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Et si la démocratie importait peu?

Et si la démocratie importait peu?
Photo d'archives, AFP

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Le phénomène n’est pas nouveau et il touche une bonne partie du monde occidental à des degrés variables. Si, malgré ses lacunes, la démocratie est le régime privilégié en Occident depuis les 18e et 19e siècles, elle subit de nouveaux assauts.

Nous évoquons parfois la montée des régimes autoritaires en parlant des années 1930 et de la grande dépression. Il faudrait maintenant jeter un œil sur ce qui se développe au 21e siècle. La tentation de l’autoritarisme rejoint un nombre croissant d’individus et séduit quelques leaders. 

Une étude récente de l’American Political Science Association présente des données intrigantes qui devraient faire réfléchir nos voisins du Sud. Si les participants n’envisagent pas de remplacer la démocratie, ils accordent peu d’importance au respect des principes qui permettent de l’exercer dans des conditions favorables.

Comme il est généralement inacceptable, socialement, de ne pas défendre la vie démocratique, les deux chercheurs de l’Université Yale, Matthew H. Graham et Milan W Svolik, ont favorisé une approche indirecte lorsqu’ils ont interrogé les 1691 participants. 

Ils en arrivent à la conclusion que seuls 3,5% d’entre eux se soucieraient réellement de la démocratie. Les auteurs estiment que la polarisation actuelle est un facteur important de cette dérive. Essentiellement, on préfère défendre son camp et son candidat, même si le comportement ou les propos de la formation politique ou du candidat vont à l’encontre des principes démocratiques.

Pour ceux qui seraient tentés de tout ramener une fois de plus à un affrontement entre la gauche et la droite, Graham et Svolik ne perçoivent pas cette distinction dans les résultats. On serait prêt à endosser des actions dignes des régimes autoritaires, peu importe la philosophie politique. 

Les 3,5% qui se soucient d’abord et avant tout de préserver la démocratie se répartissent également sur la gauche et sur la droite. S’il y a un léger avantage à souligner ici, c’est que les républicains vont un peu plus loin que les démocrates en ce qui concerne le respect du premier amendement pour la diffusion des idées de leurs rivaux.

Comme les Américains s’apprêtent à voter dans un mois, je trouvais pertinent de partager les résultats de cette étude avec vous. Avant de croire que l’autoritarisme ne s’applique qu’à la Turquie d’Erdogan ou à la Hongrie de Victor Orban, pensons-y à deux fois.

La vie politique américaine semble de plus en plus influencée par les extrêmes, ce qui n’augure rien de bon pour le maintien d’une saine démocratie. Il semble qu’on soit parfois prêt à brimer certains droits ou certains principes démocratiques pour parvenir à ses fins. Gardons ça en tête pendant et après la soirée électorale du 3 novembre.