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Des Indonésiens souffrant de troubles mentaux enchaînés pendant la pandémie

Des Indonésiens souffrant de troubles mentaux enchaînés pendant la pandémie
AFP

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Enfermé dans un réduit à peine assez grand pour s’allonger, Rauf est à la fois prisonnier de ses troubles mentaux et de sa famille, qui n’a pas trouvé d’autre solution pendant la pandémie. 

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Faute de traitements médicaux adéquats, de nombreuses personnes atteintes de troubles mentaux sont enchaînées ou enfermées en Indonésie.

L’épidémie de coronavirus a encore exacerbé ce problème en forçant de nombreux patients, qui avaient été libérés à la faveur de programmes d’insertion, à retrouver leurs chaînes.

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Rauf, âgé de 40 ans a passé plusieurs décennies enchaîné avant de pouvoir enfin se promener librement, souvent dans son endroit favori, un marché très animé.

Mais la pandémie a poussé sa famille à l’enfermer à nouveau dans un réduit de 5 min 2 s où il mange, dort et fait ses besoins.

« On ne veut pas qu’il soit infecté par le virus », explique Hasni, sa tante, qui s’occupe de lui près de la ville de Polewali, sur l’île de Célèbes.

Elle craint aussi que Rauf n’ait plus accès à son traitement à cause du virus, devienne violent et blesse des gens.

Retour en arrière

Enchaîner les personnes souffrant de graves troubles mentaux a longtemps été la norme dans l’archipel d’Asie du Sud-Est pour les familles qui n’ont pas d’accès aux soins pour leurs proches.

À Bali, il n’était pas rare que des touristes tombent sur des hommes ou des femmes enchaînés à un arbre, dans le village de carte postale qu’ils visitaient.

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Ces pratiques sont maintenant illégales et une campagne nationale a aidé à faciliter l’accès des patients aux traitements et aux médicaments. Mais les soignants qui pensaient avoir fait des progrès décisifs se désolent d’un retour en arrière à cause du virus.

« C’est dramatique et à cause de la pandémie ça se produit dans de nombreux pays, pas seulement en Indonésie », relève Kriti Sharma, chargée du handicap pour l’organisation de défense des droits de l’homme Human Rights Watch (HRW).

« C’est une pratique qui est largement répandue, brutale et n’est un secret pour personne ».

Dans un rapport publié mardi l’ONG a compté des centaines de milliers de personnes souffrant de troubles mentaux, dont des enfants de 10 ans) enchaînées ou enfermées dans une soixantaine de pays.

Ce rapport est publié avant la journée mondiale de la Santé mentale samedi.

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Le ministère de la Santé indonésien dit avoir enregistré plus de 6000 cas de personnes enfermées ou enchaînées pour des troubles mentaux au premier semestre, soit un millier de plus que sur l’ensemble de l’année 2019.

« Ce chiffre pourrait doubler si la pandémie continue », souligne Siti Khalimah, directrice des affaires de santé mentale au ministère.

Ce n’est d’ailleurs que « le haut de l’iceberg », estime-t-elle puisque de nombreux cas ne sont pas signalés par honte ou peur d’un rejet social.

Plus d’accès aux soins

Les services de santé mentale ont été durement frappés par les restrictions dues au coronavirus, avec de nombreux patients empêchés de se rendre dans les cliniques, et des visiteurs médicaux incapables de se déplacer.

Le cas de Sodikin, 34 ans, est éclairant: il avait retrouvé la liberté en 2016 après avoir passé plus de huit ans enchaîné à Cianjur, dans la région de Java occidental.

Il a fait des progrès étonnants et travaillait en 2018 dans une usine textile, apportant un revenu à sa famille.

Mais aujourd’hui il est à nouveau enchaîné à cause des restrictions qui lui ont coupé tout accès aux médicaments et aux services locaux de santé mentale. 

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« Il est devenu violent à cause du manque de médicaments », a expliqué son frère aîné Mutafa à l’AFP.

« C’est pourquoi il a à nouveau été enfermé. Nous n’avions pas d’argent pour lui fournir de bons médicaments ».

Quelques milliers de kilomètres plus loin, dans la province d’Aceh (Sumatra), Rabiah explique ne pas avoir eu d’autre option que d’enchaîner son neveu dans la cuisine.

« La situation est difficile pour nous ici, mais je m’occupe sincèrement de lui, comme il est orphelin », indique la femme de 58 ans.

« Je n’attends rien en retour pour faire cela, je m’en remets à Dieu ».

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