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Le Dr Horacio Arruda s’est fait convaincre par une firme au passé trouble

L’organisation pour laquelle il devait être conférencier multiplie les condamnations

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L’organisation qui avait réussi à convaincre le directeur de santé publique de donner une conférence multiplie les condamnations en justice pour des services non rendus.

La publicité pour la conférence du Dr Horacio Arruda, que l’on voit ici, avait commencé à être diffusée par Groupe Réso International.
Photo courtoisie
La publicité pour la conférence du Dr Horacio Arruda, que l’on voit ici, avait commencé à être diffusée par Groupe Réso International.

Notre Bureau d’enquête a découvert que Groupe Réso International avait été condamné par le tribunal à au moins six reprises depuis 2013 pour avoir refusé de rembourser des clients.

Groupe Réso est cette entreprise qui devait diffuser un webinaire de 90 minutes avec le Dr Horacio Arruda, directeur national de santé publique, avant que celui-ci ne se désiste, jeudi soir dernier. 

  • Sophie Durocher en avait long à dire sur cette décision du Dr Arruda avec Pierre Nantel, sur QUB radio:   

L’histoire décrite par les clients floués est presque toujours la même. La compagnie offrait à des travailleurs de participer à un groupe local de réseautage dans leur municipalité ou leur quartier. 

Mais après qu’ils eurent payé des frais d’adhésion allant de 500 $ à près de 3000 $, les groupes promis n’ont jamais été formés.

« Ils ne faisaient rien pour que le groupe se forme », se souvient Noreen Fequière, qui travaille dans le domaine des assurances.

Après quelques mois sans rencontre de réseautage, elle a demandé à être remboursée, ce que la compagnie lui a refusé, prétextant que les frais n’étaient pas remboursables.   

Récupérer son argent

Cette même situation est arrivée à d’autres professionnels avec lesquels Groupe Réso a d’abord tenté de négocier. 

« On m’a proposé un crédit sur l’abonnement de l’an prochain », se souvient l’avocat Mark Savard. 

Après une mise en demeure restée sans réponse, M. Savard a poursuivi Groupe Réso International aux petites créances. La firme a contesté, mais il a obtenu gain de cause. et finalement récupéré un peu plus de 500 $.

Mais tous n’ont pas eu cette chance. Mme Fequière affirme qu’elle n’a jamais revu la trace de ses 2800 $ d’adhésion pour un forfait de cinq ans. 

« Après le jugement de la cour, un huissier m’a dit que ce serait très difficile de récupérer mon argent parce que l’adresse de la compagnie est dans un restaurant », dit-elle. 

Aide de la banque

Après avoir reçu un conseil semblable d’un huissier, Brian Brochet a dû se tourner vers son institution financière pour récupérer le 2800 $ auquel il avait droit.

« On m’a dit : “on s’excuse, on vous rembourse le plein montant, avec intérêts”. Ça a fini là », témoigne-t-il. 

Le président de la compagnie, Sébastien Guillet.
Photo Dominique Cambron-Goulet
Le président de la compagnie, Sébastien Guillet.

Le président de Groupe Réso, Sébastien Guillet, affirme qu’il n’y a eu que « cinq ou six cas » problématiques. 

« Vous me dites “des gens” comme s’il y en avait eu des millions. J’ai réglé avec la cour, avec les huissiers, j’ai tout réglé », soutient-il.

Il défend son modèle d’affaires, jugeant que les professionnels savaient qu’ils s’engageaient pour un montant annuel.

« Ils ont eu de la visibilité sur le site internet. Ils ont accès à des rencontres, mais s’ils ne se présentent pas, c’est normal qu’il n’y ait pas de résultat », dit-il.

Le fondateur de Réso, Éric Pichette, a été visé par une enquête de l’Autorité des marchés financiers (AMF) en 2017, pour ses agissements dans une autre compagnie, Groogr. 

M. Pichette n’est plus actionnaire de Réso depuis 2015, mais sa photo est toujours présente sur le site web de l’entreprise.

Selon l’AMF, M. Pichette promettait à des investisseurs des retours de 10 à 50 fois leur mise dans Groogr. Il demandait un montant minimum de 15 000 $. 

Il n’était pas enregistré auprès de l’AMF pour proposer ce genre d’investissements. Il n’a pas fait l’objet de poursuites, mais les actifs reliés à Groogr font toujours l’objet d’une ordonnance de blocage. 

Confronté à ces faits, le ministère de la Santé a indiqué que le Dr Arruda « a accepté de bonne foi [l’invitation] et sans croire que plus amples vérifications étaient nécessaires ». 

  • ÉCOUTEZ la chronique de Pierre Nantel avec Geneviève Pettersen à QUB radio:

Ce n’est pas la première controverse  

Horacio Arruda, qui demandait la semaine dernière aux Québécois de faire preuve de jugement, a déjà défrayé la chronique dans les derniers mois pour s’être placé dans des situations controversées. 

Un voyage contestable

À la fin février, pendant que les premiers cas de COVID-19 apparaissaient au Québec, le directeur national de santé publique est parti 12 jours au Maroc pour participer à un congrès de pharmaciens africains. 

Là-bas, il a blagué sur le virus.

​« J’avais dit à mes gens d’attendre que je revienne avant d’avoir notre premier cas de coronavirus [sic] au Québec. Eh bien, ils ne m’ont pas attendu », a-t-il lancé dans une allocution sur place.  

Il s’excuse pour une vidéo

Début mai, Horacio Arruda s’est excusé d’avoir participé à une vidéo dans laquelle il faisait la « danse du confinement » avec le rappeur Rod le Stod. 

Cette vidéo devait servir à amasser des fonds pour le Refuge des jeunes, mais l’organisme montréalais venant en aide aux jeunes itinérants s’en est dissocié. 

Plusieurs Québécois ont reproché au Dr Arruda d’avoir participé à ce projet au cœur de la crise sanitaire.

« Si la performance que j’ai faite, qui était destinée à une personne, a fait de la peine ou insulté les familles qui sont endeuillées, je vous présente mes plus sincères excuses », a ensuite affirmé Horacio Arruda, les larmes aux yeux. 

Bonne fête à sa fille

Jeudi, Horacio Arruda a pris tout le monde par surprise en profitant du point de presse pour envoyer des souhaits d’anniversaire.

« Il y a 30 ans, je mettais au monde ma première fille, Geneviève. Je voulais en profiter pour te souhaiter bonne fête, a-t-il dit. Je m’excuse d’utiliser du temps d’antenne qui est très cher habituellement. Je le fais en cadeau pour ma fille. »