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Prendre ses responsabilités

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Que dirait-on si la mort de Joyce Echaquan à Joliette s’était plutôt déroulée aux États-Unis ?

Que dirait-on si des villages entiers n’avaient pas accès à l’eau potable en France ?

Que dirait-on si, par peur d’être insultées, des minorités n’osaient plus se rendre dans les hôpitaux en Grande-Bretagne ?

Tous en chœur, sans nuances de gris, sans débat de sémantique, nous serions sans équivoque.

Voici du racisme.

Voici du racisme systémique.

Mais, pas ici, pas chez nous. Le nez trop près de la fenêtre, on n’arrive pas à nommer correctement le mal.

Définir correctement la chose implique d’accepter notre part de responsabilité dans l’horreur.

Amour maladroit

François Legault refuse encore aujourd’hui la notion de racisme systémique, à l’image de bien des Québécois qui voient dans cette notion une autre occasion d’un procès du Québec.

La question étant : pour éviter la mise en accusation du Québec, faut-il caviarder nos pages sombres et notre responsabilité collective dans le drame de Joliette ?

La question, autrement dit : aime-t-on davantage son pays lorsqu’on interdit d’en dire du mal et qu’on ne « veut pas le juger », comme l’a dit François Legault lundi ?

Mais dites-moi, que pense-t-on de l’Américain qui, au nom de l’amour du pays, défend Trump ? Du Russe qui défend Poutine, du Turc qui refuse d’admettre le génocide arménien, ou du Français qui nie les torts faits en Algérie ?

On dirait que tous ces gens, au nom d’un romantisme aveugle du pays, refusent d’admettre l’évidence. 

C’est précisément ce même amour maladroit qui nous empêche d’accepter la notion de racisme systémique, même si le Québec est évidemment différent des États-Unis et de la Turquie.

On peut aimer son pays en étant exigeant envers lui, en y reconnaissant ses pages sombres, en n’y occultant rien par peur de se culpabiliser soi-même.

Faire cela, c’est défendre une certaine idée du Québec, de la justice et de l’universel.

C’est défendre que dans notre coin de pays, toutes les vies se valent.