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David Homel: réapprendre à marcher

«Ce livre, je l’assume. Chaque phrase. Oui, j’ai fait telle et telle chose, mais j’ai appris.»

Auteur David Homel
Photo Ben Pelosse Originaire de Chicago, l’écrivain David Homel réside à Montréal depuis plus de 30 ans.

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Un remerciement à la vie. Voilà comment David Homel décrit Le vide sous mes pas. Une 13e œuvre complètement différente de tout ce qu’a pu écrire auparavant l’écrivain né à Chicago qui se dévoile ici sans pudeur. Comme un second plongeon dans le vide – cette fois partagé – et au cœur de la véritable histoire de son incroyable vie à rebours.  

<b><i>LE VIDE SOUS MES PAS</i></b><br/>
David Homel<br/>
Édition Leméac<br/>
248 pages
Photo courtoisie
LE VIDE SOUS MES PAS
David Homel
Édition Leméac
248 pages

Il aura fallu à David Homel près de 35 ans – presque autant d’années que celles passées à Montréal, sa ville d’adoption – pour réaliser que ce qu’il avait vécu se devait d’être écrit. Ce récit « où on apprend à vivre à nouveau et où on réapprend à marcher », il le voit d’abord comme une autocritique.  

« Une critique du pourquoi je me suis laissé vivre comme cela, pendant toutes ces années, et de ce qui m’a poussé en dehors de cette définition de soi comme personne affaiblie et incapable, vivant dans la douleur », explique celui qui a ressenti le besoin, à 68 ans, de raconter l’accident qui l’aura fait souffrir sa vie durant.

Ce moment charnière de la vie de David Homel s’est produit en 1970, alors qu’il prenait part avec des amis à une expédition en voiture vers Tanger depuis Paris (où le jeune Américain s’était rendu étudier afin d’éviter la cconscription qui l’aurait envoyé à la guerre du Vietnam). Tombé dans un ravin où il s’est réveillé en voyant « ses jambes éparpillées dans tous les sens », c’est son long parcours vers le rétablissement qu’il raconte avec lucidité, humour et une douce compassion pour lui-même dans Le vide sous mes pas. Diverses autres périodes marquantes de sa vie aussi, qu’ignoraient même sa femme (l’auteure de livres jeunesse Marie-Louise Gay) et ses deux grands enfants. 

« Pendant toutes ces années, je ne savais pas quoi faire avec ces événements. Je ne savais pas où les ranger ni n’avais vraiment compris ce qui s’était passé. »

Le travail d’une vie

C’est une conversation récente avec un ami psychiatre en Serbie qui lui a fait se rendre compte de l’ironie de ce qui lui était arrivé. Ayant quitté les États-Unis afin d’éviter la guerre, le jeune Homel s’est retrouvé... dans le giron des soldats de l’hôpital d’une base navale américaine !  

L’écrivain insiste : il ne s’agit pas ici de l’histoire de sa vie ni de ses amours. Plutôt celle de ce travail qu’il a mis une vie à faire sur lui-même. 

« J’essaie de pardonner, à moi-même et même aux gens qui m’ont rendu junkie, dit celui qui a dû replonger dans les souvenirs des années de dépendance. Ce livre sert à pardonner, mais surtout à remercier les gens qui m’ont aidé dans ma vie. C’est une œuvre de reconnaissance et de gratitude. Car on ne vit pas seul, on n’a pas accompli tout ce qu’on a accompli tout seul. »

Pour l’écrivain, qui passe beaucoup de temps dans les salles de musculation, c’est aussi en se questionnant sur ce besoin de se tenir en forme qu’est venue l’idée du vide sous mes pas

« J’ai compris que cela avait rapport avec le vieillissement, avec le fait de ne pas vieillir ou du moins de vieillir dans la force, le combat, la bonne humeur, et en perdant le moins de capacités que possible. J’ai renouvelé mon être par le côté physique, par la rééducation de mon cerveau et mon attitude envers moi-même. J’ai compris que par le côté physique, j’allais aussi opérer sur ma vie émotive. »

Au cœur du récit de cette vie à rebours (des capacités perdues en pleine jeunesse), Homel propose une redéfinition du vieillissement. Le vide sous mes pas prend ainsi une tournure étonnante en abordant la sexualité de la personne vieillissante « qui n’est pas une tragédie », assure-t-il en riant. 

« Ce livre est un nouveau départ, affirme le traducteur et grand ami de Danny Laferrière. J’étais heureux pendant toute l’écriture et cela n’arrive jamais. J’avais l’impression, à mon âge, que je découvrais quelque chose sur moi. Une vérité qui m’avait échappé pendant des décennies. »