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Une comédie militante

Tout simplement noir
Photo courtoisie Jean-Pascal Zadi dans la comédie Tout simplement noir.

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Peut-on rire de sujets aussi sérieux et sensibles que le racisme et la place des Noirs dans la société française ? C’est le pari qu’a fait l’acteur et réalisateur Jean-Pascal Zadi, avec son film Tout simplement noir, une comédie cinglante qui est présentée en ligne ce mois-ci au Festival du nouveau cinéma (FNC), après avoir fait un tabac l’été passé dans les salles de l’Hexagone.  

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Au bout du fil depuis Paris, Jean-Pascal Zadi admet avoir été le premier surpris par le succès inattendu de ce film, qu’il a coréalisé avec son pote John Wax et dont il joue lui-même le personnage principal. Sorti en juillet dernier, Tout simplement noir a attiré plus de 750 000 spectateurs dans les salles françaises – un score plus qu’honorable dans le contexte de la pandémie. 

« Avec John, on a fait le film un peu égoïstement, parce qu’on voulait se faire rire entre nous », explique le comédien et réalisateur de 40 ans. 

« Après, quand on voit que le public aussi rigole en voyant le film, ça surprend. Mais je dirais que ce qui m’a fait le plus plaisir, c’est de recevoir des messages de gens qui m’ont remercié d’avoir mis en lumière la complexité du fait d’être noir, parce que ce n’est pas quelque chose qui a souvent été abordé dans le cinéma français. »

Présenté sous la forme d’un faux documentaire, Tout simplement noir suit le quotidien de JP (Jean-Pascal Zadi), un acteur raté de 38 ans qui décide d’organiser une grande marche de contestation noire à Paris. Pour l’aider à promouvoir son événement, il tentera d’obtenir l’appui de plusieurs célébrités noires, comme l’humoriste Fary, l’acteur Omar Sy et les rappeurs Soprano et Joey Starr (qui jouent leurs propres rôles dans le film).   

Avec la montée en puissance du mouvement Black Lives Matter au printemps dernier, la sortie de Tout simplement noir est tombée à point nommé en France. 

« C’est vrai que le contexte concordait avec la sortie du film, observe Zadi. Il y a eu George Floyd aux États-Unis, mais en France, il y a eu aussi l’histoire d’Adama Traoré qui a resurgi pendant la même période. Tout cela a donné une caisse de résonance encore plus importante au film. Mais je pense malheureusement que le film aurait été d’actualité à n’importe quel autre moment parce l’identité noire et l’insécurité par rapport à la police sont des problèmes intemporels qui existent depuis l’époque de l’esclavage. » 

Autofiction

Jean-Pascal Zadi ne s’en cache pas : il s’est beaucoup inspiré de sa vie et de ses années de galère pour construire le personnage de JP : « Le fait d’être un acteur qui ne travaille pas et qui n’est pas très talentueux, c’est moi, lance-t-il en riant. Et le gars qui a des revendications, mais qui revendique juste quand ça l’arrange, c’est un peu moi aussi ! »

Plusieurs scènes du film ont d’ailleurs été écrites à partir de choses qu’il a lui-même vécues : une audition pendant laquelle on lui reproche de ne pas être assez africain pour le rôle, une discussion sur son avenir avec son père (qui est d’ailleurs joué par son vrai père dans le film) ou encore une arrestation policière brutale et sans motif apparent. 

« C’était très important pour moi que cette scène (l’arrestation) soit dans le film parce qu’elle illustre le rapport que j’ai eu pendant longtemps avec la police, indique-t-il. En tant que citoyen français, il n’est pas normal d’avoir une telle crainte de la police. Ça s’est calmé avec le temps parce que j’en croise moins qu’avant et que je passe régulièrement à la télévision. Mais ça fait partie de mes angoisses pour mes cousins, mes neveux et mes potes. Ce n’est pas normal d’avoir peur comme ça quand on croise des policiers. »


La comédie Tout simplement noir est en vidéo sur demande sur le site du Festival du nouveau cinéma (FNC) jusqu’au 31 octobre.