/world/america
Navigation

Le Brésil passe le seuil des 150 000 morts de la COVID-19

Coup d'oeil sur cet article

BRASILIA | Le Brésil a dépassé samedi le seuil des 150 000 morts du coronavirus, près de huit mois après l’apparition du premier cas, alors que le nombre de décès quotidiens continue lentement de baisser. 

• À lire aussi: Tous les développements de la pandémie

Avec 559 nouveaux décès enregistrés sur les dernières 24 heures, ce pays de 212 millions d’habitants aux dimensions continentales déplore samedi soir officiellement 150 198 morts dues à la COVID-19, selon le dernier bilan rendu public samedi soir par le ministère de la Santé. Le Brésil, qui totalise par ailleurs 5 082 637 cas, est le deuxième pays le plus endeuillé au monde après les États-Unis.

Le premier cas a été recensé le 26 février et le premier décès le 16 mars. Les courbes ont ensuite augmenté de façon exponentielle, avant de se stabiliser en juin, avec un interminable plateau à plus de 1000 morts quotidiennes en moyenne.

La baisse s’est amorcée en août, avec une moyenne de 932 décès enregistrés par jour, et s’est poursuivie en septembre (752). Le tassement de la pandémie s’est confirmé la semaine dernière, avec 610 décès par jour en moyenne.

La moyenne quotidienne des nouveaux cas sur une semaine s’affaisse également, à 27 477 contre plus de 40 000 début septembre.

Mais les épidémiologistes soulignent que la baisse était bien plus prononcée dans les pays européens et asiatiques une fois que le pic avait été atteint.

«On avait 55 000 nouveaux cas par jour, maintenant, c’est autour de 27 000. Oui, on peut dire que ça a bien baissé, mais c’est un peu comme si on passait de l’Himalaya aux Alpes, on reste en montagne», explique à l’AFP José David Urbaez, chercheur de la Société brésilienne d’Infectiologie.

«Malgré cette baisse, environ 600 personnes meurent encore tous les jours de COVID-19, donc il reste encore un long chemin à parcourir», poursuit-il.

«Ne vous inquiétez pas»

Si le nombre de morts quotidiens reste élevé, la reprise des activités économiques, qui a débuté en juin, se poursuit à un rythme jugé trop rapide par la plupart des spécialistes.

À Sao Paulo, plus grande mégalopole du pays, le maire Bruno Covas a annoncé vendredi la réouverture des cinémas, des théâtres et des bibliothèques, avec des protocoles sanitaires stricts.

«C’est presque impossible de ne pas reprendre les activités, il faut que certains commerces et industries rouvrent leurs portes, mais il faut prendre beaucoup de précautions», estime Christovam Barcellos, chercheur de la Fiocruz, institut de référence en santé publique.

«Malheureusement, au Brésil, il n’y a pas de coordination nationale de cette reprise», déplore-t-il.

Depuis le début de la pandémie, le président Jair Bolsonaro a critiqué les mesures de confinement prises par les maires et gouverneurs des différents États qui composent le pays. Le dirigeant d’extrême droite n’a cessé de minimiser le virus, qu’il a lui-même contracté, en juillet, sans ressentir de symptômes graves.

Samedi, il s’est rendu dans la station balnéaire de Guaruja (sud-est) et s’est pris en photo avec des partisans sans porter de masque. «Si on est contaminé un jour, ne vous inquiétez pas. [...] Moi, j’ai 65 ans, et je n’ai rien senti, même pas une petite grippe. Zéro, zéro. Rien», a dit le chef d’État à une supportrice lors d’une rencontre diffusée en direct sur Facebook.

M. Bolsonaro a exhorté la femme à retirer son masque pour entamer la conversation, et elle a précisé qu’elle l’a enlevé parce qu’elle le voulait et non parce que le président le lui avait demandé: «Je n’avais pas et je n’aurai pas la COVID», a-t-elle dit.

Les mesures de restrictions prises au niveau local sont souvent peu respectées, en témoignent les plages bondées à Rio de Janeiro, en dépit de l’interdit municipal.

L’espoir d’un vaccin

Malgré cette confusion, les spécialistes pointent tout de même des aspects positifs, notamment au niveau du système de santé publique, avec une amélioration, avec le temps, du traitement des patients graves.

«Je ne sais pas si le pire est déjà passé, on ne sait jamais ce qui peut encore arriver, mais c’est clair qu’on a déjà eu des moments bien plus compliqués», estime le chef de l’unité de soins intensifs de l’Institut d’Infectiologie Emilio Ribas, hôpital de référence à Sao Paulo.

«Beaucoup de choses ont évolué depuis le début de notre combat contre la pandémie, et le taux d’occupation des lits a baissé », conclut-il.

Avec un niveau de contamination encore élevé, le Brésil est un terrain propice pour les tests de vaccins: quatre d’entre eux sont en cours, et le gouvernement espère pouvoir produire localement 140 millions de doses dès le premier semestre 2021.