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Il a appris sur Facebook le décès de Joyce, son amoureuse

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Le conjoint de Joyce Echaquan a appris que sa conjointe des 21 dernières années et mère de leurs sept enfants était décédée lorsque ses amis sont venus cogner à sa porte après avoir vu sa mort en direct sur Facebook. 

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«Ce que je regrette le plus, c’est de ne pas lui avoir dit que je l’aimais, de ne pas lui avoir tenu la main jusqu’à la fin», a confié Carol Dubé plus tôt cette semaine dans une entrevue exclusive réalisée dans une maison de Joliette qui appartient au Conseil de bande de Manawan.

«Elle méritait d’avoir quelqu’un de gentil à côté d’elle, pas d’être entourée de racistes et de personnes qui la détestent», a-t-il ajouté.

Joyce Echaquan, 37 ans, avait mentionné à son amoureux qu’elle avait des douleurs au ventre, le jeudi 24 septembre dernier.

Connaissant la santé fragile de sa conjointe depuis qu'elle avait accouché de leur quatrième enfant, il lui a conseillé d’aller au dispensaire de la communauté.

Or, elle a préféré ne pas y aller. Elle lui a dit que ça passerait et que les douleurs étaient tolérables.

Deux jours après, elle souffrait toujours. Après avoir eu une faiblesse et être tombée par terre à leur résidence familiale, elle a quitté Manawan samedi en ambulance pour le Centre hospitalier De Lanaudière, à plus de 300 kilomètres de distance.

«Elle m’a dit: "Je t’aime. On va s’appeler"», s’est souvenu M. Dubé.

Détachée pour lui parler

Le lundi matin, avant le départ des enfants à l’école, M. Dubé a téléphoné à son amoureuse. Elle lui a révélé qu’elle avait été attachée parce qu’elle était agitée, mais que le personnel l’avait détachée pour qu’elle puisse le contacter.

«Elle m’a dit: je vais dormir encore et je vais t’appeler tantôt.»

C’était la dernière fois qu'ils se sont parlé. Elle est décédée en se filmant en direct sur Facebook en entendant les propos racistes d'une infirmière et d'une préposée qui ont depuis été congédiées.

«Je n’ai pas eu le temps de l’appeler», a-t-il expliqué.

«J’ai vu plusieurs personnes arriver chez moi. Ils n’ont pas eu besoin de me parler. Je voyais dans leurs yeux qu’ils venaient m’annoncer quelque chose de tragique. J’ai pleuré. J’ai tout de suite compris que je venais de la perdre», a raconté tristement celui qui n’avait pas de cellulaire lors de la publication en direct des vidéos de Joyce Echaquan.

Il avait prêté son téléphone à son fils adolescent avant son départ pour l’école.

Héroïne

Pour la mère de Joyce Echaquan, Diane Dubé, sa fille est morte en héroïne en réussissant à prouver ce que les autochtones dénoncent depuis des années sans jamais être entendus.

«Je la remercie. Même si l’on vient de perdre une grande femme, elle va sauver de futures victimes. Grâce à elle, les choses vont bouger. C’est un modèle pour les victimes qui vivent du racisme systémique», a traduit Maggie Newashish pour la maman de Joyce Echaquan.

«J’aurais voulu avoir des ailes pour m’envoler, pour la sauver, pour la sortir de là. Je me suis sentie comme une mère impuissante [en voyant les vidéos]», a-t-elle ajouté tristement dans son dialecte attikamek.