/weekend
Navigation

Il était une fois dans l’ouest du Texas

Elizabeth Wetmore
Photo courtoisie, Carrie Allen Elizabeth Wetmore

Coup d'oeil sur cet article

Avec ce premier roman qui raconte l’histoire d’une ado victime de viol, l’écrivaine américaine Elizabeth Wetmore ne risque pas de passer inaperçue au cours des prochaines semaines.

Originaire d’Odessa, au Texas, Elizabeth Wetmore a exercé toutes sortes de métiers : serveuse de bar, chauffeur de taxi, prof d’anglais, réviseuse à la pige, présentatrice de musique classique... À une époque, elle a même été embauchée par une usine pétrochimique pour repeindre des tours de refroidissement ! Quoi qu’il en soit, et quel que soit le boulot qui lui permettait de payer ses comptes, jamais elle n’a cessé d’écrire. Des pages de journal intime d’abord, puis des intrigues.

« À la fin de mon premier mariage, j’ai pris l’habitude de m’asseoir dans le jardin avec un carnet, et ce que je notais alors était très autobiographique, explique Elizabeth Wetmore, qui vit maintenant à Chicago. Mais avec le temps, les personnes avec lesquelles j’ai grandi sont devenues des personnages, et j’ai commencé à rédiger des histoires. » Des nouvelles d’abord, puis un roman, Glory. Sur lequel elle a travaillé pendant près de 14 ans et qui, aux États-Unis, a rapidement été salué par la critique. 

« Quand j’ai décidé qu’il allait se dérouler à Odessa, ma ville natale, j’ai commencé par faire un peu de recherche, poursuit Elizabeth Wetmore. J’ai ainsi réalisé deux choses. La première, que les femmes de là-bas avaient souvent été victimes de violence, surtout durant les booms pétroliers. Les hommes venaient alors de partout pour bosser sur les plateformes de forage, et certains d’entre eux étaient loin d’être des anges. La seconde, qu’Odessa avait été une ville profondément raciste dans les années 1970. À l’époque, ne pas être blanc et vivre là devait être assez difficile. Glory ne s’inspire donc pas directement de tel ou tel fait vécu. C’est plutôt le genre d’histoire que j’ai lu, lu, lu, et relu dans les journaux, et qui était encore pire pour les femmes de couleur. »

Le mauvais choix

Autant le dire tout de suite, le premier chapitre est dur. Très dur. Car le soir du 14 février 1976, Gloria Ramírez, 14 ans, commettra l’erreur de sa vie : s’ennuyant à mourir dans le stationnement d’un Sonic Drive-In, elle acceptera de monter à bord du pick-up de Dale Strickland, un jeune foreur plutôt mignon qui l’emmènera aussitôt au beau milieu d’un champ de pétrole situé en marge de la ville. Oui, l’endroit idéal pour violer ni vu ni connu pendant des heures une petite Mexicaine sans défense. 

Si l’homme n’avait pas fini par s’endormir sous l’effet de l’alcool, Glory y serait d’ailleurs restée. Tenant à peine sur ses jambes, elle parviendra néanmoins à se traîner jusqu’à la ferme isolée de Mary Rose Whitehead. Dont on entrera bientôt dans la tête puisque c’est elle qui, le temps d’un chapitre, reprendra le fil de l’histoire : sa deuxième grossesse qui l’épuise, une gamine salement amochée cherchant un endroit où se cacher, le foreur plein de hargne venu la réclamer, l’arrivée providentielle des secours. Se succéderont ensuite les voix de Corrine Shepard, vieille voisine acariâtre pleurant toujours la mort de son mari, de l’intrépide et attachante Debra Ann Pierce, 10 ans, ou de Ginny Pierce, sa mère démissionnaire. 

« Au début, il y avait aussi le point de vue de quelques hommes, précise Elizabeth Wetmore.

L’industrie pétrolière étant un milieu essentiellement masculin, je ne pouvais pas imaginer qu’il en aille autrement. Mais d’une version à l’autre, j’en suis venue à les supprimer, pour ne donner la parole qu’aux femmes. La littérature issue de l’ouest du Texas a tendance à se concentrer sur les hommes alors dans mon livre, j’ai tenu à accorder davantage de place aux femmes. »

Changement de perspective

Elizabeth Wetmore a également tenu à ce que l’intrigue se déroule au milieu des années 1970. Pour le caractère raciste de l’époque, mais aussi parce qu’à ce moment-là, elle avait sensiblement le même âge que la jeune Debra Ann. Se remémorant sa propre enfance, il lui a ainsi été plus facile de donner à la fillette un peu plus d’épaisseur et d’authenticité. 

« Je pensais que Debra Ann allait être le principal centre d’attention, confie-t-elle. Mais avec le temps, la vie des femmes adultes a trouvé plus de résonance en moi. Corrine Shepard, par exemple. Elle ne devait être qu’un personnage mineur, qu’une voisine désagréable portée sur la bouteille. Et puis elle est devenue une sorte de phare, quelqu’un de nécessaire. Ça ne se serait jamais produit si j’avais écrit Glory en trois ou quatre ans. D’un autre côté, c’est l’un de mes problèmes. Je peux passer la matinée sur un seul paragraphe, pour finir par l’effacer le lendemain. Bref, j’écris lentement. »

Mais comme elle est maintenant romancière à plein temps, peut-être aurons-nous bientôt la chance de lire son deuxième roman. Qui sait ?

Glory<br/>
Elizabeth Wetmore<br/>
Éditions Les Escales<br/>
320 pages
Photo courtoisie
Glory
Elizabeth Wetmore
Éditions Les Escales
320 pages