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L’attrait infatigable pour les émissions de cuisine

WE 1003 Dossier TV
Photo courtoisie, ITHQ Liza Frulla, directrice générale de l’ITHQ.

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L’attrait pour les émissions culinaires ne s’essouffle pas. Au contraire, la pandémie a permis plus que jamais aux Québécois à s’intéresser à la consommation locale et à être créatifs en cuisine. Les chefs, têtes d’affiche de nombreuses émissions deviennent des guides par excellence. Au-delà des apprentissages, la télé culinaire emprunte aussi les codes de la télé de divertissement ralliant des publics de tous âges. Alors que le milieu de la restauration est durement touché par les conséquences de la pandémie, ces émissions valorisent la profession, nous inspirent et nous procurent un certain réconfort.

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« Il y a plusieurs raisons qui expliquent la popularité des émissions de cuisine, affirme Stefano Faita, qui en a plusieurs à son actif. Premièrement, la nourriture est essentielle pour tout le monde. Deuxièmement, il y a beaucoup de gens qui aiment faire à manger et découvrir des trucs, des conseils et des gens qui aiment le show, qui aiment rêver. Troisièmement, la cuisine c’est du plaisir et c’est du réconfort. C’est de s’asseoir avec des amis et de bien manger. »

Liza Frulla est depuis 5 ans directrice générale de l’ITHQ (Institut de tourisme et d’hôtellerie du Québec). L’ex-politicienne et animatrice est une grande épicurienne qui aime une télévision intelligente à laquelle contribuent plusieurs anciens élèves de l’institut. « S’il n’y avait pas de cote d’écoute, les diffuseurs ne s’y intéresseraient pas autant. Le public en demande. Un public plus instruit qui veut connaître la provenance de ses ingrédients, encourager les produits locaux, des tendances qui étaient présentes avant la pandémie, mais qui sont en croissance. »

Attachement et pédagogie

Si l’ITHQ forme des chefs créatifs, elle forme aussi­­­ d’excellents pédagogues. Certains se frayeront un chemin vers la télévision. « Un chef va avoir sa personnalité, la développer. Tu peux être flamboyant, mais sans contenu, ta carrière devant les caméras va s’étioler », remarque Liza Frulla. Stefano­­­ doit ses débuts à la télé, à sa mère, à Josée Di Stasio et à sa fameuse pâte à pizza. « Cinq secondes après qu’on m’a dit “action”, je me sentais à l’aise. Beaucoup de chefs cuisinent mieux que moi, mais vont geler devant un kodak. Mais il faut connaître sa matière et savoir la verbaliser. »

Stefano Faita
Photo Agence QMI, Frédéric Auclair
Stefano Faita

Tous deux se réjouissent de l’engouement toujours croissant du public pour la cuisine. On le voit aussi par la variété des productions. S’ils sont plus traditionnels dans leurs goûts, ils reconnaissent que l’aspect divertissement trouve son auditoire. Et que chaque diffuseur a sa couleur. « La maman qui veut des réponses, qui veut savoir combien de repas et de lunch elle peut faire avec son poulet, elle va regarder Geneviève O’Gleman, observe Stefano. Les millénariaux qui aiment la téléréalité vont rechercher des compétitions. À 17 h, c’est “qu’est-ce que j’apprends” et plus tard en soirée, on est plus dans le divertissement. » Pour Liza Frulla, la notion d’attachement est aussi importante. « Les Chefs, tu les aimes, les juges sont là pour les aider, ils s’encouragent, Élyse [Marquis] les aime et quand ils manquent leur coup, on est triste, avoue-t-elle. Marina [Orsini], elle aime la nourriture. Je m’identifie beaucoup à elle. Nous sommes italiennes et chez nous, on soigne tout avec la nourriture ! »

Évolution, découverte et vedettariat

Notre télé marque l’évolution de notre cuisine. Rappelez-vous Sœur Berthe et Jehane Benoît. La cuisine familiale s’est raffinée puis simplifiée. « Il y a eu les sœurs de la congrégation et La Cuisine raisonnée dans les années 1910, relate Liza Frulla. Puis, les grands hôtels sont allés chercher des chefs français. La cuisine s’est démocratisée, l’Expo 67, qui marque les débuts de l’ITHQ, nous a fait découvrir des chefs de partout. Nous sommes aujourd’hui une capitale gastronomique. Si les gens savent transformer les aliments et intégrer de nouveaux produits, c’est grâce à la télé. Elle a aussi développé un vedettariat qui valorise la profession. » Si Stefano s’inquiète beaucoup pour son milieu, il se réjouit de voir les gens prendre goût à la cuisine depuis le début de la pandémie. « Le monde recherche du plaisir et du réconfort. » Ce que la cuisine nous assure.