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Le désarmement nucléaire discuté à l’ONU, sans guère d’illusions

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Paris | Le désarmement nucléaire est au cœur des discussions à l’ONU ce vendredi, sans grand espoir néanmoins d’avancées sur cet épineux dossier, tant le dialogue semble au point mort entre les États-Unis et la Russie, qui détiennent 90% des armes nucléaires de la planète.

Le constat de l’ONU est alarmant: «Aujourd’hui, le risque d’emploi d’armes nucléaires – intentionnellement, par accident ou erreur de calcul – est plus élevé que jamais depuis les jours les plus sombres de la Guerre froide», préviennent les Nations unies en pointant du doigt «la détérioration des relations entre États nucléaires, le rôle croissant des armes nucléaires dans les stratégies de sécurité nationale, les avancées technologiques et l’érosion du régime de non-prolifération».

La réunion de haut niveau programmée vendredi, à l’occasion de l’Assemblée générale annuelle de l’ONU, vise ainsi «à promouvoir la reprise du dialogue et les négociations sur la maîtrise des armes nucléaires et réfléchir à la manière dont les États peuvent retourner sur un chemin commun vers le désarmement nucléaire».

Mais l’érosion de l’architecture de maîtrise des armements nucléaires, sur fond de montée des tensions internationales, ne prête guère à l’optimisme. Le Traité sur les forces nucléaires intermédiaires signé en 1987 entre Washington et Moscou, qui avait entraîné la destruction d’environ 2700 missiles d’une portée de 500 à 5500 km, est de facto mort depuis 2019, au grand dam des Européens.

Depuis, le traité russo-américain New Start conclu en 2010, qui vient à expiration début 2021, est considéré comme le dernier accord nucléaire encore en vigueur, contenant les arsenaux des deux pays en dessous de leurs sommets de la guerre froide. Or, sa prolongation reste très incertaine.

Fin de New Start?

«Si New Start s’arrête, pour la première fois, il n’y aura plus de perspective de réduction des arsenaux nucléaires», souligne Emmanuelle Maître, experte des questions de non-prolifération nucléaire, de dissuasion, et de désarmement à la Fondation pour la recherche stratégique (FRS). 

Or, «on ne peut pas être très optimiste sur ce traité dans la configuration actuelle, explique la chercheuse. L’administration Trump a mis beaucoup de conditions à son extension, en demandant notamment la participation de la Chine aux discussions», ce que Pékin a exclu. «Quant à la Russie, il n’est pas certain qu’elle soit aussi ouverte au dialogue et à la négociation qu’elle veut bien le dire».

Alors que le dialogue bilatéral entre les deux plus grandes puissances nucléaires semble être dans l’impasse, les partisans du désarmement misent, eux, sur un important succès multilatéral remporté en 2017: l’adoption par 122 pays, aux Nations unies, d’un traité bannissant l’arme atomique. 

Ce Traité d’interdiction des armes nucléaires (TIAN) a déjà été ratifié par 46 États, se rapprochant des 50 ratifications requises pour entrer en vigueur.

Mais ce texte demeure considérablement affaibli par l’absence, parmi les signataires, des neuf puissances nucléaires mondiales: États-Unis, Russie, Chine, France, Royaume-Uni, Inde, Pakistan, Israël et Corée du Nord.

«Les acteurs et pays qui soutiennent le TIAN sont convaincus que le traité peut faire changer les mentalités petit à petit, sur le long terme, en stigmatisant la possession d’armes nucléaires», rappelle Emmanuelle Maître, de la FRS.

À l’initiative de la Campagne internationale pour l’abolition des armes nucléaires (ICAN), une cinquantaine d’anciens dirigeants de 20 pays de l’OTAN, ainsi que du Japon et de la Corée du Sud, ont publié, fin septembre, une lettre ouverte demandant à leur pays respectif de ratifier à leur tour ce traité, qui «peut mettre un terme à des décennies de paralysie en matière de désarmement».