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Donald Trump, la COVID et la Cour suprême

Donald Trump, la COVID et la Cour suprême
Photo AFP

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Depuis vendredi dernier, les médias n’en ont que pour l’état de santé du président et la gestion des communications le concernant. Si les inquiétudes et les questions sont légitimes, comme c’est souvent le cas depuis le début de cette présidence, les différents témoignages entraînent confusion et chaos.

S’il faut d’abord s’assurer que les citoyens américains bénéficient de bonnes informations et qu’il faut espérer que le dirigeant évite les complications graves de la maladie, il y a plus que la vie du président ou sa santé qui est en jeu présentement.

La campagne électorale bat son plein et il est bien difficile de jauger les effets de ce combat du président sur le déroulement de la campagne. Il ne faudrait pas non plus oublier que Donald Trump n’est pas le seul politicien affecté par le virus. Outre sa conseillère Hope Hicks, plusieurs sénateurs américains sont présentement confinés. L’approche cavalière de l’entourage présidentiel face à la COVID entraîne de multiples effets indésirables.

Je mentionne le confinement de sénateurs républicains parce que pendant leur absence il leur sera impossible d’exercer leur droit de vote. Les règles du Sénat stipulent qu’il faut être présent physiquement pour se prononcer. Comme le président et le leadership républicain souhaitaient confirmer la nomination de la juge Amy Coney Barrett à la Cour suprême avant le vote du 3 novembre, la maladie du président et de trois sénateurs complique les choses sérieusement.

Les républicains ont actuellement une courte majorité de trois sénateurs à la chambre haute. Nous savons déjà que deux sénatrices ont affirmé qu’elles s’opposeraient à la confirmation de la juge Barrett, alors que l’échéance électorale est très rapprochée. La marge de manœuvre du leadership républicain s’en trouve donc sérieusement diminuée.

Le parti du président peut encore se permettre une dissension ou une absence puisqu’en cas d’égalité, c’est le vice-président Pence qui trancherait. Si l’absence des sénateurs malades devait se prolonger, les démocrates parviendraient à bloquer la confirmation de la juge Barrett.

La situation se complique encore plus pour le GOP quand on sait que d’autres sénateurs de cette formation politique mettent leur siège en jeu en novembre et que certaines luttes sont très serrées. Pour certains, un vote pour la nomination pourrait les rendre impopulaires dans leur circonscription et faire pencher la balance en faveur de leur adversaire. Est-ce vraiment aussi important? Oui, si vous considérez que les chances des démocrates de reprendre le contrôle de la majorité au Sénat sont bien réelles.

Nous sommes à moins d’un mois du vote et la tension s’accroît de manière importante. Si chaque geste ou chaque décision peut entraîner des effets parfois insoupçonnés, vous imaginez à quel point dans le contexte actuel tout peut basculer rapidement.

Les républicains jouissent cette année d’une opportunité rare d’influencer les décisions de la Cour suprême pour une très longue période. Peu importe les coûts, soyez assurés qu’ils vont exercer toutes les pressions nécessaires pour qu’Amy Coney Barrett se retrouve à la Cour suprême.

Le plus haut tribunal sera appelé à se prononcer sur plusieurs causes qui sont chères aux républicains et à leur base. Qu’on parle de pratiques électorales (redécoupage de la carte ou suppression des votes) ou d’avortement, une cour qui compterait six juges considérés comme plus conservateurs constituerait un véritable trésor. 

Il n’est pas exagéré de considérer qu’à court terme, l’obtention de ce butin est plus importante que de préserver la Maison-Blanche ou la majorité au Sénat.