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Parle-t-on trop d’Octobre 1970?

Yvon Deschamps
Photo d'archives Lévesque, dans Le Journal de Montréal du 18 octobre, lendemain de l’assassinat de Laporte, écrit un texte pénétrant. Les kidnappeurs du ministre libéral « ont importé ici, dans une société qui ne le justifie absolument pas, un fanatisme glacial et des méthodes de chantage à l’assassinat qui sont celles d’une jungle sans issue ».

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Les médias font beaucoup de cas du 50e anniversaire de la crise d’Octobre de 1970.

• À lire aussi: Une mort toujours mystérieuse 50 ans plus tard

Spéciaux dans tous les journaux (de nombreux textes de votre humble serviteur !), documentaires et reportages (ici aussi, j’ai donné), etc.

Certains estiment que nous en faisons trop.

Emphase

À Qub, mardi, le sociologue Joseph-Yvon Thériault disait craindre que ce trop-plein soit une manière d’« exalter » ce moment comme s’il était « glorieux ». Or, selon lui, c’est plutôt un événement « triste ».

« Pas sûr, illustrait Thériault, qu’en Italie, on parle des Brigades rouges avec autant d’emphase. »

Pourquoi ce ressassement ici, selon lui ?

Ce serait à cause de notre statut de « petite nation ». « Petite », non pas géographiquement ou démographiquement, mais existentiellement. Une nation « dont l’existence peut être à n’importe quel moment remise en question, qui peut disparaître et qui le sait », selon l’écrivain Milan Kundera.

Cette fragilité inhérente nourrit une sorte de « pathos » conduisant la petite nation à se rappeler principalement ses moments difficiles.

Elle aimerait gratter ses bobos. Ne raconter son histoire que par les échecs et griefs qu’elle finit par ériger en moments fondateurs.

L’émancipation politique du Québec pourtant, s’est réalisée par d’autres voies, souligne Thériault : poésie, littérature, cinéma, télévision, politique institutionnelle démocratique.

Je résume à grand trait la réflexion de mon ami sociologue. Il nuance ! Entre autres en notant que plusieurs spéciaux sur la crise d’Octobre sont éclairants.

Ma réponse

Cette réflexion critique, stimulante, mériterait débat.

Quelques pistes :

• Il est beaucoup trop rare qu’on parle de notre histoire dans l’espace public. Les anniversaires sont des occasions de sortir d’une tyrannie du présent actuelle. De transmettre des savoirs (plusieurs Québécois n’ont aucune idée de ce qui s’est passé en 1970) ; de contraster événements passés et période actuelle.

• La crise d’Octobre pourrait être un des trois seuls moments, dans notre parcours, où des Québécois ont tenté de régler leurs problèmes politiques par la violence, avec les rébellions de 1837-38 et l’enrôlement des zouaves pontificaux de 1869 (oui !).

Après la mort tragique de Laporte en 1970, nous sommes revenus très rapidement à notre tradition de refus de la violence politique.

Non pas grâce à quelque « thérapie de choc » de la loi des mesures de guerre, réclamée par des politiciens paniqués soutenus par d’autres machiavéliques. Dont certaines victimes méritent des excuses.

Plutôt grâce à René Lévesque, entre autres. Et Claude Ryan. Lévesque, dans Le Journal de Montréal du 18 octobre, lendemain de l’assassinat de Laporte, écrit un texte pénétrant. Les kidnappeurs du ministre libéral « ont importé ici, dans une société qui ne le justifie absolument pas, un fanatisme glacial et des méthodes de chantage à l’assassinat qui sont celles d’une jungle sans issue ».

Octobre 1970 : cette fois où la radicalité politique violente a durablement été rejetée. Où notre tradition pacifique s’est trouvée renforcée. Nous y avons frôlé la « nord-irlandisation de nos luttes », dit éloquemment Thériault.

Il y a de quoi se souvenir. En détail, sans pathos. Au terme de tout cela, c’est notre démocratie qui l’a emporté. Avec tous ses défauts certes, mais dont on peut être fiers.