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Le savoir-faire québécois ignoré par Airbus pour son jet d’affaires

La finition intérieure de la version de luxe de l’A220 confiée à des étrangers

Airbus a dévoilé mardi à Toulouse, en France, la version de luxe de l’avion A220, lequel a été conçu au Québec par Bombardier.
Photo courtoisie Airbus a dévoilé mardi à Toulouse, en France, la version de luxe de l’avion A220, lequel a été conçu au Québec par Bombardier.

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Airbus en a déçu plusieurs dans l’industrie aéronautique québécoise, mardi, en annonçant que la finition intérieure de la version de luxe de son avion A220 allait être réalisée aux États-Unis.

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L’avionneur a conclu un accord avec la firme suisse Comlux, qui effectuera ce travail à Indianapolis. Le gouvernement du Québec est pourtant actionnaire à hauteur de 25 % d’Airbus Canada après avoir investi 1,3 milliard $ dans l’ancienne C Series de Bombardier.

« Comlux est un partenaire d’Airbus depuis un bon moment déjà. Ils ont l’expérience, ils ont l’expertise », a expliqué Annabelle Duchesne, porte-parole d’Airbus Canada. Comlux est un exploitant d’avions d’affaires qui a aussi des activités de maintenance et de finition d’appareils.   

  • Écoutez l'entrevue de Pierre Nantel avec Mehran Ebrahimi, professeur à l’UQAM et directeur de l'Observatoire de l'aéronautique et de l'aviation civile, sur QUB radio:    

Comlux vient de passer une commande pour deux exemplaires de la version jet d’affaires de l’A220, baptisée TwoTwenty. Quatre autres appareils TwoTwenty ont été commandés par d’autres clients.

La région de Montréal est l’un des hauts lieux de la production de jets d’affaires dans le monde. 

Airbus a dévoilé mardi à Toulouse, en France, la version de luxe de l’avion A220, lequel a été conçu au Québec par Bombardier.
Capture d'écran, Youtube

Centre de finition à Dorval

Bombardier y exploite notamment le Centre de finition Laurent-Beaudoin, où l’on réalise l’intérieur des jets d’affaires Global. 

« Peut-être qu’Airbus aurait pu confier [le mandat de la finition du TwoTwenty] au Centre de finition de Bombardier. Ça serait génial, mais le centre décisionnel est à Toulouse. Ils ont déjà leurs fournisseurs de finition d’avions. [...] C’est toujours la question de changer de fournisseur, et les risques associés à ça », a réagi la PDG d’Aéro Montréal, Suzanne Benoît. 

  • ÉCOUTEZ la chronique de François Lambert avec Geneviève Pettersen à QUB radio:   

Airbus a également indiqué mardi que son usine de Mirabel allait partager avec celle de Mobile, en Alabama, la production des appareils qui deviendront des versions de luxe de l’A220, baptisées TwoTwenty.

Or, le TwoTwenty est basé sur le modèle A220-100, qui est exclusivement assemblé à Mirabel. L’usine de Mobile ne produit pour l’instant que des appareils A220-300 destinés strictement au marché américain.

Mme Benoît voit tout de même d’un bon œil la décision d’Airbus de lancer une version de luxe de l’A220. Ce créneau a moins pâti de la crise que l’aviation commerciale.  

  • Écoutez la chronique économique d'Yves Daoust, directeur de la section Argent pour le Journal, sur QUB radio:    

Airbus a dévoilé mardi à Toulouse, en France, la version de luxe de l’avion A220, lequel a été conçu au Québec par Bombardier.
Photo courtoisie

Concurrent indirect

Le TwoTwenty n’entre pas en concurrence directe avec le Global 7500 de Bombardier. Ce dernier a une plus grande autonomie, mais il est plus petit. Le TwoTwenty est plus cher à l’achat que le Global 7500, mais selon Airbus, ses coûts d’exploitation sont moins élevés.

Aéro Montréal promet de faire pression sur Airbus afin de convaincre l’avionneur européen de transférer au Québec la finition intérieure du TwoTwenty. L’entente avec Comlux porte sur les 15 premiers exemplaires de l’appareil.

À Mirabel, Avianor effectue la finition intérieure de certains avions A220 destinés à des compagnies aériennes. L’entreprise se spécialise dans l’aviation commerciale, mais ne ferme pas la porte aux jets d’affaires.

« On est toujours à l’écoute de nos clients », a précisé au Journal une porte-parole de l’entreprise, Rosalie Côté.


Le TwoTwenty en bref  

  • Basé sur l’A220-100       
  • Autonomie : 10 500 km ou 12 heures de vol       
  • Capacité : 18 passagers       
  • Superficie de la cabine : 73 m2 / 766 pi2       
  • Prix officiel : environ 85 M$ US              

Les gouvernements invités à l’acheter pour donner l’exemple       

Le premier ministre Justin Trudeau devrait donner l’exemple et acheter une version de luxe de l’A220 pour en faire l’« Air Force One » du Canada, suggère la PDG d’Aéro Montréal, Suzanne Benoît.

« Ça serait bien que les gouvernements en achètent. Ça pourrait être l’avion du premier ministre du Canada, peut-être même l’avion du premier ministre du Québec », a lancé Mme Benoît au cours d’un entretien téléphonique avec Le Journal, Mardi.

M. Trudeau voyage actuellement à bord d’un CC-150 Polaris, un appareil Airbus A310 qui date de 33 ans. Dans les années 1990, Jean Chrétien l’avait surnommé le « Taj Mahal volant » en raison de son confort qu’il jugeait opulent.

Comme aux É.-U. et en France

François Legault se déplace quant à lui au moyen de vols commerciaux ou d’un des avions Bombardier Challenger du gouvernement.

Cette idée que les gouvernements achètent des A220 pour faire la promotion de cet appareil conçu au Québec circule depuis plusieurs années. Après tout, les avions dans lesquels voyagent les présidents des États-Unis et de la France ont été construits localement, par Boeing et Airbus respectivement.

Autonomie plus grande

Mardi, le dévoilement par Airbus du TwoTwenty, la version de luxe de l’A220, a rendu plus réaliste l’achat de cet appareil pour en faire un avion VIP gouvernemental.

Grâce à l’ajout de cinq réservoirs de carburant dans la soute, qui complètent ceux déjà présents dans les ailes, le TwoTwenty pourra parcourir jusqu’à 10 500 kilomètres en 12 heures. C’est davantage que le CC-150 Polaris, qui a un rayon d’action de 9600 kilomètres, et que le Challenger 650, qui a une autonomie de 7400 kilomètres. 

Dans l’éventualité où des gouvernements au Canada décideraient d’acquérir des A220, il irait de soi que leur finition soit effectuée au pays, a insisté Mme Benoît.

« Ça serait un peu gênant que l’intérieur soit fait ailleurs », a-t-elle noté.