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Crise d’Octobre: l’envers de la médaille

Crise d’octobre
Capture d'écran, TVA « Dans le cadre de mon entrevue avec Louise Lanctôt, nous sommes retournées ensemble dans le logement où elle et les autres felquistes ont tenu en otage James Cross. Elle pointe ici la chambre où celui-ci est resté sous étroite surveillance, jour et nuit, durant deux mois. » – Denise Bombardier

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À l’occasion du 50e anniversaire de la crise d’Octobre, les médias nous replongent dans une période inconnue de nombreux Québécois qui sont nés après les années 1970.

Avec le recul, ceux qui ont vécu les années de turbulence politique entre 1963 et 1970, qui se sont soldées par les kidnappings du FLQ, ont tendance à les évoquer avec nostalgie. Les felquistes sont présentés tels des héros révolutionnaires habités par leur idéal de la libération du peuple.

Or le seul portrait critique du FLQ est le fait de la seule femme à avoir participé activement à l’enlèvement de James Richard Cross, l’attaché commercial britannique à Montréal. Louise Lanctôt était membre de la cellule Libération en compagnie entre autres de son mari, Jacques Cossette-Trudel, et de son frère, Jacques Lanctôt.

Par la suite, elle a été d’abord exilée à Cuba durant quatre ans avant d’être accueillie en France en 1974 en tant que réfugiée politique. En 1978, elle reviendra au Québec et sera condamnée à deux ans de prison, mais sera libérée après huit mois.

Histoire tragique

Louise Lanctôt publie cette semaine un récit de sa vie, Une sorcière parmi les felquistes, où elle donne du FLQ une image moins romantique que celle que s’appliquent à maintenir ceux qui tentent de glorifier cette période tragique de l’histoire du Québec moderne.

Découvrez À haute voix, une série balado sur les enjeux de la société québécoise contemporaine, par Denise Bombardier.

Louise Lanctôt porte un regard sans complaisance sur ses actions passées. Elle fait œuvre de courage puisque non seulement elle ne se reconnaît aucun titre de gloire, mais elle ne justifie aucun des actes criminels posés au nom de la révolution. « Nous n’étions pas des révolutionnaires, mais des terroristes », confie-t-elle.

Après ses années d’exil, Louise Lanctôt a fait profil bas. Elle a vécu modestement, travaillant comme documentaliste parmi les livres qu’elle aime tant.

Comment réussit-on à passer à travers pareilles épreuves ? Comment, contrairement à la quasi-totalité des felquistes, tous des hommes, a-t-elle pu se remettre en question de la sorte ? Elle ne regrette rien, dira-t-elle, car elle assume ses errements passés.

Sans complaisance

Elle a aussi des mots très durs pour décrire les activités du FLQ depuis le début des années 1960. « Ce ne furent que des échecs successifs », lance-t-elle. Aucun des felquistes québécois n’a fait de telles déclarations publiques. Cette femme, mère de quatre enfants et grand-mère de dix petits-enfants, possède des défauts indissociables de ses qualités, à savoir une rigidité et une absence totale de complaisance envers les autres ou envers elle-même.

James Richard Cross a dit de Louise Lanctôt qu’elle était la plus dure dans ses rapports avec lui, car c’est elle qui appliquait les règlements. Elle lui donne raison en un sens puisque les autres membres de la cellule avec qui parfois M. Cross jouait aux cartes pendant ses longs mois de détention voulaient bien paraître aux yeux de leur prisonnier. C’était eux, les mâles alpha, les chefs, qui s’autorisaient à changer les règles. Pour parler brutalement, elle n’était que la servante, qui faisait aussi la cuisine.


Dans une entrevue qu’elle m’a accordée en exclusivité à TVA et qui sera diffusée dimanche à 22 h 10, on verra de quel bois se chauffe encore Louise Lanctôt, ladite sorcière du FLQ.