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L’autre débat dans la chambre d’à côté

L’autre débat dans la chambre d’à côté
Photo AFP

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En théorie, nous avons tous assisté au même débat entre Donald Trump et Joe Biden pour la présidentielle américaine.

C’était le même modérateur, les mêmes protagonistes, les mêmes échanges, les mêmes interruptions, les mêmes attaques et la même exaspération.

Je dis bien, en théorie. Parce qu’en s’aventurant hors de nos cercles sur les médias sociaux, on s’aperçoit que dans la pratique, ce n’est pas du tout le même débat que tous ont vécu.

Tout dépend de la chambre d’écho dans nous nous trouvons

Dans l’une des chambres, Donald Trump était un personnage disgracieux, vil, ignoble et méprisable, personnage incarnant la déchéance même des États-Unis. Le déclin de l’empire, essentiellement.

Tous ont repris, sur leurs médias sociaux, la réplique acerbe de Joe Biden «Would you shut up, man?». (Traduction: «La fermes-tu?»)

Comme si le candidat démocrate disait tout haut ce que tous les citoyens de cette chambre auraient souhaité dire à ce président américain depuis quatre ans.

Dans la chambre d’à côté, Donald Trump combattait non seulement Joe Biden, mais l’entièreté d’un système médiatique en féroce campagne contre sa présidence, du New York Times, au Washington Post jusqu’à CNN et MSNBC.

Le modérateur du débat, Chris Wallace, un modéré de la chaine conservatrice FOX News, représentait l’injustice et les menteries médiatiques à laquelle le président américain fait face tous les jours.

Donald Trump interrompait et attaquait, car pour eux, c’est la seule carte que le président peut utiliser comme réplique à cette cabale médiatique.

Proud Boys et Antifas

De retour dans l’autre chambre, le poil de tous a hérissé lorsque Trump a affirmé «Stand Back and stand by» en parlant du groupe Proud Boys (Traduction: «Reculez, mais soyez prêts», lorsque questionné sur sa volonté à condamner les milices racistes d’extrême-droite américaine, qui flotte toujours en arrière-plan de la société américaine.

Comment un président peut-il donner une si jolie tape dans le dos à un groupe qui porte en eux la haine et le racisme?

Comment ne pas faire le lien avec ce qu’il a dit, en marge d’affrontements entre néonazis et Antifas à Charlottesville en 2017: de bien bonnes personnes des deux côtés?

Y aurait-il, en ce président intempestif, des airs de bête immonde, de fascisme désinvolte?

De l’autre côté, on était tout autant consternés de la réponse de Biden à Trump quelques secondes plus tard.

«Les Antifas ne sont pas un groupe, mais des idées», a dit Biden.

On jubilait dans cette chambre. Pourquoi le candidat démocrate n’a-t-il pas dénoncé les agissements des groupes violents Antifas qui pilleraient les villes et saccageraient les commerces? Un candidat à la merci de la gauche radicale, disait-on.

CNN, Fox

C’est le même phénomène qui se déroulait dans les médias américains.

Directement après le débat, CNN dénonce un désastre pour les États-Unis, et une victoire pour Joe Biden. Pas nécessairement pour sa performance, mais en raison de celle de Trump.

À Fox News, quelques minutes après le débat, Sean Hannity, animateur et fidèle défenseur de Trump, assurait les téléspectateurs que Trump avait écrasé son rival démocrate, hésitant, endormi et continuellement en train de bégayer.

Problème fondamental

Le problème contemporain des États-Unis, au-delà des insultes, du climat délétère et des controverses liées au président Trump, est la fin d’une réalité commune, un terrain d’entente où on peut s’entendre sur des vérités minimales.

Par ses chambres d’écho, où chacun s’y loge sans comprendre ce qu’il se passe à côté, les médias sociaux ont amplifié ce phénomène.

La disgrâce d’hier qui tenait lieu de débat entre Trump et Biden, c’est seulement le symptôme de ce phénomène.

Mais une vérité sur laquelle on peut et doit tous s’entendre: ce n’est pas Biden, les démocrates et surtout pas les Américains qui profitent de cette polarisation politique extrême.

Celui qui en profite, c’est celui qui a été élu en 2016.

C’est celui qui fait tout pour que cela continue à se dégrader.

En dépit des conséquences sur les Américains et le reste du monde.