépenses n’ayant rien à voir avec les travaux proposés. 

« Je me souviens de l’ouverture du nouveau théâtre à Terrebonne. Richard avait acheté une table pis c’était dispendieux, pis ça aussi on l’a mis dans le [coût d’un] module de jeux », a illustré Mme Dupuis.

Les marges de profit étaient juteuses, entre 28 et 32 %, selon la témoin.

Selon elle, Richard Tessier était un proche de l’ex-maire de Terrebonne. Ils se tutoyaient lors de tournois de golf et d’événements « tapis rouge ».

L’autre témoin, Annie Brassard a indiqué de son côté que Terrebonne était un client « privilégié » qui devait payer plus cher.

5 % de « ristournes »

L’entrepreneur Richard Tessier avait mis en place un système de « ristournes » en vertu duquel il reversait 5 % de la valeur des contrats obtenus. Il n’a pas été précisé à qui exactement l’argent était versé.

Mmes Dupuis et Brassard témoignaient hier au palais de justice de Saint-Jérôme au procès pour corruption et abus de confiance de l’ex-maire Robitaille.

« Il y avait une stratégie marketing particulière [...]. On ajoutait des montants qui étaient pour être redonnés », a témoigné Michelle Dupuis.

Récréo-Parc était « spécifiée » (qualifiée) dans toutes les soumissions. Les exigences étaient parfois tellement précises que Tessier était le seul à pouvoir obtenir le contrat, a-t-il été expliqué.

Le début de la commission Charbonneau, en 2012, a bouleversé la donne. Richard Tessier se serait alors empressé d’effacer à la main des frais cachés enregistrés dans la comptabilité interne de l’entreprise, ont témoigné hier les deux ex-employées.


L’ex-chef de cabinet du maire, Daniel Bélec, l’ancien directeur général de la Ville, Luc Papillon, et l’entrepreneur Normand Trudel sont aussi accusés dans ce dossier.