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Les microprêts à taux d’intérêt élevés le mettent sur la paille

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Illustration Adobe Stock

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Pour prendre soin d’un parent aux prises avec de graves problèmes de santé, Sébastien a quitté son emploi pendant 15 semaines et a demandé des prestations de maladie de l’assurance-emploi. Cette décision a, hélas, mis ses finances à rude épreuve.

En effet, les prestations de maladie que Sébastien a touchées pendant près de quatre mois ne lui permettaient pas de payer l’ensemble de ses dépenses. Pour y parvenir, il a donc utilisé ses cartes de crédit et a fait appel à des compagnies de microprêts. 

Ces entreprises accordent des prêts de quelques centaines ou milliers de dollars à des taux d’intérêt extrêmement élevés. Les personnes qui ne peuvent avoir accès au crédit traditionnel, parce qu’elles ont un mauvais dossier de crédit, par exemple, peuvent être tentées d’avoir recours à ce type de prêt.

Les conditions sont variables, avec des échéances allant de 3 à 60 mois selon les cas, alors que les taux d’intérêt peuvent grimper jusqu’à plus de 39 % et descendent rarement sous la barre des 20 %. À cela s’ajoutent généralement des frais d’ouverture de dossier ou d’adhésion et, le cas échéant, des pénalités dès que l’on manque un remboursement. Un prêt de 750 $, par exemple, pourrait vous coûter en plus 250 $, 350 $, et même davantage !

Des dettes insurmontables

En cumulant les microprêts (3000 $) et le solde des cartes de crédit (10 000 $), Sébastien s’est beaucoup endetté, des sommes portant intérêt dans des proportions variables (taux de 20 à 40 %). En retournant au travail en février dernier, il pensait pouvoir reprendre le dessus en touchant son salaire habituel. Mais avec la pandémie, son employeur a malheureusement réduit ses activités et l’a mis temporairement à pied. 

Pour s’en sortir, Sébastien a donc demandé la Prestation canadienne d’urgence, un montant mensuel de 2000 $ qu’il a perçu pendant cinq mois. Au mois d’août dernier, il a retrouvé son emploi, mais s’est aperçu rapidement qu’il ne parviendrait pas à retrouver l’équilibre financier. Il a bien tenté de trouver un nouveau travail plus rémunérateur, mais sans succès, car avec la situation de pandémie actuelle, il y a beaucoup moins de postes disponibles.

Harcelé par ses créanciers et à bout de ressources, il est allé consulter une firme de syndic autorisé en insolvabilité pour tenter de sortir de l’impasse.

En effectuant l’analyse du dossier de Sébastien, Nadia Paradis, syndic autorisée en insolvabilité chez Raymond Chabot, a constaté que ses revenus actuels de 2400 $ par mois ne lui permettront jamais de régler toutes ses dettes. 

« Il doit assumer des dépenses mensuelles de 2200 $, ce qui ne lui laisse pas la marge de manœuvre suffisante pour rembourser ses créanciers. Qui plus est, de hauts taux d’intérêt continuent à s’accumuler », explique la syndic. 

Arrêter l’hémorragie

Dans la situation de Sébastien, la meilleure option est la faillite. Il ne possède aucun bien, hormis une voiture financée dont les paiements sont à jour et qu’il va pouvoir conserver. 

Dès que la faillite a été déposée, les intérêts ont cessé de courir et les créanciers ont également cessé de le harceler. 

« Quand il sera libéré de sa faillite, dans neuf mois, ses dettes de 13 000 $ seront effacées », explique Nadia Paradis. Entre-temps, il devra effectuer des versements de 225 $ par mois.

Sébastien est également le père de deux enfants dont il a la garde partagée avec la mère. Il a pris du retard dans le paiement de la pension alimentaire, mais ces montants ne peuvent être intégrés dans la faillite puisqu’il s’agit de dettes non libérables dont il est toujours responsable. 

« Mais maintenant que son budget est rééquilibré, il pourra se mettre à jour dans ses versements », indique Nadia Paradis.

Elle ajoute que même si cela partait d’un bon sentiment, avant de cesser de travailler pour prendre soin d’un proche, Sébastien aurait dû faire un budget pour savoir s’il serait en mesure de faire face à toutes ses dépenses malgré la baisse de revenus. 

« De plus, s’il avait pu compter sur un petit coussin financier, il n’aurait pas eu besoin de s’endetter. Il est très important de constituer un fonds d’urgence pour pallier les imprévus que nous réserve l’existence », recommande-t-elle. 

Situation financière  

Actif  

  • Voiture (contrat de vente à tempérament en cours)      

Dettes  

  • Cartes de crédit : 10 000 $, portant intérêt   
  • Microprêts : 3000 $, portant intérêt   
  • TOTAL DES DETTES : 13 000 $      

Revenus mensuels  

  • Revenus d’emploi : 2400 $      

Dépenses mensuelles  

  • 2200 $ (incluant loyer, électricité, téléphone, épicerie, prêt-auto, essence, assurances, etc.)