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Des batteries de Mercedes-Benz électriques fabriquées au Québec

L’ancienne usine d’Hydro appartient à l’un des hommes les plus riches de France

Visite de l’usine de batterie électrique Blue Solutions
Photo d'archives Le directeur général de Blue Solutions Canada, Alain Vallée, souligne que ses batteries ne sont pas compatibles avec les autobus de La Compagnie Électrique Lion, mais qu’il aimerait qu’elles le soient un jour.

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Une usine de Boucherville de l’empire du milliardaire français Vincent Bolloré fabrique des batteries pour les autobus électriques eCitaro de Mercedes-Benz, a appris Le Journal.

« Toutes les batteries qui sont dans les bus de Daimler [maison-mère de Mercedes-Benz] sont produites au Québec à 100 %. C’est la seule batterie toute solide commerciale au monde », a indiqué au Journal Alain Vallée, directeur général de Blue Solutions Canada.

Ces dernières années, des centaines de millions de dollars ont été investis dans l’usine de Boucherville détenue par le Groupe Bolloré du milliardaire français Vincent Bolloré, dont la fortune avoisine les 6,3 milliards $, selon Forbes.

Aujourd’hui, le géant français en récolte les fruits grâce à son usine en terre québécoise, qui fabrique les batteries du eCitaro de Mercedes-Benz.

« Depuis la semaine dernière, les premiers autobus avec des batteries québécoises sont sortis de la ligne de production et circulent dans plusieurs pays européens », s’est réjoui Alain Vallée, patron de Blue Solutions Canada.

« Tout est fait au Québec. On fait le design, la chimie, la mécanique et l’électronique. C’est 100 % développé à Boucherville. Nos sous-traitants sont beaucoup dans la région de Montréal également », a poursuivi Alain Vallée.

L’autobus électrique Mercedes-Benz eCitaro.
Photo courtoisie, Mercedes-Benz
L’autobus électrique Mercedes-Benz eCitaro.

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À l’usine, les machines roulent à plein régime.

« On fait de la recherche et développement et de la production. On commence à travailler le dimanche soir à 19 heures et on s’arrête le vendredi soir à 19 heures », souligne-t-il.

Blue Solutions a conçu une batterie solide, contrairement à la batterie lithium-ion, qui possède un électrolyte liquide et qui est réputée pour être moins stable.

« On dit souvent que les batteries lithium-ion sont plus risquées, c’est pour ça que tout le monde veut aller vers le “tout solide” », explique Alain Vallée.

Avec des géants comme LG et Samsung (Corée du Sud), Panasonic (Japon) et les CATL, BYD (Chine), qui détiennent plus de 80 % du marché des batteries lithium-ion, rien ne sert de jouer dans ces ligues. Blue Solutions mise plutôt sur sa batterie solide. 

Quand on demande à Alain Vallée de Blue Solutions Canada si Québec fait bien de vouloir allonger plus d’un milliard de dollars de fonds publics dans la filière, il répond que le Québec a tous les atouts pour tirer son épingle du jeu.

« Ça ressemble beaucoup à l’industrie de l’aluminium. On pourrait faire au Québec une deuxième industrie avec le lithium et devenir un joueur important pour fournir la batterie de demain », conclut-il.


À la mi-septembre, Québec s’est dit prêt à investir jusqu’à 1,4 milliard $ pour avoir une industrie de l’électrification de la batterie au lithium « Faite au Québec ».

Une autre ancienne créature d’Hydro connaît du succès

Comme TM4 à Boucherville, Blue Solutions appartenait autrefois à Hydro-Québec avant de passer aux mains d’étrangers, qui ont su tirer profit d’années de recherches et développement pour propulser l’entreprise.

« Je comprends qu’en 2007, il y en a beaucoup qui ne comprenaient pas l’importance de l’électrification des transports, mais en 2020, il ne faudrait pas reproduire les erreurs du passé en laissant partir des fleurons », estime Daniel Breton, PDG de Mobilité électrique Canada (MÉC).

Comme lui, Stéphane Pascalon, conseiller en électrification, est d’avis que l’État a un rôle à jouer pour garder une industrie électrique forte ici. « Il faudrait que le public aide une chaîne de valeur complète qui structure les différents maillons privés », a analysé l’expert en électrification.

Pour Daniel Breton, il est fondamental que Québec et Ottawa gardent les mains sur le volant pour éviter de se faire dépasser par des acteurs étrangers. « Si les gouvernements veulent investir, ils doivent s’assurer d’avoir un certain contrôle sur la propriété intellectuelle, l’expertise et les cerveaux », a-t-il plaidé.

Avestor

Au Québec, la petite histoire de Blue Solutions commence en 2001. À l’époque, Hydro-Québec (50 %) et l’américaine Kerr-McGee (50 %) créent la société Avestor pour révolutionner l’industrie de la batterie des voitures électriques. 

Un an après, l’entreprise ouvre son usine de Boucherville, sur la Rive-Sud de Montréal. Deux ans plus tard, le PDG d’Avestor, Tadek Borys, quitte le navire alors que l’on pointe ses batteries du doigt après une série d’incendies.

En 2006, Avestor se place sous la Loi sur les arrangements avec les créanciers. Plus de 260 travailleurs perdent leur emploi. Hydro-Québec et son partenaire perdent près de 200 M$.

Un an après, le Groupe Bolloré achète les actifs d’Avestor. L’usine de Boucherville change de nom pour Bathium Canada, puis Blue Solutions.

Blue Solutions

Maison-mère

  • Groupe Bolloré

Usines

  • Boucherville
  • Quimper

Salariés

  • 420

Brevets

  • 1700

Chiffre d’affaires

  • 59 M$

Source : Blue Solutions