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Le racisme ordinaire

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Tous les jours de la semaine, je descends l’avenue du Parc à Montréal en auto. 

Et tous les jours, au coin de du Parc et Sherbrooke, je les vois.

Une dizaine d’autochtones. Mendiant, dormant dans des entrées de commerces ou traversant la rue en état avancé d’ébriété.

Un peuple déraciné

Je l’avoue honteusement, comme beaucoup d’automobilistes qui passent par là tous les jours, parfois je me dis : « Encore eux. Saouls comme ils l’étaient hier. Des épaves. »

Et puis, je me rappelle un film que j’ai vu il y a plusieurs années et qui m’avait bouleversé.

Once Were Warriors (Nous étions guerriers), du cinéaste néo-zélandais Lee Tamahori, sorti en 1994. 

L’histoire d’un Maori violent et alcoolique, qui terrorise sa femme et ses enfants, qu’il aime pourtant de tout son cœur. 

La descente aux enfers d’un autochtone qui faisait autrefois partie d’une communauté digne et fière, mais qu’on a déracinée, arrachée de force de sa culture, de ses traditions, de son territoire. 

« Un peuple qui meurt, ça dure longtemps et c’est douloureux », a déjà dit Pierre Falardeau à Tout le monde en parle

C’est exactement ce que montre ce film coup de poing. La détresse, l’agonie d’un peuple qu’on a déraciné comme on déracine un chêne. 

Chaque fois que j’ai le réflexe de dire : « Tiens, encore saouls ! », je me rappelle ce long métrage qui m’a ouvert les yeux.

Un mal insidieux

Comprenez-moi bien, je ne dis pas que tous les autochtones sont alcooliques, vous l’aurez bien compris. 

Tout comme je ne me dis pas, en traversant le parc Émilie-Gamelin (rendez-vous de tous les poqués de Montréal), que tous les jeunes sont toxicomanes. 

Je veux juste montrer les rouages insidieux du racisme ordinaire.

Quand on parle de racisme, on pointe toujours les autres.

Eux sont racistes, pas moi !

Foutaise. On a tous nos préjugés. 

On ne viendra à bout du racisme que le jour où chacun de nous, quelle que soit son origine ou son appartenance ethnique, reconnaîtra son propre racisme, ses propres préjugés.

(En passant, le racisme existe chez tous les peuples. Aucune race, aucun peuple n’a le monopole du racisme. Ceux qui font du racisme un problème de Blancs sont... racistes.)

Oui, il y a des problèmes d’abus de substances dans certaines communautés autochtones, on ne se le cachera pas.

Mais au lieu de juger, il faut se demander : pourquoi ? Quelles sont les causes de ce problème ? Et si ça cachait une profonde détresse ? (« Il n’y a pas assez d’ivresse pour noyer toute la détresse du monde », disait le cinéaste André Forcier.)

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Notre apartheid

On l’a beaucoup répété ces derniers jours, et c’est vrai : l’affaire Joyce Echaquan est notre affaire George Floyd. 

Non seulement est-il temps de s’attaquer au racisme anti-autochtone (qui existe au Canada et au Québec, et qui est un vrai problème), mais le temps est venu de revoir de fond en comble la tristement célèbre « loi des Indiens » qui maintient les nations autochtones dans un climat malsain de dépendance. 

Comme vous le savez, le Canada (sous Brian Mulroney) a joué un rôle déterminant dans la fin de l’apartheid en Afrique du Sud. Eh bien, attaquons-nous maintenant à notre propre apartheid. 

Et pas juste avec des mots.