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COVID-19: un branle-bas de combat pour accueillir la première patiente

La femme qui revenait d’Iran s’est présentée à l’hôpital de Verdun avec des symptômes et un masque le 25 février

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Le 25 février dernier, la crise ferroviaire battait son plein au Québec avec des chemins de fer bloqués par des Autochtones à Kahnawake, à Sherbrooke et en Gaspésie. Le Canadien avait perdu devant 21 187 spectateurs au Centre Bell. La COVID-19 n’était qu’une menace lointaine avec des cas en Italie, en Iran et en Chine. Ce qu’on ignorait alors, c’est qu’une patiente s’est présentée à l’hôpital de Verdun avec des symptômes de la maladie. Il s’agissait de la patiente numéro 1. Notre Bureau d’enquête a obtenu un accès exclusif à l’équipe qui l’a prise en charge. Voici l’histoire du premier cas d’une maladie qui a bouleversé le Québec.


Le ciel est gris et un brouillard glacial recouvre Montréal en ce début d’après-midi. Une femme débarque d’un taxi avec un masque et des gants blancs. Elle se rend directement au poste de sécurité de l’hôpital de Verdun où elle tend un billet médical au superviseur. Sur le papier, il est écrit : « Avec symptômes, possible cas COVID ».

La première patiente déclarée positive à la COVID-19 s’est rendue à l’urgence de l’hôpital de Verdun, à Montréal, dont on aperçoit une vue aérienne.
Photo Agence QMI, Alexis Magnaval
La première patiente déclarée positive à la COVID-19 s’est rendue à l’urgence de l’hôpital de Verdun, à Montréal, dont on aperçoit une vue aérienne.

Dans la salle d’urgence, on l’assoit sur une chaise dans un coin, loin des autres patients. Il n’y a toutefois pas de panique puisqu’elle était attendue en ce mardi 25 février. Une clinique médicale située à proximité avait prévenu de son arrivée. 

Une image de l’urgence où la patiente a été admise.
Photo courtoisie
Une image de l’urgence où la patiente a été admise.

La femme qui avait voyagé en Iran et qui était rentrée au pays la veille venait d’y consulter un médecin qui a tout de suite soupçonné le coronavirus. 

« Elle est arrivée affaiblie, elle avait l’air toute pâle », raconte Farid Berkane, le responsable de la sécurité qui a reçu la patiente. 

Rapidement, il va chercher l’infirmier du triage. Il est alors 14 h 40. Il ne faut que quelques minutes pour qu’on l’installe dans l’une des seules salles à pression négative que compte alors l’urgence. La ventilation y est ajustée pour tirer l’air vers l’intérieur de la pièce et ainsi éviter que le virus ne se répande. 

La chambre à pression négative de l’urgence où la patiente est restée environ 36 heures.
Photo courtoisie
La chambre à pression négative de l’urgence où la patiente est restée environ 36 heures.

Fébrilité

Pour se rendre dans la salle, le personnel doit passer à travers un SAS, un local situé entre la salle d’urgence et la chambre à pression négative, afin de changer de vêtements. Une caméra et un système d’interphone ont même été installés pour permettre aux infirmières du poste de garde d’échanger avec la patiente sans entrer dans la salle.

Il règne une certaine fébrilité au fur et à mesure que la rumeur se répand dans l’urgence. 

« À ce moment-là, les travailleurs eux-mêmes avaient des réticences et des anxiétés pour ne pas l’attraper et le rapporter dans leur famille », raconte l’infirmière-chef de l’urgence, Érika Fontaine-Pagé.

Durant les semaines précédentes, même si on s’est préparé à l’arrivée du coronavirus, il n’y a eu aucune pratique sur les mesures à suivre pour recevoir les patients atteints de la COVID-19. Le virus est alors méconnu.

Les équipes appliquent donc les protocoles habituels dans le cas de syndromes respiratoires. 

Comme une grosse grippe

Comme la patiente n’est pas très âgée et qu’elle ne présente pas de symptômes graves, elle est gardée en observation en attendant d’être vue par le médecin de garde.

« Ça s’apparentait plus à une grosse grippe à ce moment-là. Elle n’a pas nécessité de soins intensifs », indique le Dr Jocelyn Barriault, chef du département de médecine d’urgence de l’hôpital de Verdun.

Il faudra un peu plus d’une heure avant qu’un médecin ne se rende à son chevet. Dans les heures précédentes, le Dr Daniel Émond a vu des patients au CLSC et en clinique avant d’aller faire son quart de travail à l’urgence entre 16 h et minuit.

« C’est ma première patiente à voir cette journée-là », raconte le médecin qui dit avoir ressenti « des papillons à l’intérieur ».

Il enfile les vêtements de protection en s’assurant que quelqu’un vérifie qu’il n’oublie aucune étape, pour ne pas être infecté. 

Accès restreint

Le Dr Émond ausculte la patiente. 

Le Dr Daniel Émond est le premier qui a vu la patiente.
Capture d'écran, Agence QMI
Le Dr Daniel Émond est le premier qui a vu la patiente.

« Elle revenait de voyage et elle rapportait que dans le pays qu’elle a visité [l’Iran], il y avait énormément de cas [de COVID-19] qui circulaient », raconte-t-il.

Le médecin prescrit une radiographie des poumons, des tests sanguins et un autre pour le dépistage de la COVID-19.

Tout de suite en sortant, il prévient la microbiologiste de garde à l’hôpital, qui va, elle aussi, se rendre au chevet de la dame. Au total, deux médecins, une infirmière, une infirmière auxiliaire et un préposé sont désignés pour s’en occuper. Personne d’autre n’a le droit d’entrer dans la chambre.

« Débarquement de Normandie »

En parallèle, avant même de connaître le résultat des tests, le chef des mesures d’urgences et de la sécurité déclenche le plan de pandémie.

« Il y a eu de la fébrilité, un petit peu de nervosité, et je ne vous cacherai pas, de l’excitation, dit Bruce Lapointe. On savait que quelque chose de gros s’en venait. »

Le Centre de contrôle de la sécurité du Centre intégré universitaire de santé et de services sociaux du Centre-Sud-de-l’Île-de-Montréal a été mis en alerte après l’arrivée de la patiente.
Capture d'écran, Agence QMI
Le Centre de contrôle de la sécurité du Centre intégré universitaire de santé et de services sociaux du Centre-Sud-de-l’Île-de-Montréal a été mis en alerte après l’arrivée de la patiente.

Comme la plupart de ses collègues, il ne s’attendait pas à ce que le premier cas au Québec débarque dans son hôpital. Il sent toutefois qu’il se passe quelque chose d’historique comme le débarquement de Normandie, en 1944.

« La COVID, pour nous, c’est un peu notre débarquement », dit-il.

Le directeur général adjoint, Pierre-Paul Milette, se trouve en déplacement pour se rendre dans un CHSLD lorsqu’il reçoit un appel l’avertissant de l’arrivée de ce premier cas suspect.

Il dévie rapidement sa trajectoire pour se rendre à l’hôpital de Verdun. 

« En voyant ce qui se passait dans le monde, les équipes étaient stressées et inquiètes pour la suite des choses », raconte-t-il.

Dans les heures qui suivent, il multiplie les rencontres pour rassurer tout le monde et prendre des mesures pour les jours à venir.

Test de dépistage

Ce n’est qu’au début de la soirée qu’on procède au test de dépistage de la COVID-19.

« Ne connaissant pas le virus, on avait des protocoles très stricts à respecter », raconte Érika Fontaine-Pagé.

C’est un inhalothérapeute qui a la délicate tâche de prendre un échantillon avec un écouvillon inséré dans les narines et la gorge de la patiente. 

On ne prend aucun risque pour la suite. L’écouvillon est remis à un préposé aux bénéficiaires qui se trouve dans le SAS avec une infirmière. Cette dernière nettoie l’écouvillon avant de l’identifier au nom de la patiente. Il est ensuite placé dans un sac stérile qui est nettoyé à son tour. Puis, on glisse le tout dans un bocal. Le même manège se répète avec le nettoyage et l’identification.

L’échantillon est ensuite envoyé au Laboratoire de santé publique du Québec situé à Sainte-Anne-de-Bellevue, dans l’ouest de l’île de Montréal.

De retour à la maison

À l’urgence, l’état de la patiente reste stable et elle n’a que des symptômes légers. 

Moins de 36 heures après son arrivée, on lui donne son congé. Son conjoint, qui n’a pas la maladie, vient la chercher en voiture.

Le personnel lui remet des masques et des gants. Elle doit se rendre chez elle et s’isoler en attendant les résultats du test.

Quelques heures plus tard, le résultat tombe. POSITIF. Le Québec vient d’entrer dans ce qui deviendra la plus grande pandémie depuis 100 ans.

La patiente est invitée à se rendre à l’hôpital juif de Montréal, qui a été désigné pour accueillir les patients atteints de la maladie. Elle y séjourne peu de temps avant de rentrer chez elle pour de bon.

CE QU’ON SAIT DE LA PATIENTE NO 1  

  • Elle est arrivée à l’aéroport Montréal-Trudeau le 24 février.        
  • Elle revenait d’un voyage en Iran et a transité par Doha, au Qatar.        
  • Elle n’a contaminé personne durant la période où elle était contagieuse. Elle se promenait toujours en portant un masque et des gants.        
  • Ses symptômes s’apparentaient à ceux d’une grosse grippe.        
  • Nous ne pouvons dévoiler son identité pour des raisons de confidentialité de son dossier médical.                

Après le départ de la patiente de l’hôpital de Verdun, il a fallu attendre plusieurs heures avant d’entrer dans la chambre de la patiente numéro 1 pour la nettoyer, question de laisser le virus retomber. 

La patiente qui a tout changé dans notre système de santé  

Le quotidien de l’hôpital de Verdun n’a plus jamais été le même, tout comme celui de plusieurs établissements 

Bien qu’il ait été impossible de s’entretenir avec la première patiente atteinte de la COVID-19 pour des raisons de confidentialité de son dossier médical, notre Bureau d’enquête a pu rencontrer les professionnels de la santé et les membres du personnel qui l’ont accueillie à son arrivée à l’hôpital de Verdun, à Montréal. 

Chambre à part pendant deux mois  

<b>Dr Daniel Émond</b><br /><i>Médecin de garde à l’urgence de l’hôpital de Verdun</i>
Photo Agence QMI, Alexis Magnaval
Dr Daniel Émond
Médecin de garde à l’urgence de l’hôpital de Verdun

Le Dr Daniel Émond ne pensait jamais qu’il serait le premier à diagnostiquer la COVID-19 chez une patiente au Québec. 

Celui qui travaille notamment à l’urgence de l’hôpital de Verdun a rencontré la première patiente dès qu’il s’est présenté à son travail le 25 février.

Après avoir fait les examens nécessaires, il a conclu qu’il s’agissait effectivement d’un cas suspect de la maladie. 

Il se rappelle que le personnel et lui étaient très nerveux face au virus. 

« Je me rappelle d’avoir pensé à m’habiller comme si j’allais voir un cas d’Ebola », raconte-t-il aujourd’hui.

Peur de contaminer

L’Ebola est une maladie très contagieuse et dangereuse qui a provoqué une épidémie importante entre 2013 et 2016 en Afrique. 

En rentrant chez lui, il a raconté son expérience à sa femme qui est devenue blanche comme un drap. 

« Tout de suite, mon épouse a décidé de faire chambre à part et ça a duré pour les deux mois suivants », dit-il en souriant.

Sa femme n’était pas la seule à craindre d’être infectée. Plusieurs de ses collègues ont loué des appartements sur Airbnb ou des chambres à proximité de l’hôpital pour éviter de contaminer des proches.

Depuis cette première patiente, il dit en avoir diagnostiqué au moins 50 autres dans le cadre de sa pratique. Il a également demandé plus d’une centaine de tests dont il n’a pas su le résultat.

« On a vraiment développé une méthode de travail et une expertise qui nous rend beaucoup plus confiants à traiter ces patients », observe-t-il. 

Comme un ultra-marathon  

<b>Dre Mylène Drouin</b><br /><i>Directrice régionale de santé publique de Montréal</i>
Photo Agence QMI, Alexis Magnaval
Dre Mylène Drouin
Directrice régionale de santé publique de Montréal

L’arrivée d’une première patiente atteinte de la COVID-19 à l’hôpital de Verdun a marqué le signal d’alarme qui allait mobiliser toute l’équipe de la Santé publique de Montréal. 

« C’est un peu comme si on avait été sur les blocs de départ depuis la mi-janvier, et puis là, on avait vraiment le coup d’envoi », raconte la directrice régionale de santé publique de Montréal, la Dre Mylène Drouin. 

Le hasard a voulu que ce soit un établissement du Centre intégré universitaire de santé et de services sociaux (CIUSSS) du Centre-sud-de-l’Île-de-Montréal, auquel elle est rattachée, qui a accueilli la première patiente. 

« On savait fort probablement que le premier cas arriverait à Montréal, on s’y attendait », se soutient-elle.

Le 25 février lorsque la patiente numéro 1 est entrée à l’hôpital de Verdun, elle a eu des discussions avec la direction du CIUSSS et la microbiologiste de garde. Ce n’est toutefois que deux jours plus tard que le coup de départ a été véritablement donné.

Centre de commandement

Elle était à son bureau en fin de journée le 27 février quand son équipe des maladies infectieuses lui a confirmé que le test était positif. Elle s’est immédiatement rendue à l’étage supérieur où se trouve le centre de commandement.

À l’époque, plusieurs membres de l’équipe se sont concentrés sur la tâche de retrouver tous les contacts de la première patiente. Les experts ont notamment regardé les registres du vol qu’elle avait pris quelques jours plus tôt en partance de l’Iran avec une escale au Qatar.

Ce soir-là, la Dre Drouin a regardé à la télévision la ministre de la Santé de l’époque, Danielle McCann, faire l’annonce qu’un premier cas avait frappé le Québec. Depuis, on en compte plus de 37 000 seulement à Montréal.

« Ce sprint de départ et cette fébrilité de départ, il a fallu, avec notre organisation, le transformer en ultra-marathon mélangé avec une course à multiples obstacles », conclut la Dre Drouin. 

À la vitesse grand V  

<b>Dr Jocelyn Barriault</b><br /><i>Chef du département de médecine d’urgence</i>
Photo Agence QMI, Alexis Magnaval
Dr Jocelyn Barriault
Chef du département de médecine d’urgence

« Ça roulait à la vitesse grand V déjà au moment où la patiente est arrivée », dit-il. 

À l’époque, l’urgence était un vrai chantier pour réaménager rapidement l’espace. L’Hôpital de Verdun a d’ailleurs installé en un mois une tente pour accueillir jusqu’à 36 patients à l’extérieur de l’établissement. 

Une grande fébrilité  

<b>Bruce Lapointe</b><br /><i>Chef des mesures d’urgence et de la sécurité</i>
Photo Agence QMI, Alexis Magnaval
Bruce Lapointe
Chef des mesures d’urgence et de la sécurité

Il se rappelle qu’il régnait une grande fébrilité lors de l’arrivée de la première patiente. Le Centre de contrôle de la sécurité a rapidement été informé et le plan de pandémie a été déclenché. 

« On peut dire qu’il y a eu un avant et un après-COVID. » 

Affaiblie et pâle  

<b>Farid Berkane</b><br /><i>Superviseur des équipes de sécurité</i>
Photo Agence QMI, Alexis Magnaval
Farid Berkane
Superviseur des équipes de sécurité

Farid Berkane est le premier qui a accueilli la patiente numéro 1 à l’urgence. C’est à lui que la dame a remis un papier médical indiquant qu’on soupçonnait la COVID-19. Il la décrit comme ayant le visage pâle et l’allure affaiblie, à son arrivée. 

« On pense toujours que ça n’arrive qu’aux autres. On ne s’attendait pas à avoir le premier cas au Québec. » 

Tout a basculé  

<b>Sonia Bélanger</b><br /><i>PDG au CIUSSS du Centre-Sud-de-l’Île-de-Montréal</i>
Photo Agence QMI, Alexis Magnaval
Sonia Bélanger
PDG au CIUSSS du Centre-Sud-de-l’Île-de-Montréal

« Cette journée-là, tout a basculé, parce que c’est comme si on passait de la théorie à la pratique. Il y a eu toute une frénésie qui s’est enclenchée », dit celle qui a appris l’arrivée de la patiente numéro 1 de la bouche de son directeur adjoint. 

C’est elle qui a informé le cabinet de la ministre de la Santé de l’époque, Danielle McCann. 

Pas de panique  

<b>Érika Fontaine-Pagé</b><br /><i>Infirmière-chef à l’urgence</i>
Photo Agence QMI, Alexis Magnaval
Érika Fontaine-Pagé
Infirmière-chef à l’urgence

L’arrivée de la première patiente atteinte de la COVID-19 n’a pas créé de panique au sein de l’équipe de l’urgence. Le personnel était plutôt calme, même si plusieurs craignaient d’être contaminés. Comme le virus était peu connu, il a fallu mettre en place des protocoles très stricts notamment pour isoler la patiente et faire le dépistage.  

Forcé de réagir vite  

<b>Pierre-Paul Milette</b><br /><i>DG adjoint au CIUSSS du Centre-Sud-de-l’Île-de-Montréal</i>
Photo Agence QMI, Alexis Magnaval
Pierre-Paul Milette
DG adjoint au CIUSSS du Centre-Sud-de-l’Île-de-Montréal

Il était en voiture lorsqu’il a appris l’arrivée du premier cas à Verdun. Il a rapidement bifurqué pour se rendre à l’hôpital et discuter avec la Santé publique. L’établissement a rapidement dû modifier ses façons de faire. Selon lui, ce premier cas leur a permis de réagir plus rapidement pour la suite des choses. 

Une croissance soutenue  

Depuis la première patiente, le nombre de cas a littéralement explosé au Québec, qui est la province la plus touchée au pays. La hausse a été particulièrement marquée en avril et mai, des mois durant lesquels on comptait des milliers de patients de plus chaque semaine. Voici l’évolution des cas cumulés au Québec. 

25 février : 1

25 mar : 1782

25 avril : 25 553

25 mai : 48 704

25 juin : 55 124

25 juillet : 58 616

25 août : 61 807

25 septembre : 71 447

9 octobre : 84 094 

Source : Institut national de santé publique du Québec

Un résumé pertinent de la journée,
chaque soir, grâce aux diverses
sources du Groupe Québecor Média.