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L’épargne, une déclaration d’indépendance!

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Illustration Adobe Stock

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Quelque chose me dit qu’on parlera beaucoup de budget familial au cours des prochains mois en raison de la pandémie de COVID‐19.

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Vous savez, ces deux colonnes de chiffres, une pour l’argent qui entre, une autre pour celui qui sort... Surtout elle.

Ce ne sera pas la première fois qu’on aborde le sujet, ici ou ailleurs, ni la dernière. Mille fois ? Dans le moteur de recherche de Google, en entrant la question « Comment faire un budget ? », j’ai obtenu plus de 400 000 résultats en français, une surabondante production à laquelle j’ai apporté ma modeste contribution avec une poignée de chroniques.

L’outil demeure pertinent, ce n’est pas la question. Je me demande néanmoins à partir de quel point la profusion ne devient pas de l’acharnement, du moins pour un public adulte.

C’est comme ces deux autres recommandations qu’on martèle sans cesse : « mettez de côté l’équivalent de trois à six mois de dépenses » et « épargnez 10 %, 15 %, 18 % de votre salaire pour la retraite... dans 30-40 ans ».

Voilà tout plein de bon sens qu’on peut résumer dans ce court slogan percutant, mais un peu convenu : « Payez-vous en premier. »

On n’explore pas ici les recoins les plus obscurs de la finance. Il n’y a rien là de compliqué.

Pourquoi alors est-ce si difficile d’épargner, même pour des gens qui en ont les moyens ?

L’argent et la raison

Quand on aborde l’épargne sous cet angle, on sollicite en premier lieu notre côté rationnel. Mais nos rapports à l’argent n’ont la plupart du temps rien de rationnel.

Avec l’argent, on baigne au contraire dans les émotions. Qu’est-ce qui nous motive soudainement à épargner ces temps-ci, sinon la peur et l’insécurité ? Qu’est-ce qui nous pousse à dépenser sans trop compter en temps normal ? La confiance, l’envie de faire comme les autres, le besoin de s’affirmer, l’ennui...

On sait tout ça plus ou moins instinctivement. Il suffit d’être attentif aux réactions de son corps quand le voisin gare pour la première fois sa Tesla flambant neuve devant son garage ; de se concentrer sur cette excitation qui nous chatouille le ventre à la vue des soldes de la boutique d’électronique ; de réaliser comment la fébrilité disparaît rapidement après qu’on a succombé à un achat impulsif.

Des moyens considérables sont consacrés à mieux comprendre ces mécanismes, et vous devinez bien que ces efforts cherchent davantage à exciter le consommateur en nous qu’à éveiller l’épargnant.

On ne nous laisse pas beaucoup de répit. C’est dans notre culture, et même en ces temps difficiles, les décideurs ne manquent pas de nous rappeler à notre devoir de faire rouler la machine, locale cela va de soi. Allez, dépensez, s’il vous plaît...

Vers la liberté financière

Quand on y pense, épargner fait partie de ces rares activités passives qui donnent l’impression de se faire violence. Un peu comme avec le yoga, la douleur s’atténue avec la pratique.

Chez les champions de la discipline, l’épargne dénote moins un souci de prévoyance qu’une forme particulière d’indépendance d’esprit. N’est-ce pas d’ailleurs un trait commun des gens qui prospèrent, faire autrement que les autres ? Il est difficile de s’enrichir sans se montrer indifférent aux mouvements de foule, imperméable aux bruits ambiants et répétitifs qui cherchent à définir pour nous nos besoins.

Ça ne veut pas dire de renoncer à une auto, à une maison, à des enfants, à un chat et à une tondeuse. Ça ne signifie pas non plus de faire une croix sur le fun. Au contraire : l’indépendance, c’est savoir reconnaître ce qui nous procure du vrai plaisir, et non des illusions et des déceptions. L’essentiel, quoi.

Je vous dis ça, comme si j’étais un Jedi de la tempérance. Je n’ai de leçons à donner à personne en la matière, étant moi-même un pas pire mouton à mes heures. Ça permet néanmoins de bien reconnaître chez les épargnants les plus zen l’élément qui me fait souvent défaut, un peu de sobriété et un sain détachement.

C’est là les ingrédients déterminants de la liberté financière, plus que la maîtrise du budget.