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Qui sont les sacrifiés et les rescapés de la COVID-19

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Illustration Adobe Stock

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Avec les nouvelles mesures sanitaires, le secteur de la restauration, des bars et hôtelier sera durement touché. Plusieurs entrepreneurs de l’industrie ont l’impression d’être traités injustement. Ils disent être traités en « boucs émissaires » ou se sentir comme des « moutons noirs ».

Qu’en est-il vraiment ? Le secteur de la restauration et des bars est-il victime d’une injustice ? Voici d’abord quelques chiffres.

Les bars, restaurants et hôtels ont beaucoup souffert ?

Vrai. 

En 2019, l’industrie québécoise de l’hébergement et de la restauration comptait 257 495 travailleurs. À elle seule, elle représentait 2,4 % du PIB québécois. C’est donc un gros morceau de notre économie que le gouvernement Legault met au ralenti.

Statistique Canada nous apprend que ce secteur a perdu environ 130 000 emplois entre février et avril dernier. C’est littéralement un emploi sur deux !

Les restaurateurs et hôteliers ont donc vraiment, vraiment plus souffert que les autres. Aucun autre secteur n’a été frappé aussi fort. 

Les restaurants traités injustement ?

Faux. 

Les restaurants et les bars n’ont pas été indûment sacrifiés par la Santé publique. Ils n’ont pas servi d’exemple. Ils ne sont pas des boucs émissaires.

L’indice VSE, qui mesure le risque de transmission de la COVID-19, indique que les bars et les restaurants représentent un réel risque de transmission. C’est surtout le cas pour les barmans, serveurs et employés de service à la clientèle... des employés qui peuvent difficilement faire du télétravail.

Cela dit, les autres travailleurs liés au tourisme ne s’en sortent pas mieux. Parlons par exemple des agents de voyage, dont personne n’entend parler ces jours-ci, et qui sont tout autant sacrifiés.

Bien sûr, d’autres industries représentent un risque de contagion plus grand que les restaurants et les bars. Mais il s’agit des établissements de santé, des hôpitaux, des services sociaux. Pas besoin de faire un dessin pour comprendre que ces établissements sont trop essentiels pour être fermés.   

  • Écoutez la chronique économique d'Yves Daoust, chef de la section Argent du Journal de Montréal et du Journal de Québec, sur QUB radio:   

Qui sont les moins maganés?

Parlons maintenant des meilleures nouvelles, puisque toutes les industries n’ont quand même pas coulé. Par exemple, on apprenait cette semaine que l’industrie du jeu vidéo était en pleine période de recrutement.

Pendant la première vague, l’industrie financière et de l’assurance, qui comptait plus de 183 000 travailleurs, n’a à peu près pas perdu d’emplois.

Certains seront aussi surpris d’apprendre que l’industrie culturelle et de l’information s’en est quand même bien sortie. Sur les 73 000 travailleurs de ce secteur, seuls 6 % sont tombés du navire pendant la première vague. Même chose pour les électriciens, plombiers, et autres fournisseurs de services publics.

Il y a finalement l’éléphant dans la pièce : le secteur public. À défaut d’être vaccinés contre la COVID-19, les employés de l’État sont définitivement immunisés contre les pertes d’emplois ! 

Les pronostics

Bien malin est celui qui pourra prédire l’évolution de l’emploi et de la croissance économique pour les prochains mois. Les dernières données montrent :      

  • Un léger rattrapage de l’emploi.      
  • Des tonnes de nouvelles demandes d’assurance-emploi.      
  • Un faible niveau de confiance chez les PME.            

Petit signe positif à l’horizon : le commerce mondial est en train de se relever. Avec l’expérience acquise pendant la première vague, les gouvernements ont compris que certains secteurs peuvent rester ouverts, notamment en milieu industriel et dans la fabrication. Pour une petite économie ouverte comme la nôtre, c’est déjà ça de gagné. 

Top 5 des secteurs ayant perdu le plus entre février et avril 2020  

  1. Hébergement et restauration 129 962 emplois  
  2. Commerce de détail 115 307 emplois  
  3. Fabrication 110 519 emplois  
  4. Construction 93 952 emplois  
  5. Services d’enseignement 54 714 emplois   

Top 5 des emplois les plus à risque de transmettre la COVID selon l’indice VSE 

(excluant les travailleurs de la santé)  

  1. Coiffeurs et barbiers      
  2. Agents de bord      
  3. Conseillers imagistes, mondains et soins personnalisés      
  4. Caissiers      
  5. Représentants du service à la clientèle            

Jean-Denis Garon est professeur à l’ESG UQAM