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Code vestimentaire au secondaire: des garçons font la guerre au sexisme une jupe à la fois

Code vestimentaire au secondaire:  des garçons font la guerre au sexisme une jupe à la fois
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À la suite d’une mobilisation sur les réseaux sociaux, une centaine d’étudiants d’écoles secondaires de Montréal à Québec portent maintenant la jupe en classe pour protester contre le sexisme des codes vestimentaires imposés à leurs collègues féminines. Le phénomène viral pourrait bien vite devenir un véritable mouvement social. 

Liko Péloquin, âgé de 14 ans, étudiant à l’École d’éducation internationale de McMasterville, n’en pouvait plus de voir ses collègues féminines se faire donner des manquements pour des épaules nues et des jupes trop courtes. Le 2 octobre, il a décidé de porter la jupe en classe pour protester cette décision qui relève, selon lui, de l’hypersexualisation des jeunes filles.

«On n’était pas beaucoup au départ, on était seulement deux ou trois dans notre classe, mais ça s’est beaucoup partagé sur les réseaux sociaux grâce à ma sœur. Aujourd’hui, tous les secondaires 3 étaient en jupes», déclare-t-il.

Pour sa sœur Maëlle Péloquin, âgée de 15 ans, qui étudie pour sa part au Collège Charles-Lemoyne à Longueuil, il fallait aller plus loin et en faire un coup d’éclat sur les réseaux sociaux.

«L’idée m’est venue de faire ça à ma propre école avec mes amis, avec les gars de l’école aussi», explique-t-elle.

Rapidement, les publications Instagram de Liko Péloquin ont obtenu des milliers de «j’aime» et la nouvelle a fait le tour d’internet avant d’être repartagée par des médias ici et en France, où un mouvement similaire a eu lieu plus tôt en début septembre sur Instagram.

«Ça fait longtemps qu’on se bat pour avoir des droits égaux, ce n’est pas nouveau pour le code vestimentaire, mais le fait que les gars soient rentrés dans ce monde-là, ça a changé les choses. Au moins, on s’est fait entendre», martèle Maëlle, qui compte poursuivre le mouvement.

À Brossard, Simon Lefebvre-Gagnon a pour sa part adapté le message aux enjeux propres à l’École internationale Lucille-Teasdale et à sa génération.

«Mon message était de dénoncer les agressions sexuelles, les harcèlements et la pression qu’on mettait constamment sur les femmes et leur habit vestimentaire», explique l’étudiant de secondaire 5, âgé de 16 ans.

Son école a d’ailleurs décidé de faire des activités en lien avec le sujet, dont des débats en classe, la création d’une corde à linge de jupes avec des messages antisexistes et même des capsules vidéo éducatives.

Entre surprise et tolérance

Liko Péloquin dit ne toujours pas avoir reçu de retour de la part de la direction à la suite de sa protestation, bien que des manquements aient été distribués à certains élèves selon lui.

À l’école de sa sœur Maëlle, où une quarantaine d’étudiants sont venus en jupes, le directeur général de l’établissement, David Bowes, a félicité ses élèves et se dit prêt à s’asseoir avec ces derniers pour revoir leur code vestimentaire.

«Effectivement, il n’y a pas de règlements qui réglementent la longueur shorts des garçons, confie le directeur. D’avoir cette discussion avec les élèves je trouve ça très sain.»

D’autres jeunes ont aussi emboîté le pas, dont ceux de l’École secondaire le Sommet de Québec.

Continuer la discussion

La doctorante en philosophie féministe Marie-Anne Casselot estime que l’argument de l’hypersexualisation a été utilisé à tort pour juger le corps des femmes ces dernières années, notamment à travers les codes vestimentaires.

«C’est un enjeu qui va suivre les femmes toute leur vie. Le vêtement est toujours trop peu présent ou trop présent, c’est-à-dire que les femmes sont toujours trop sexuelles ou trop prudes», tranche-t-elle.

D’après Mme Casselot, ce débat s’inscrit dans la continuité d’autres mobilisations de jeunes femmes, comme celui des carrés jaunes en 2018 et elle se réjouit de ce mouvement qu’il ne faut pas infantiliser selon elle.

«Ce serait un beau dénouement si les codes vestimentaires sont revus et s’il y a un changement graduel dans les mentalités», conclut-elle.