/sports/opinion/columnists
Navigation

Comme dans le bon vieux temps

Lemieux
Capture d'écran, TVA Sports Francy Ntetu et David Lemieux se sont livré une guerre de mots, mercredi, lors de l’émission de Jean-Charles Lajoie.

Coup d'oeil sur cet article

Une entrevue complètement disjonctée. Jean-Charles Lajoie dans le milieu de l’écran n’arrivait pas à placer un mot. Ce qui est un exploit en soi. Couper la parole à « JiCé », faut le faire.

Francy Ntetu et David Lemieux vont s’affronter demain soir à Shawinigan. Dans une bulle, à huis clos, sans public et avec les caméras de la télévision de Punching Grace et d’Indigo. 

Les deux gars ne participaient pas à l’émission de Jean-Charles pour vendre des tickets, il n’y a pas de billets à vendre. Au plus, ils pouvaient vendre des télés à la carte à Indigo, où on pourra acheter les combats de la soirée.

Non, les deux Québécois se sont crêpé le chignon parce que ce sont deux Québécois francophones, qu’ils se sont entraînés ensemble et que la COVID a forcé Camille Estephan à organiser des combats entre Québécois et entre Canadiens. 

Je m’en vais dans une bulle à Shawinigan et j’ai le même feeling que lorsque je m’en allais au Centre Paul-Sauvé dans le temps de Régis Lévesque. 

Parce que ce sont deux locaux.

Et que toutes leurs tripes sont impliquées dans le combat. Langue, fierté, réputation, famille, argent et gloire.

GAGEURE FOLLE

Francy Ntetu est un homme mûr. Et brillant. Il a 38 ans, il travaille dans la construction de 6 heures à 14 heures, il mange son lunch santé dans son auto entre 14 heures et 14 heures 30, et il reprend l’entraînement jusqu’à 18 heures 30. Une vie de spartiate.

Comme boxeur, il n’a que 20 combats au compteur. C’est peu pour un pugiliste qui est professionnel depuis 2009. Mais il a affronté de grosses pointures à New York.

Ça s’explique facilement. Ntetu est un bon gars. Il a trouvé le moyen de se faire fourrer à quelques reprises. Promesses brisées, contrats non respectés. Ntetu vit de son emploi chez On Demoli, une entreprise dans la construction, et un peu de la boxe. Quand un boxeur a besoin d’un partenaire d’entraînement coriace et prêt, il appelle Francy Ntetu. Comme David Lemieux l’a fait dans le passé.

Lors de l’entrevue avec Jean-Charles, mercredi, Francy Ntetu a tellement joué dans la tête de David Lemieux que ce dernier, agacé et piqué au vif par une remarque de Ntetu à propos de sa scolarité, a lancé une gageure pour le moins risquée.

« Si t’es encore debout après cinq rounds, je te donne ma bourse ! »

TOMBER DANS LE PIÈGE

En fait, Ntetu n’en croyait pas ses oreilles. Ni Jean-Charles Lajoie. Tellement que Moins Gros « JiCé » a demandé à Lemieux si c’était sérieux.

Ce l’était. D’ailleurs, Ntetu jubilait comme un gamin à l’écran. Il chantait qu’il était riche maintenant et remerciait Lemieux. Ce n’était même pas arrangé avec le gars des vues.

Et je vous le dis, samedi à Shawi, on s’en va au Centre Paul-Sauvé. Voir Marcotte-Melo, comme dans les belles années d’antan.

Régis, sors de ce corps !!!

Hier, j’ai commencé par faire le tour des intervenants. Camille Estephan, le promoteur et le mentor de David Lemieux. Lui, il va faire le chèque et Lemieux fera ce qu’il voudra de l’argent versé. Du côté de la Régie des alcools, des courses et des jeux, même scénario. Le chèque est remis à la Régie, qui le remet aux boxeurs après le combat. Si Lemieux doit honorer une gageure, ce sera à lui de le faire.

Marc Ramsay était toujours aussi sérieux à deux jours d’un combat. Lui, il prépare ses champions pour qu’ils soient intenses pendant 12 rounds si nécessaire. Et ce n’est pas une gageure qui va changer quoi que ce soit dans son travail.

« David est à point. Le long repos forcé lui a permis de guérir ses blessures. Il respecte son adversaire, mais David, c’est un guerrier », a-t-il résumé avec un sourire dans la voix.

D’ailleurs, Lemieux était en confinement personnel hier. Il ne parlait à personne et ne donnait pas d’entrevue.

PREMIÈRE VICTOIRE

Francy Ntetu en avait beaucoup plus à dire. J’aurais besoin d’un gros deux pages pour résumer notre conversation et tracer un portrait un peu juste de cet homme attachant.

On a parlé de son enfance à Chicoutimi, de sa mère morte d’un cancer quand il avait 12 ans, de son père qu’il voulait tellement impressionner qu’il se mettait dans des situations de bagarres à 12 ans dans la cour d’école, de sa deuxième mère qui est pasteure dans une église protestante dans la région de Montréal, de sa carrière chez les amateurs et de ses espoirs et déceptions chez les pros.

Il s’en veut de son combat mal entamé contre Erik Bazinyan qui s’est terminé par une défaite par knock-out. Mais il est fier de sa vie de travailleur de la construction capable de transporter 500 sacs de 70 livres et de boxeur avec un entourage terriblement réduit.

En fait, c’est Ian Mackillop pendant la semaine et 10 rounds de sparring le samedi avec Ronan St-Juste qui forment toute l’équipe. 

Mais avant de terminer la jase, il tenait à souligner un point.

« J’ai appris en psychologie ce qu’est un transfert d’énergie négative. Quand j’ai posé une question sur la scolarité de David, je savais que le toucherais. Puis, quand il dit qu’il me donnerait la moitié de sa bourse si j’étais debout après cinq rounds, j’ai gagné une partie du combat. Au début du sixième round, il va déjà avoir perdu sa bourse. Il va avoir perdu sa gageure. Je vais là pour gagner », a-t-il dit.

« C’est écrit dans la Bible que celui qui marche dans la vallée de la mort ne doit craindre que Dieu. Ma vallée de la mort, ce sera le chemin qui va me mener au ring contre David Lemieux. Je ne vais craindre que Dieu ».

Ce fut sa conclusion pour un combat qui a pris une drôle de trajectoire.