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Un courtier a confié des données de Desjardins à des criminels

François Baillargeon-Bouchard
Photo tirée de Facebook Le courtier en assurance, François Baillargeon-Bouchard

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Le courtier en assurances soupçonné d’avoir acheté des renseignements volés sur 40 000 clients de Desjardins a fait appel à deux individus au lourd passé criminel pour les exploiter.

Lors de son audience hier devant le tribunal des marchés financiers, François Baillargeon-Bouchard a admis qu’il n’avait pas vérifié les antécédents de Nicolas Fecteau-Tincau, qui a rencontré des clients issus des listes volées.

Or, ce courtier en assurances a multiplié les condamnations criminelles. Il a notamment écopé d’une peine de prison de 90 jours en 2018, montrent les recherches de notre Bureau d’enquête.

Selon son casier judiciaire, l’escouade régionale mixte, chargée de la répression du crime organisé, dirigeait l’enquête ayant mené à son arrestation.

Fecteau-Tincau détient néanmoins son permis de courtier. 

« Si l’AMF [Autorité des marchés financiers] l’autorise à pratiquer [...] et que les compagnies d’assurance acceptent qu’il les représente, je comprends que cet individu-là peut travailler dans ce milieu », dit Baillargeon-Bouchard.

Il a aussi engagé un ancien courtier immobilier radié au lourd passé criminel, Mathieu Charbonneau, comme téléphoniste pour contacter des clients potentiels issus des données volées.

Listes détruites

L’AMF veut faire retirer le permis de Baillargeon-Bouchard. Le courtier reconnaît qu’il avait en sa possession des données volées à Desjardins, mais il assure qu’il croyait qu’elles ne contenaient aucune information obtenue criminellement.

Il a tenté d’expliquer pourquoi il avait détruit le gros de ses listes après une perquisition des policiers en septembre 2019, et pourquoi il n’a pas contacté l’AMF.

« Je suis issu d’une bonne famille. [...] Je ne savais même pas ce qu’est une perquisition [...], dit-il. Je vais avoir des séquelles de ça toute ma vie. [...] En réalité, ça n’est même pas explicable le degré de panique. »

L’AMF a appris les soupçons de la police dans un reportage de notre Bureau d’enquête, en octobre 2019.