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Mesures sanitaires dans les écoles: des élèves adressent une lettre au ministre

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Exaspérés par les mesures sanitaires mises en place, un groupe d'élèves du secondaire et leur enseignante de français ont décidé de transmettre une lettre ouverte au ministre de l'Éducation du Québec, Jean-François Roberge. 

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«Jamais dans nos conversations mes élèves ne se sont opposés au fait qu'il fallait se protéger de la COVID», a tenu a clarifier leur enseignante, Marie-Luce Higgins. Elle estime que plusieurs mesures sanitaires mettent en péril la réussite scolaire. Par exemple, de ne plus avoir accès à une reprise de matière échouée.

«J'ai vu des élèves paniquer parce que: "Madame, on n'a même pas passé notre secondaire 2, puis il va falloir que je passe mon secondaire 3!” Des élèves qui se voient forcés de faire de la chimie forte en secondaire 5 parce que leur classe-bulle suit chimie forte. Alors, toi aussi! C'est très démotivant»

«Nous ne pouvons aucunement sortir de l'école. À la fin de l'été, monsieur Roberge, nous avions hâte de retourner à l'école pour revoir nos amis en personne et non à travers nos écrans. Monsieur Roberge, venez passer une journée dans vos bulles. Vous verrez», peut-on lire dans la lettre.

«Si on les écoutait vraiment, ce n'est pas ça qu'on aurait mis en place. On n'aurait pas fait rentrer tous les élèves en même temps, 1300 élèves dans une trop petite école», ajoute l'enseignante.

Marie-Luce Higgins et ses élèves n'ont pas que des problèmes à déplorer. Ils sont aussi plusieurs pistes de solution à proposer au ministre Roberge.

«Les camps pédagogiques dont il parlait au mois de juin, deux semaines avant la fin de l'année, ce serait peut-être une bonne option présentement.»

«Une semaine de relâche en automne, mais aussi de rattrapages en même temps, ça pourrait être utile et en même temps, je pense que ça peut être une façon de limiter les contacts», a quant à elle proposé une élève de quatrième secondaire.

D'ici là, le défi des enseignants de maintenir les élèves motivés est grand. «Présentement, c'est difficile de les faire aimer apprendre parce que tout ce à quoi ils se raccrochaient avant disparaît petit à petit.»

Au cabinet du ministre, on répond que Jean-François Roberge a pris connaissance de cette initiative, que des rencontres avec des jeunes sont prévues bientôt pour connaître leur opinion, mais que la priorité demeure d'abord et avant tout de conserver les écoles ouvertes. 

Voici le contenu de la lettre :

Jean-François, tu prétends que ça va bien dans les écoles. Que ton concept de «bulle» est efficace. Que ce qui est important, c’est la socialisation des élèves et leur éducation, que c'est pour ça qu'on ne peut plus voir personne. Cependant, t'es-tu déplacé dans les écoles, puisque tu n'y travailles plus, pour les vivre, tes bulles? As-tu consulté des enseignants ou, mieux encore, des ados, afin de mieux comprendre ce que tes bulles leur font vivre, tant sur le plan social que scolaire? Non, hein? Tu ne consultes pas beaucoup le milieu scolaire avant d'affirmer que tout va bien, c’est un fait indéniable. Alors je l’ai fait pour toi, puisque je te sais débordé: j'ai pris le temps de donner la parole à ceux qui les vivent, tes bulles. Voici les mots que mes quelque 60 élèves de troisième secondaire de Québec avaient envie de vous dire :

«Monsieur Roberge (ils sont plus polis que moi, mes élèves...) tout d'abord, savez-vous que pour éviter de faire éclater nos bulles, plusieurs élèves qui n’ont pas réussi une matière de base dans un niveau n’ont désormais plus accès à la reprise de cette matière échouée? Ils sont maintenant obligés de suivre le cours du niveau supérieur sans pourtant avoir obtenu les acquis de l’an d’avant. Peut-être croyez-vous que ces élèves sont contents d’avoir obtenu cette «faveur», mais détrompez-vous. Au contraire, ils sont conscients de l’ampleur du défi devant eux, ils ont encore plus peur d’échouer et, parfois même, ils baissent les bras. Déjà. Alors que l’année ne fait que commencer.

Votre concept de bulle nuit aussi à notre motivation. Parfois, nous devons passer toute la journée, incluant nos midis et nos pauses, avec les mêmes personnes. Notre socialisation, comme vous dites, est assez restreinte. De plus, certains élèves n’ont même pas la possibilité de sortir dehors pendant les pauses. Une petite classe n’est pas un gymnase, Monsieur Roberge: il devient compliqué de dépenser notre énergie qui s’accumule pendant la journée et finit par nous empêcher de nous concentrer. Et vous devriez voir l'état de nos classes, à la fin de la journée, avec nos 30 boîtes en guise de case, éparpillées faute d'avoir de l'espace pour les ranger...

Par ailleurs, saviez-vous qu’à cause de vos bulles, une grande quantité d’élèves se sont vu imposer des options? Vous savez, ces cours qui nous gardaient motivés, ces cours que l’on pouvait choisir? Pour plusieurs, nous n’y avons plus accès. Certains font de la musique alors qu’ils avaient choisi l’éducation physique tandis que d’autres feront de la chimie forte contre leur gré. Et ce n’est que quelques exemples. Vous savez, sans nos options, sans parascolaire et sans sports, l'école ne ressemble plus à ce qu'elle était. Non, ça ne va pas si bien dans nos écoles et notre motivation en est terriblement affectée.

Finalement, puisque très souvent, selon notre niveau scolaire ou la température qu’il fait dehors, nous ne pouvons aucunement sortir de l’école, voire même de la classe, il nous faut porter le masque de 8h à 16h. C’EST LONG!!! La démotivation est grande depuis que nous sommes en zone rouge.

À la fin de l’été, Monsieur Roberge, nous avions hâte de retourner à l’école pour revoir nos amis en personne et non à travers nos écrans. Aujourd’hui, pourtant, nous nous questionnons sur ce qui était finalement le mieux. Toutes ces mesures en valent-elles la peine? À voir le nombre de cas dans notre école, sont-elles vraiment efficaces? Ce qui est certain, c’est qu’elles sont contraignantes. Excessivement contraignantes. Elles jouent sur notre réussite scolaire et notre motivation à tous. Le plaisir que nous avions à venir à l’école — déjà si mince pour certains — diminue de jour en jour. Monsieur Roberge, venez passer une journée dans vos bulles, vous verrez.»

Je n'ai rien à ajouter. Que cette photo des feuilles mobiles pleines de leurs mots crachés à travers leur crayon et leur masque parce que nous n'avons plus d'ordinateurs disponibles en classe, ils sont tous distribués aux groupes retirés...

Merci de l'attention que tu porteras, Jean-François, à mes ados et à leurs mots qui, mes bulles et moi l'espérons, se rendront à toi.

Un résumé pertinent de la journée,
chaque soir, grâce aux diverses
sources du Groupe Québecor Média.