/opinion/blogs/columnists
Navigation

Qui terrorise qui?

Crise d'octobre
Photo courtoisie, Jacques Bourdon La nuit du 16 octobre 1970, le premier ministre du Canada Pierre Elliott Trudeau fait proclamer la Loi sur les mesures de guerre, qui suspend les libertés civiles. Environ 8000 soldats de l’armée sont déployés à Montréal et 500 personnes sont arrêtées.

Coup d'oeil sur cet article

«Les événements d’Octobre ont plongé le Québec dans un bain de politisation comme jamais auparavant», titrait l’hebdomadaire Québec Presse. 

Pas mal, tout de même, de la part de jeunes soi-disant terroristes, dont le Manifeste, lu sur les ondes de la radio privée CKAC puis à la télévision d’État, allait rallier une bonne partie des Québécois à leur cause. 

Sur les lignes radiophoniques, les gens, majoritairement, se disaient d’accord avec les énoncés du Manifeste, mais contre la violence, ce qui se comprend, car personne n’est pour la violence de prime abord. 

Même René Lévesque avait ajouté son grain de sel: «Il [le FLQ] a réussi à arracher aux autorités le droit de dire haut et fort ce que bien des gens se contentaient de murmurer tout bas.» 

On est en droit de se demander qui terrorisait qui.

Le journal Québec Presse était dirigé par l’éditeur et futur ministre Gérald Godin, qui n’allait pas tarder à être embarqué par la soldatesque fédérale au cours de la grande rafle du 16 octobre, en pleine nuit. 

Près de 500 personnes, sans doute autant de «terroristes», seront mises sous les verrous sans autre forme de procès, pendant des jours, des semaines, des mois. 

Des écrivains, des poètes, des artistes, des syndicalistes, des travailleurs, mères et pères de famille, qui avaient pour seul dénominateur commun d’être favorables à la cause indépendantiste.

On est en droit de se demander si la loi des mesures de guerre, ces centaines d’arrestations arbitraires et ces milliers de perquisitions sans mandat étaient justifiées, puisqu’on savait pertinemment bien que notre petit nombre de révolutionnaires ne justifiait en rien le déploiement d’une telle force de frappe. 

On voulait frapper l’imaginaire, faire peur aux militants et futurs sympathisants, ceux qui se disaient d’accord avec les objectifs du Manifeste, les empêcher de parler et de se manifester.

On appelle ça comment? Qui étaient les vrais terroristes?

Même Jean Drapeau parle de révolutionnaires en évoquant les militants du FLQ. 

Il va même jusqu’à évoquer la formation d’un «gouvernement révolutionnaire» à propos de personnalités publiques comme René Lévesque, Marcel Pepin, Alfred Rouleau et même Claude Ryan, désireuses seulement de conseiller Robert Bourassa sur la marche à suivre.

Même Pierre Elliott Trudeau parle du «cancer d’un mouvement révolutionnaire armé» à propos du FLQ, semblant oublier que ce même cancer — mouvement révolutionnaire armé —, représenté par son «ami» Fidel, avait réussi à libérer Cuba d’un cancer autrement plus grave.

À l’époque, le mot qui faisait peur, ce n’était pas «terroriste», mais bien «révolutionnaire». Aujourd’hui, il est de bon ton, chez certain-e-s journalistes et repenti-e-s, de nous affubler de ce mot associé avec raison aux fous de Dieu qui sévissent partout dans le monde et dont le but avoué est de faire peur, de nous faire taire, comme dans le cas de la tuerie de Charlie Hebdo, entre autres.

Le FLQ ne visait pas à faire peur, à terroriser; il cherchait à libérer le Québec pour en faire un vrai pays. Maladroitement sans doute, mais il faut tenir compte, aujourd’hui, de l’époque dans laquelle ce mouvement révolutionnaire s’inscrivait, celle des luttes continentales de libération nationale en Asie, en Afrique et en Amérique latine.

Tout ce que je souhaite, c’est qu’un jour, l’Histoire nous acquitte. Et ce jour-là, nous serons un pays.